Mahâbhârata
Le Deuxième Chant du Seigneur (Anugîtâ)
Mahâbhârata, Livre XVI - 15 à 50



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La Bhaghavadgîtâ (Le Chant du Seigneur) est probablement le texte le plus célèbre du Mahâbhârata. Il a nourri toute la spiritualité indienne et a fait de Krishna, réincarnation de Vishnu, l'objet d'une adoration personnelle, la bhakti. Il rapporte l'enseignement que Krishna donne à Arjuna sur le champ de bataille.

Après la bataille, après ce grand massacre qui a détruit presqu'entièrement les deux familles ennemies, Arjuna se retrouve avec Krishna dans la ville d'Indraprashta : il a oublié tout ce qui lui avait été révélé. Krishna reprend alors son enseignement sous une forme différente, en rapportant les leçons de trois brâhmanes éminents : les thèmes de la mort et de la réincarnation y sont traités, et surtout les moyens d'obtenir la délivrance définitive. C'est l'Anugîtâ (le deuxième Chant [du Seigneur]).

Il s'agit d'un texte moins connu, probablement beaucoup plus ancien, qui s'apparente plutôt à une Upanishad dans la forme de son exposé.

En voici un extrait significatif :

Les effets des actes, bons et mauvais, ne se dissipent jamais ici-bas, et, à peine ont-ils obtenus un champ d'action, ils se développent.

Comme un arbre fruitier à maturité donne beaucoup de fruits, de même est abondant le bien accompli par un homme à l'esprit pur,

Ou le mal accompli par un homme à l'esprit mauvais. En effet on agit ici-bas en suivant ses tendances.

Ecoute encore cela : l'homme, habité de désirs et de fureurs, entre dans l'embryon que ses actes lui ont assigné.

Le sperme associé au sang de la femme génère un champ d'action en fonction des actes antérieurs, bons ou mauvais.

Du fait de sa ténuité et de son invisibilité, l'âme individuelle ne s'attache nulle part. C'est pourquoi elle obtient un corps de la Puissance Sacrée. C'est elle l'origine de tous les êtres, par elle naissent les vivants.

Cette âme pénètre toutes les parties de l'embryon et s'impose aussitôt avec la conscience, s'installe dans les points vitaux. Alors l'embryon, conscient, agite ses membres.

De même que du fer en fusion répandu prend la forme [du moule], sache que l'âme se coule dans l'embryon.

De même que le feu pénètre une masse de fer en la chauffant, sache que l'âme se coule dans l'embryon.

De même qu'une lampe allumée éclaire une pièce, de même la conscience éclaire le corps.

Toute action accomplie dans une vie antérieure, qu'elle soit bonne ou mauvaise, se paye nécessairement.

C'est pourquoi on meurt, pour se recomposer autrement, tant que l'on ne comprend pas que la règle à suivre est de mettre en oeuvre les pratiques qui conduisent à la délivrance.

De même, ce dialogue entre l'esprit et les organes des sens :

L'esprit dit :

Sans moi, le nez ne sent pas les odeurs, la langue ne saisit pas les saveurs, l'oeil n'appréhende pas la forme, la peau n'a aucune sensation tactile.

Sans moi, l'oreille ne saisit aucun son. Je suis toujours l'élément principal de tous les êtres.

Comme des déserts inhabités, comme des feux éteints, sans moi, les organes des sens ne sont rien.

Sans moi, les créatures ne saisissent pas le sens des qualités des objets sensibles, quelqu'effort de perception qu'elles fassent : elles sont comme du bois mort.


Les organes des sens dirent :

Il en serait bien comme tu le penses, si, sans nous, tu pouvais jouir des perceptions que nous te procurons.

Si, nous disparus, tu pouvais te maintenir en vie d'une manière satisfaisante, jouir des perceptions et des saveurs, il en serait alors comme tu le penses

Ou bien si, nous disparus et le monde perceptible restant, tu pouvais jouir des perceptions, ne serait-ce qu'en imagination, tu aurais raison.

Mais, si tu penses pouvoir être toujours efficace dans ce qui nous est propre, alors saisis les formes avec le nez, saisis les saveurs avec l'oeil,

Saisis les odeurs avec l'oreille, saisis la compréhension avec la langue, saisis les sons avec la peau, saisis les sensations tactiles avec l'intelligence !

Les forts, en effet, ne connaissent pas de contraintes : les règles sont pour les faibles ! Saisis des perceptions nouvelles, ne te contente pas de nos restes, nous t'en prions

De même que le disciple court à son maître pour être enseigné, et, l'enseignement reçu, reste auprès de lui pour être enseigné encore,

De même tu désires les jouissances futures et passées que nous te procurons, dans le sommeil ou dans la veille.

On voit continuer à vivre des gens dont l'esprit est faible ou déprimé : nous faisons alors le nécessaire !

Même toi, après avoir conçu mille désirs et fait mille songes, pressé par ton désir de jouissance, tu cours aux objets sensibles.

Qui éprouve de tels désirs, s'il n'a pas accès aux objets sensibles,
C'est comme s'il voulait entrer dans une maison sans ouvertures.
L'on va toujours à la mort, par destruction des organes des sens,
Comme un feu allumé s'éteint par épuisement du bois.

Certes, nous sommes en liaison, chacun, avec les qualités,
Certes, nous ne percevons pas les qualités perçues par les autres.
Mais, sans nous, tu ne peux rien appréhender,
Sans nous, tu ne peux éprouver aucun plaisir.




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