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Editions CARÂCARA |
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MISSOLONGHI 1830 - 1990 |
traduit du grec moderne par Yves Le Mahieu photographies de Georges Kokossoulas |
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Georges KOKOSSOULAS
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PRESENTATION
Georges Kokosssoulas
est né à Missolonghi en 1926. Après des études de Sciences Politiques, il a travaillé au Pirée où il s'est occupé de la gestion et de l'organisation des activités portuaires. Plusieurs de ses travaux ont paru dans le "Courrier économique" avant d'être rassemblés en un volume.
Mélomane fervent, il a traduit en grec plusieurs ouvrages de Romain Rolland relatifs à la vie et à l'oeuvre de Beethoven.
Il a consacré une grande partie de son temps libre à l'étude de sa vie natale : Missolonghi. C'est ainsi qu'il publie en 1990 "Missolonghi 1830-1990". En voici la traduction.
G. Kokossoulas s'est depuis attaché à faire revivre des personnalités oubliées mais attachantes de sa ville, comme le poète Mimis Libérakis (1880-1967) dont il a rassemblé poèmes, articles, traductions et correspondance. Dernièrement, il a publié le journal rédigé par son père lors des guerres balkaniques (1912-1919).
Photographe et collectionneur passionné, il a publié plusieurs clichés dans les catalogues annuels "Grèce" de l'Office National Hellénique du Tourisme, et collabore aux journaux locaux.
"Missolonghi 1830-1990" :
Cet ouvrage luxueux est conçu selon un parcours topographique, comme une analyse urbanistique et architecturale. Les transformations successives de la cité y sont décrites au travers des innovations techniques telles que digues, chemin de fer, ou creusement d'un port. L'auteur nous donne des notes érudites sur l'histoire de certains documents, sur la vie quotidienne, sur les petits métiers. Des textes littéraires d'auteurs locaux, des poèmes, des coupures de journaux évoquent des moments ou des lieux disparus, la pompe des fêtes locales.
De plus, cet historien minutieux a su insérer au fil des pages de son album des études spécifiques dues à plusieurs de ses amis écrivains.
Enfin, cet album est illustré de plus de six cents photographies en noir et en couleurs : les Editions Carâcara ont été amenées à opérer un choix regrettable car difficile (certaines sont intégrées au texte, d'autres sont dans Photographies) pour ne pas alourdir le téléchargement de l'internaute mais le livre en grec de M. G. Kokossoulas est disponible chez son auteur : G. Kokossoulas, 3 Papoula, 30200 Missolonghi Grèce. Ces photographies et cartes postales sont parfois anciennes et très rares comme celles de la collection de M. Georges Taxiarchis qui est publiée dans cet ouvrage pour la première fois. Des clichés plus récents nous donnent souvent à voir des architectures disparues ou des scènes du passé.
Missolonghi ?
"Frères, Missolonghi fumante nous réclame,
Les Turcs ont investi ses remparts généreux"
écrivait Victor Hugo en 1829 dans un célèbre poème des "Orientales". Cette petite ville de l'ouest de la Grèce, qui compte actuellement une quinzaine de milliers d'habitants, est en effet connue pour avoir soutenu plusieurs sièges contre les Turcs lors de la guerre d'indépendance en 1821-1826. C'est la sortie (ou "Exodos") désespérée de la garnison de la ville, assiégée et affamée, dans la nuit du 10 au 11 avril 1826, qui amena les Puissances Européennes à se soucier du sort des Grecs. L'année suivante, une coalition anglo-franco-russe détruisit la flotte turco-égyptienne dans la baie de Navarin le 20 octobre 1827. L'indépendance grecque sera acquise en 1830.
La libération de la Grèce avait d'ailleurs suscité dans toute l'Europe un mouvement de sympathie qui s'exprima par des collectes ; bientôt affluèrent des volontaires qui prirent part aux différents combats contre les Turcs. Lord Byron, chargé de convoyer l'or recueilli par le Comité anglais, débarqua à Missolonghi en janvier 1824. Il mourut de fièvres le 19 Avril suivant. Sa mort eut un fort retentissement en Europe : Delacroix, qui avait peint "Les Massacres de Chio" en 1822, composa "La Grèce pleurant sur les ruines de Missolonghi" et David D'Angers sculpta une "Jeune fille grecque" qui fut exposée au Salon de 1826.
Au cours du XIXème s. , cinq premiers ministres originairesde cette ville gouvernèrent le pays ; nombre d'écrivains et de poètes, dont le plus célèbe fut Kostis Palamas (1859-1943) ont eu à coeur de célébrer MIssolonghi dans leurs oeuvres.
La lagune qui baigne la ville au sud a été partagée en deux à la fin du XIXème s. par une digue qui relie la ville à la mer. Les pêcheries produisent diverses sortes de poissons, des anguilles ainsi qu'une poutarde renommée. En deux endroits sont établies des salines. Les îlots qui parsèment la lagune jouèrent un rôle important dans la défense et l'approvisionnement de la ville lors des sièges. Et le livre de G. Kokossoulas nous apprend que le coucher de soleil sur les eaux miroitantes caressées par le vent du soir reste un spectacle inoubliable.
Dans la partie nord de la ville, à l'intérieur du tracé des anciennes fortifications se trouve l'Héroon ou Jardin des Héros. Ce parc agréablement arboré renferme la tombe de tous les combattants anonymes ainsi que les sépultures des grans héros de l'indépendance. Le tombeau le plus célèbre est celui du capitaine souliote Marcos Botzaris, tombé dans les montagnes de Karpénission en août 1823 et enterré ici. Une statue a été dressée en hommage à Lord Byron et aussi aux Phillènes. La visite de ce haut-lieu permet de
C'est, entre autres aspects, ce passé romantique et historique capital que le livre de G. Kokossoulas nous convie de découvrir grâce à un repérage des lieux et des vestiges de cette époque héroïque.Missolonghi veille par ses fêtes de l'Exodos chaque année à en perpétuer la mémoire. L'imaginaire grec moderne prend sa source dans de tels événements et l'historien de la Grèce actuelle y trouvera une clef précieuse à la compréhension de cette nation pour laquelle les personnages de la Grèce antique mentionnés dans les manuels sont de pâles figures auprès de ces héros fondateurs de la Grèce moderne.
Un musée municipal rassemble tout ce qui se rapporte à l'histoire de la ville et aux traditions locales. Des demeures néoclassiques, dont certaines ont été récemment rénovées, donnent un charme un peu suranné aux rues qu'elles bordent. Et il ne faut pas manquer, le soir, la promenade traditionnelle des grecs tout au long de la rue centrale.
Notes sur la traduction
Si la traduction d'une langue dans une autre offre toujours quelques difficultés, le problème se complique lorsque l'on s'intéresse à une ville ou à une région dont la spécificité s'exprime au moyen d'un dialecte. De l'aveu même de son traducteur, M. Yves Le Mahieu, la présence de la lagune et le poids de l'Histoire ont généré un vocabulaire particulier et des expressions dialectales inconnues ailleurs. Même si les brassages de population et l'influence de la télévision uniformisent le parler de tous les jours, M. Y. Le Mahieu note l'existence d'un vocabulaire original, ne serait-ce que déjà dans les textes littéraires ou poétiques. On sent bien à ce propos que leurs auteurs ont pris plaisir à utiliser "les mots de la tribu" de préférence à ceux de la nation, chaque fois qu'ils le pouvaient. Le traducteur nous signale une publication faite par Mme Acacia Cordossi, professeur de français à Missolonghi, connue également comme auteur de nouvelles et de romans, à savoir un glossaire du parler missolonghien (Prix de l'Académie d'Athènes en 1979). Mme A. Cordossi a d'ailleurs collaboré à l'album de G. Kokossoulas avec une étude de l'oeuvre du peintre populaire Tassos Mantas (première moitié du XXème s.) : cf. XII Tassos Mantas, le peintre (premier catalogue raisonné de son oeuvre).
En conclusion, l'ouvrage de G. Kokossoulas constitue à la fois une contribution irremplaçable sur le plan historique et une collecte très finement faite d'études et d'analyses relatives à "cette ville qui est la nôtre", à nous tous européens, selon une expression chère à l'auteur.
MISSOLONGHI
1830 - 1990
par GEORGES KOKOSSOULAS
A LA MEMOIRE DE MA MERE
SOMMAIRE :
I - Lecture de Missolonghi par un français (Y. Le
Mahieu)
II - Missolonghi, poème de Righas Golfis
III - Prologue (Spiros A . Kaninias)
IV - a Parcours 1 "MISSOLONGHI 1830
- 1990 " : PORTRAIT D'UNE VILLE (Georges KOKOSSOULAS)
- Plan ancien de la ville
- Les interventions sur le milieu naturel
- Vagabondage dans un espace urbain
- Retour en 1830
- La période des maisons en pierre taillée
- Les bâtiments néo-classiques et les dernières
maisons en pierre
- Les maisons traditionnelles et les cabanes de pêcheurs
(péladès)
- Les interventions sur l'espace urbain et leurs conséquences
néfastes
- Les habitants et leurs métiers
- Missolonghi et les autre
- Perspectives d'avenir
IV- b
Parcours 2 (Georges Kokossoulas):
1. Etymologie
2. Le Jardin des héros
3. Le Monument de Markos Botsaris
4. Célébration de l'Exodos
5. M. Libérakis, poète - Vêpres
DOCUMENTS
V- Lettres et poèmes de K. PALAMAS
VI - Klissova (André Carcavitsas)
VII - La fin du moulin à vent (Costis Palamas)
VIII - Poèmes (Mikos Malakassis - Marceline Desbordes-Valmore-
G. Drossinis- C. Palamas)
IX - Service de deux ans, souvenirs d'un officier de réserve
La Cousine (Antonis C. Travladonis)
X - "Ville sacrée" (I. M. Panaghiotopoulos)
XI - Poèmes, récits et lettres (M. Libérakis,
A. Karkavitsas, C. Palamas, Ch. Tricoupis,Y. Blachoyannis, J.
Black, M. Malakassis, Sp. Kaninias)
XII - Tasos Mantas, le peintre (A. Cordossi) ; Phinikia (A. Cordossi)
XIII - Le lac de Missolonghi (Sp. Tricoupis) ; Rêveries aux salines (Tassos Ghiannaras).
XIV - Remerciements
LECTURE DE MISSOLONGHI
par un Français.
Si Missolonghi occupe une place éminente dans l'histoire de la Grèce moderne, on s'intéresse généralement peu à son devenir au-delà de la période glorieuse de 1822 à 1826.
Elle offre pourtant, surtout à partir des années 1855-1860, nombre d'aspects remarquables, non sans cesser d'ailleurs de figurer en bonne place dans l'histoire de la nation. Cette présence cependant n'est plus celle de l'héroïsme et du sang, mais celle qui s'inscrit dans un cadre politique et littéraire.
D'un point de vue politique tout d'abord, cinq Premiers Ministre originaires de Missolonghi dirigent le pays entre les premières années de l'indépendance et la fin du siècle.
Sur un plan littéraire ensuite, deux grands écrivains grecs, C. Palamas et M. Malakassis, l'ont célébrée. Autour d'eux gravite une pléïade d'hommes de lettres dont plusieurs seront évoqués dans ces pages.
Il est donc possible de faire un rapprochement entre l'importance de la ville à cette époque et ses réalisations architecturales, son développement au cours de la deuxième moitié du XIXème siècle.
Mais qu'est-ce que "Missolonghi", après les années noires de l'occupation turque et les ruines de l' "Exodos" ?
Le peintre orientaliste Marc-Gabriel Gleyre (1806-1874) traverse la Grèce au cours de l'année 1834 avant de regagner la haute Egypte. Il note dans son journal de voyage: "Ruines de Missolonghi. Des marais, une grande plaine ; l'endroit où sont enterrés Lord Byron et Marc Botzaris ; pas même une pierre pour l'indiquer ; des maisons en chaume ; une fontaine ; sensation de mort d'une réalité effroyable". Ces rapides notes d'un voyageur expriment l'idée d'un vide à combler, la nécessité d'une reconstruction. Cela sera réalisé un quart de siècle plus tard, en 1860, date à laquelle il est matériellement possible de se rendre compte de la densité du tissu urbain.
Il convient donc de présenter ce "Portrait d'une Ville": composé de textes et de nombreuses photos, c'est une analyse topographique et chronologique des transformations de la cité, de 1860 à 1960. C'est aussi une chronique détaillée de la vie des habitants à travers les événements marquants et le quotidien.
Le premier temps fort de l'ouvrage nous présente, à partir d'un ancien plan daté de 1860, l'extension du périmètre urbain ainsi que les altérations qui en résultent. En 1860 donc, la zone de densité bâtie maximum se situe, comme l'auteur nous le fait remarquer, sur un axe reliant l' Héroon àAgios Spiridon. Si certaines rues actuelles recouvrent un ancien tracé, d'autres qui sont importantes aujourd'hui n'existaient pas en tant que rues à l'époque.
Quatre innovations majeures ont façonné la physionomie contemporaine de la ville.
Tout d'abord la construction du boulevard extérieur, à l'ouest des habitations, pour les protéger du flot maritime hivernal. Cette digue, qui porte maintenant le nom de boulevard de Chypre, joua un rôle de premier plan comme lieu de promenade très prisé, à l'époque où le paysage qui lui faisait face était encore très harmonieux. On s'y reposait, on y fréquentait de pittoresques petits cafés.
De 1874 à 1881, un nouvel aspect fut donné à la périphérie et une nouvelle topographie à la lagune: l'implantation de la route vers Tourlida divisa l'étendue lagunaire en une partie close, Klissova, à l'est et l'espace marin libre à l'ouest. Des arches ménagées sous la route permettaient la communication des eaux. Cette digue devint aussi un lieu de promenade ; un concert avait lieu sur l'esplanade proche, chaque jeudi, tandis qu'un cinématographe muet était installé un peu plus haut.
Une troisième modification touchera cette fois le quartier nord-est de la ville en améliorant le mode de vie des habitants: la station de chemin de fer d'intérêt local, construite sur l'emplacement d'une partie du rempart historique, desservait Agrinion, Krionéri, puis Etoliko et Katochi. Un embranchement menait vers la place centrale et un autre vers les installations du port.
Celui-ci constitua le projet économique majeur, réalisé au début des années 1930. A noter qu'autrefois les navires abordaient à Agios Sostis. De là, leurs voyageurs et leurs cargaisons étaient transportés par caïque à travers le chenal, au milieu de la lagune, jusqu'au "Quai", comme l'on disait alors. Plus tard (après l'implantation de la route mentionnée) ce mouvement fut déplacé à Tourlida et ensuite à Krioneri. La relation maritime entre Krionéri et Patras et d'autres ports, desservie dès 1891 par le chemin de fer, a définitivement cessé avec la suppression (juillet 1970) de la ligne ferroviaire.
Mais le creusement du port a anéanti le site jusque-là préservé de la petite île "Anémomylos", et l'amas énorme des produits du dragage est venu combler les portions de la lagune déjà isolées depuis la réalisation du boulevard extérieur. Ces terrains ont été bâtis vers 1950-1960, tandis qu'une reprise des travaux du port en 1972-1973 compartimentait la lagune au moyen de digues, entraînant aussi l'assèchement de la bordure nord de Klissova. L'évolution subie par le milieu naturel est également sensible à travers la typologie des habitations et autres bâtiments.
Ce "Portrait d'une ville qui est la nôtre" révèle un deuxième centre d'intérêt, la lecture des modes de construction durant un siècle. C'est en fait une promenade historique mais aussi topographique, à laquelle l'auteur nous convie: souvenirs du temps révolu avec l'évocation de la maison de pêcheurs, la "pélada", posée sur pilotis au milieu de la lagune ; elle a complètement disparu ainsi que le mode de vie auquel elle était intimement liée. Les maisons traditionnelles, longues et étroites, faites de bois et d'une charpente maçonnée n'existent quasiment plus ou ont été totalement remaniées. Leur originalité résidait dans un balcon couvert, en bois, formant auvent, et élevé du sol au toit. Dans cette sorte de loge couverte ou galerie-fenêtre nommée "Montzos", située à l'étage tandis qu'une cave ouverte au niveau du sol était réservée aux usages domestiques.
La première génération des maisons en pierre, constructions sobres et de réalisation soignée, présente des encadrements, de portes et de fenêtres, en pierre, en forme d'arc, des balcons aux planchers et consoles en pierre de taille, des balustrades de fer forgé. Les portes cochères sont surmontées d'un fronton à arcade. Ce style d'habitation date des années 1850, il a été introduit ici par des maçons épirotes.
Vient ensuite la période néo-classique, très bien représentée à Missolonghi dès 1880, et caractérisée par une décoration plus ou moins poussée des façades, l'utilisation du marbre pour la confection des balcons et des consoles, la présence fréquente d'un fronton. Ce style correspond à une époque de grande prospérité économique.
Du début du XXème siècle jusqu'à la fin des années 1950, on bâtit encore en pierre, en recherchant des lignes simples mais esthétiques. Des matériaux nouveaux comme le ciment ou les poutrelles de fer font leur apparition.
Depuis 1960 environ, le béton armé a remplacé les anciennes techniques de constructions et les matériaux traditionnels.
Cette présentation chronologique est accompagnée au fil du texte d'une analyse des plus beaux édifices de chaque période avec leur situation précise. Mais une telle promenade topographique montre également les erreurs des restaurations hâtives ou hasardeuses, comme le placage de matériaux nouveaux sur des bâtiments anciens, le passage à la chaux ou à l'enduit de pierres de taille soigneusement agencées, et tous les manques imputables aux fautes de goût ou au souci d'une rentabilité immédiate.
Cependant quelques restaurations qui ont été très bien menées sont également signalées ; effort qu'il convient de faire connaître et d'intensifier, puisque seule l'architecture témoigne visiblement de la volonté des hommes de fonder un espace commun et durable où s'exercent à la fois leur vitalité et leurs capacités créatives.
Cette vitalité fut nécessaire dès 1830 pour reconstruire la ville dévastée, l'embellir selon les normes du temps, l'agrandir afin qu'une population nouvelle puisse s'y installer. Peu à peu, dans les années qui suivirent "l'Exodos", habitants et réfugiés redescendaient des montagnes et des villages voisins pour s'établir à nouveau chez eux.
Il fallut faire venir un architecte des îles ioniennes, utiliser le savoir-faire des maçons épirotes et eurytaniens, reconstruire églises, écoles et autres bâtiments publics, demeures des particuliers.
De fait, et la guerre d'indépendance l'avait bien montré, la cité bénéficiait d'une position clef au carrefour de la Grèce occidentale, ce qui en faisait un passage obligé, y compris pour qui venait des îles ioniennes. D'ailleurs les relations entre l'île de Céphalonie en particulier et Missolonghi, ont été constantes au cours des siècles: activités liées au commerce ou à la construction navale, mais aussi liens politiques et administratifs, puisqu'au cours de son histoire trois céphaloniens furent maires de Missolonghi.
La poussée démographique est forte et constante durant plusieurs décennies: nombre d'habitants d'autres lieux, des réfugiés de Smyrne (et de Russie) viennent aussi s'établir ici. Ils apportent leurs métiers et leur savoir-faire, des idées nouvelles.
Bien souvent une origine géographique définie conditionne l'exercice de telle ou telle profession, par tradition. L'auteur nous donne d'ailleurs une analyse pénétrante des différents corps de métiers considérés dans leur appartenance à diverses îles, villes ou villages, avant leur émigration à Missolonghi. Cette typologie démontre le rôle de creuset qu'a joué la ville, au cours de son histoire récente, en liant des populations d'origines et d'occupations très diverses.
Le milieu naturel, l'urbanisme et l'architecture, le cadre de la vie quotidienne, ont fait de Missolonghi un lieu privilégié au cours de la période qui nous occupe. L'originalité de ce "Portrait d'une ville" est constamment soutenue par la précision du style, quand il s'agit de décrire les aspects divers des édifices, par exemple. Les dons narratifs et poétiques de l'auteur lui permettent de faire revivre des scènes de la vie de tous les jours mais aussi de célébrer la beauté des paysages disparus.
Au-delà de la magie des mots, la richesse de l'illustration nous laisse imaginer ce monde que les plus jeunes d'entre nous n'ont pas connu, rappelle à tous les autres des souvenirs plus ou moins lointains, plus ou moins effacés.
L'iconographie rassemblée ici est précieuse. Elle provient de deux types de documents parfaitement complémentaires: d'une part, d'anciennes photographies et cartes postales datant de la fin du XIXème siècle ou du tout début du nôtre, qui illustrent les transformations des principaux monuments, lieux et places; cette série est complétée par plusieurs clichés rares remontant à la période de l'entre-deux guerres.
D'autre part, des photographies prises par l'auteur lui-même depuis de nombreuses années. Ces images sont passionnantes; la pérennité des choses nous habitue à leur présence, si bien que nous ne leur accordons plus qu'une attention distraite. Jusqu'au jour où l'inconscience des hommes les fait disparaître. Alors naissent nos regrets.
Nous disposons donc au fil de ces pages de la réunion des fragments les plus significatifs de la vie ancienne: C'est à la fois un recueil d'archives conservant avec soin une image photographique de chacun des monuments condamnés, auquel plus personne déjà ne prêtait attention.
Mais aussi une radiographie amoureuse nous découvrant (malgré
le modernisme inévitable, les dégradations) les secrètes
beautés de la ville que l'histoire riche d'ici avait enclos dans
les plis de son voile.
Missolonghi il est vrai, méritait une quête aussi passionnée
et empreinte d'une grande exigence intellectuelle.
En 1829, Victor Hugo écrivait dans un célèbre poème des Orientales: (Les têtes du sérail, III)
" Frères, Missolonghi fumante nous réclame,
Les Turcs ont investi ses remparts généreux.
Renvoyons leurs vaisseaux à leurs villes lointaines"
Depuis la cité s'est relevée de ses ruines, les Turcs sont repartis vers "leurs villes lointaines" Mais Missolonghi sans cesse nous réclame ; elle a besoin de nous: parce qu'elle veut être appréciée pour elle-même, au-delà de l'intérêt qu'on lui porte comme centre historique. Pour que dès maintenant nous préservions les architectures, humbles ou marquantes, - qui ont échappé à un proche passé avide de transformations - les vestiges d'antan, et notre mémoire.
Et nous, nous avons besoin d'elle, pour faire renaître notre émotion, notre secrète nostalgie de l'époque déjà lointaine où la mer la baignait beaucoup plus que maintenant
Ces pages, ces images, nous y invitent.
Yves Le Mahieu, Béziers 22 nov - 2 déc. 1988.
David d'Angers, L'Enfant grec
MISSOLONGHI
Souffle de la lagune. Tout autour les montagnes
Azurées aux ombres légères. Plus loin, là-bas,
le large.
Rose et or, le soleil décline, un bateau à fond plat dérive
Lentement. Signe d'été, rêve de l'âme, le Mistral.
Çà et là, les poules d'eau s'envolent
de toutes leurs ailes.
O souvenir de mon enfance, réveille moi, reviens, reviens !
Sur les tombes de Saint-Lazare veille, majestueuse [et figée,
La fustanelle de notre si vaillant aïeul.
Années enfuies, ingrates, étouffées
de silence,
Années de chutes et de relèvements, de gloire, de désirs
et de gémissements,
Et pourtant, tu attends que la voix d'un barde te célèbre
:
Bien que reine d'une contrée plate, tu as des ailes,
Missolonghi !
Etoliki, Missolonghi 16 février 1964.
Rhigas GOLFIS.
PROLOGUE
(Spiros Kaninias)
On a beaucoup écrit sur Missolonghi en tant que ville historique des assiégés et de" l'Exodos" (la Sortie).
Mais cet album nous présente la ville de Missolonghi, postérieurement aux événements historiques, plus précisément les modifications successives de son aspect de 1830 à nos jours.
Cette évolution suscite des sentiments mitigés, c'est-à-dire un mélange de contentement et de plaisir, à considérer les beautés et les laideurs qui ont marqué la physionomie de notre ville sacrée depuis 160 ans, depuis qu'elle a retrouvé sa liberté.
Nombreux sont les gens qui ont pensé, après la libération du pays, que Missolonghi ne devait pas être rebâtie sur un site dont les décombres furent baignés de sang, mais plus loin, au pied du Mont Zygos. Ainsi demeureraient intacts les liens avec une terre bénie aux reliques historiques: "la haie "aux sept angles, les vestiges de la maison de Kapsalis après l'explosion, les fondations du moulin à vent, les ruines des églises et des maisons. Missolonghi, en tant que nécropole, resterait plus vivante dans la mémoire historique de la nation. L'humeur romantique de ceux qui souffrent des laideurs ou des imperfections de notre ville les a conduits à ce point de vue irréaliste.
Bien évidemment chaque génération de Missolonghiens s'est façonnée une image idéale de la beauté de cette ville, sacrée entre toutes: déjà Costis Palamas qui revint à Missolonghi en 1926 pour les fêtes du centenaire de la "Sortie", écrivait: "Je ne reconnais plus Missolonghi. Nombre de changements se sont produits à vue d'il. Plus tard, tout doucement, quelques traces de ma jeunesse sont réapparues. Je me trouve dans la maison de mon frère - tout est calme - en face, la lagune, pour moi incomparable."
Justement les modifications occasionnées à la lagune (d'abord par le creusement du port et ensuite par des assèchements irraisonnés) ont agi sur la constitution particulière de Missolonghi, en tant que ville par excellence maritime. Et tout un chacun peut légitimement se demander si l'exécution déjà programmée de nouveaux travaux ne va pas avoir aussi une influence néfaste sur la beauté originale et unique que présente la route vers Tourlida, sur l'existence même de l'île historique de Klissova.
Mais ne soyons pas pessimistes ! Autour de nous, se met en place une nouvelle génération de Missolonghiens, qui agit, pleine de vie et de sensibilité: nombre d'entre eux - Dieu merci ! - sont établis dans notre ville où ils exercent un métier, une activité intellectuelle, voire savante. Ils sont donc qualifiés pour entreprendre une uvre remarquable, réparer des erreurs ou compléter l'inachevé. Grâce à eux, Missolonghi reprendra sous peu la place éminente que réclament son passé historique indiscutable et ses beautés naturelles rares .
Nous développerons ici quelques projets décisifs pour l'aspect de notre ville, auxquels doivent s'attacher les jeunes Missolonghiens
1). "Arpentez"! Je relie cet impératif à la parole (j'étire la corde pour aligner les choses à leur place) qu'a utilisé le sage Coraïs dans une lettre adressée à ses concitoyens de Chio après les massacres dont ils furent victimes lors de la Révolution de 1821, quand il leur conseillait d' "arpenter", c'est-à-dire de respecter un plan capable de faire resurgir leur ville, afin qu'elle acquière beauté et fonctionnalité.
Il convient aujourd'hui de se plier au même impératif en ce qui concerne Missolonghi. De grandes étendues de la lagune ont déjà été transformées en parcelles de terre ferme qui prolongent d'autant le site naturel de la ville. Et il convient justement d' "arpenter" ces étendues, c'est-à-dire de les aménager harmonieusement par un plan d'urbanisme prévoyant des espaces libres pour les places, les jardins, les terrains de jeu des enfants, etc.
Un nouveau boulevard de ceinture, dit "périmètrique" est même nécessaire. Comme son homonyme ancien, pour former la limite nouvelle de la ville, vers la mer. N'oublions pas les recommandations énoncées dans la Constitution: "l'urbanisme et l'extension des villes et des zones à usage principal d'habitation sont soumis à la compétence régulatrice du pouvoir et à son contrôle, afin de développer et aménager au mieux les zones d'habitation, afin de sauvegarder les conditions les meilleures pour la qualité de la vie (article 24 ).
2).Devant le jardin des Héros, entre la ville et le jardin des Héros, s'intercale un espace libre relativement vaste au milieu duquel apparaît l'émouvante église de Sainte Paraskévi, qui depuis toujours, attendrit l'âme de chaque missolonghien. A proximité, un pavillon d'agrément a récemment été reconstruit par la municipalité. A cet endroit subsistent des propriétés de particuliers. Peut-être demain des bâtiments s'élèveront qui constitueront un "outrage" au caractère sacré du Jardin des Héros. Une impérieuse nécessité d'expropriation (ou alors un échange avec d'autres biens communaux) se fait jour: cela permettrait de laisser libre tout l'espace situé devant le Jardin des Héros. Ainsi l'Héroôn sera-t-il considéré comme une église, l'esplanade au-devant en constituera le parvis. L'endroit mérite que nous le respections comme un legs vénérable de nos aïeux.
3).Le Musée: notre ville sacrée n'a pas encore son musée où les objets qui témoignent de sa gloire et de son honneur seraient rassemblés. Le premier noyau sera formé des nombreux documents historiques et autres "fragments" qui se trouvent actuellement à la mairie, transformée de ce fait provisoirement en musée. Mais il existe aussi d'autres objets de grands prix (armes de la guerre d'indépendance, manuscrits, plans, gravures, imprimés, etc., qui aujourd'hui sont la propriété de collectionneurs grecs et étrangers ou qui apparaissent lors de ventes publiques. Un sérieux effort de rassemblement des matériaux nécessaires à la constitution d'un musée s'impose pour mettre en valeur ces précieux éléments.
Dans ce musée, nous pourrions également exposer les nombreux vestiges archéologiques des sites voisins de Missolonghi: Calydon et Pleuron. Déjà, nous avons la chance de posséder à Missolonghi un édifice qui pourrait facilement abriter un musée. C'est un bâtiment solide et imposant, construit au début du siècle en style néoclassique, et admirablement situé à côté du Jardin des Héros, avec un vaste parvis et une splendide entrée monumentale. C'est l'actuel hôpital Hatzikostas. Ce bâtiment marquant peut être aménagé - à peu de frais - en musée. La construction d'un hôpital moderne est déjà prévue ailleurs.
Que les Missolonghiens manifestent leur vive ardeur patriotique pour la création du musée de Missolonghi ! En mettant en valeur son passé, nous anoblirons le quotidien de notre ville sacrée.
Il nous reste à formuler trois observations :
1). La porte: Missolonghi est peut-être la seule ville grecque qui ait une porte d'entrée, ancienne, en pierres soigneusement appareillées, et qui rappelle la "sortie" historique. C'est pourquoi, des trois portes, passages de tous ceux qui ont tenté une sortie désespérée, c'est la seule qui ait bénéficié d'un aménagement. Elle a été conservée comme lieu de mémoire perpétuelle. C'est aussi la porte de nos émotions individuelles: les convois funèbres qui se dirigent vers le cimetière de notre ville la franchissent lors des funérailles de nos chers défunts.
Par cette même porte, nous "voyons" passer à cheval sur un étalon, Takis-Ploumas (semblable à Saint-Georges, seulement un peu plus petit) - c'est-à-dire le symbole de la vaillance de Missolonghi.
Un usage constant et quotidien, d'incessants passages de véhicules enlèvent à la porte le charme qu'elle conserverait en demeurant un monument glorieux du passé. Il faudrait détourner le flot de la circulation des automobiles, camions et autobus vers une autre voie d'accès, de manière à laisser place aux piétons. Ainsi revivraient de nos jours " les choses du passé" dont nous parle Palamas.
2).Le rempart: conservé tel qu'il avait été aménagé à l'époque d' Othon, au nord du Jardin des Héros, c'est le monument le plus chargé de sens pour notre ville sacrée, parce que son tracé correspond à la légendaire "haie" (la fortification) des Libres Assiégés. Et avec les canons qui se trouvent aujourd'hui à son sommet, il impressionne les passants qui le longent. Souhaitons que ce vaste espace, qui s'étend entre la rue et le rempart, demeure toujours libre, simplement recouvert d'un vert tapis d'herbe, et que le rempart lui-même, sans décoration superflue, soit juste paré de plantes grimpantes, intact dans sa beauté nue !
3). Le Canon de Franklin: à la manière de Papadiamantis, exprimons la nostalgie des jours anciens: "Lorsque nous étions enfants et que nous marchions dans la rue vers Agios-Dimitri , à peine pouvions-nous arriver à la bordure de la ville, à l'ouest du Jardin des Héros, que déjà notre attention avait été retenue par le canon de Franklin, placé sur une petite éminence dominant la région alentour "Aujourd'hui - hélas - ce canon est presque devenu invisible. La petite colline a été conquise, étouffée par les maisons qui surgissent de terre de façon désordonnée, dépassant sa hauteur. Le visiteur d'aujourd'hui distingue avec difficulté le canon de Franklin, promis peut-être à chuter sur le sol et à disparaître. Pourtant, il ne faudrait pas que les plus jeunes ignorent la valeur historique de la petite colline où se situait " le Bastion" lors de sièges de Missolonghi, et que l'on avait surnommé en français "Terrible". Elle est également décrite comme " une grande tour angulaire", dans une lettre du 14 mai 1823 adressée par le fameux constructeur des fortifications Michaïl Kokkinis à Alexandre Mavrocordatos. Cette lettre contient un rapport général sur la défense de Missolonghi et sur l'excellente "fortification à sept côtés", construction à cette époque remarquable que "quelques grecs ont réalisée à l'aide de la divine Providence", en un bref laps de temps. Le nom de Franklin comme cheville ouvrière de la liberté américaine était très largement connu dans Missolonghi insurgée. Le frontispice du journal "Les Chroniques Helléniques" ne portait-il pas la devise de Franklin: "La plus grande utilité pour le plus grand nombre"?
Sur une ancienne photographie qui figure dans l'album on voit la modeste taille de ce brillant monument historique. Il serait souhaitable qu'il subisse une restauration soigneuse ; que la petite colline soit dallée et couronnée du canon solidement dressé à son sommet.
Nous mettons tout notre espoir dans les jeunes de Missolonghi, pour l'avenir de notre ville. Ce qui importe le plus, c'est de conserver et de renforcer l'empreinte particulièrement intellectuelle et policée qui dès l'origine a caractérisé Missolonghi. Les personnalités de Tricoupis et de Palamas, une pléïade d'hommes politiques, d'hommes de sciences et d'hommes de lettres, ont brillé au firmament de la Grèce entière. L'empreinte que cette ville a exercée sur eux transparaît dans les pages de cet album constitué avec zèle et dilection par M. Georges I. Kokossoulas, de Missolonghi. Le texte relatif au cimetière de Missolonghi, Saint-Lazare, constitue ma contribution à cet album.
On lira le texte écrit par un amoureux de Missolonghi, M. Yves Le Mahieu, fasciné par la beauté naturelle et l'importance historique de notre ville.
En dernière partie - en appendice - figure une étude sur un peintre original de Missolonghi, Tassos Mantas. Elle est due à l'écrivain et femme de lettres Mme Akakia P. Cordossi.
Souhaitons à cet album de devenir le point de départ de rêveries passionnées, mais aussi - bien entendu - de créations actives et fécondes de la part des Missolonghiens d'aujourd'hui, pour notre ville sacrée.
Spiros A . Kaninias.
Parcours 1
"MISSOLONGHI
1830 - 1990
PORTRAIT D'UNE VILLE"
Missolonghi après la libération.
Missolonghi en 1860, telle qu'elle apparaît sur un plan de cette époque (cf. photo n° 8), est une petite ville aux maisons irrégulièrement placées sur une presqu'île aplanie, en forme de poire dont la queue serait dirigée vers le bas jusqu'à rejoindre l'îlot du Moulin à vent (30) . La plus grande partie de son contour dentelé et froncé est baignée par les eaux de la lagune, tandis que le quartier au nord et au nord-est de la ville est séparé du continent par un large fossé. Les bords en sont fortifiés du côté de la ville, sur le tracé de l'ancien rempart en dent de scie. La communication avec l'intérieur s'opère par une seule porte qui est restée l'entrée principale de la ville. Nous voyons quelques amas de constructions mal alignées les unes à la suite des autres, formant des rues étroites en direction du nord vers le Jardin des Héros (2) (c'était d'ailleurs l'emplacement de l'ancien cimetière) dans lequel l'on distingue la tombe circulaire (1) et celle de Marcos Botzaris (2). L'axe central, ainsi que nous l'avons nommé, a son point de départ juste sur le côté nord de la cathédrale Saint-Spiridon (29); clairsemé au début, il est plus dense au fur et à mesure que l'on monte. Un peu au-dessus de cet axe, s'étend le "marché d'en bas", avec le marché aux poissons et à sa suite, le centre commercial de la ville. A partir de ce point et au-delà, l'axe s'incurve vers la droite, puis se redresse dans le "Quartier des rétameurs" lorsqu'il débouche sur la placette de l'actuelle rue G. Alexandropoulos ; puis, il se poursuit un peu plus vers la droite, passant juste devant Sainte - Paraskévi (6) avec le "marché d'en haut" pour s'achever aux alentours des prisons Makris (5), à l'emplacement actuel de l'hôtel Liberty.
Aujourd'hui ce parcours, toujours identique, à quelques modifications près , est délimité par les rues: Vassilis Chrissoyélos, D. Makris, Costis Palamas (dans sa première partie), Z. Rapésis, G. Alexandropoulos (en partie) et rue Thisias. L'actuelle rue centrale Lord Byron, dans laquelle se sont établis plus tard les commerces principaux, était à peine tracée puisque l'on voit encore sur le plan de nombreux espaces ouverts. Naturellement, la rue Charilaos Tricoupis ne pouvait faire office d'artère transversale comme c'est le cas actuellement, elle n'était pas encore tracée distinctement.
Pourtant, certaines rues ont conservé jusqu'à aujourd'hui leur ancien tracé, comme l'étroite rue Kalogéros Klissouras, parallèle et située à l'ouest de la rue Chrissoyélos, qui coupe à angle droit la rue A. Ratzikotzikas avant de fusionner avec la rue C. Metaxas, elle-même prolongée par la rue I. Rangos. Une placette triangulaire (angle Zakariadis) réunit cette dernière aux extrémités des rues D. Makris et C. Palamas.
De même, le large tracé de la rue A. Ratzikotzikas, et, plus haut, depuis le centre du marché aux poissons, en allant vers l'ouest, la tortueuse petite rue Dolmas qui, au-delà d'un petit tournant en direction de la rue E. Evgénidès, se prolonge par la rue Favier, aboutissant à l'ouest au boulevard de ceinture, près de la maison de Kapsalis.
Enfin, après un tournant, légèrement plus au sud de la rue A. Ratzikotzikas, un peu au-delà de la rue E. Evgénidès, la rue Christos Kapsalis qui se dirige vers le mole, est tracée assez nettement, même si elle comporte, çà et là, de nombreux vides de part et d'autre. Plus loin, au bout de cette rue, au début de la rue A. Razis, il nous faut imaginer le café Mangana dont parle, comme nous le verrons, A. Stasinopoulos dans son ouvrage sur Missolonghi, à moins de l'identifier au café qui fut plus tard celui de Lantos à l'extrémité actuelle de la rue Kapsalis à gauche, sur le côté est du boulevard périphérique, bien avant que le propriétaire ne le déplace au lieu-dit "kala kathouména" ("ceux qui sont bien assis"). Chacun pourra encore se souvenir ici de la petite rue D. Délighéorghis, voisine de Chrissoyélos, où jusqu'en 1975, la maison de Délighéorghis a été préservée. Chacun pourra dire que les rues, ci-dessus nommées, constituent les artères principales de notre ville après sa libération, avec de chaque côté de l'axe central, des constructions qui se suivent ici de manière plus dense, et là sont plus espacées. Leurs noms, d'ailleurs, en dehors de deux ou trois changements ultérieurs, ont été inspirés par les années héroïques 1822 - 1826. A partir de 1860, on a procédé à de nombreux remodelages: des maisons ont été détruites ou abattues. Dans ces trouées, on a ouvert de nouvelles rues jusqu'à ce qu'on parvienne, au milieu des années 1920, à un plan d'urbanisme compatible avec les contraintes modernes dues à l'automobile.
Evidemment, ici ou là, nous voyons encore aujourd'hui des maisons qui ne respectent pas le plan d'alignement des rues, mais cela n'est qu'une exception insignifiante en voie de disparition, alors que la plupart des constructions ont adopté le même alignement à l'intérieur des blocs carrés que délimitent les ruelles.
LES INTERVENTIONS SUR LE MILIEU NATUREL.
A. LE BOULEVARD PERIPHERIQUE.
Un rôle déterminant dans la formation du plan mais aussi plus généralement dans l'aspect de la ville a d'abord été joué par le boulevard "périmétrique": à l'origine, digue cernée par la mer, puis plus que d'un côté, il est aujourd'hui entouré de terres, et sur cet espace conquis, des rues orientées perpendiculairement ou parallèlement à ce boulevard ont été tracées.
Sur ce boulevard qui, sur toute sa longueur (depuis l'évêché jusqu'à la statue de Costis Palamas au lieu-dit "Anémomylos"- le Moulin à vent -), a reçu le nom de "Boulevard de Chypre", ont débouché en premier lieu les tracés transversaux des rues Héroon Polytechniou , Charilaos Tricoupis, C. Kapsalis et C. Tricoupis, et les tracés verticaux des rues Joseph Rogon et Archevêque Damaskinos. Puis, bien plus tard, les rues des nouveaux quartiers au nord-ouest de la ville, quartiers dont la construction a commencé au début des années 1950 pour se poursuivre jusqu'à aujourd'hui.
Quant à la partie nord du boulevard périphérique (aux abords ouest du Jardin des Héros) qui donne également une deuxième entrée à la ville en reliant le boulevard périphérique à la route d' Etoliko, elle devient l'extrémité de la rue Archevêque Damaskinos.
Assurément, la construction du boulevard périphérique a nécessité une intervention humaine modifiant l'aspect physique de la ville, dans le but de la protéger du flot hivernal maritime qui, auparavant, se brisait sur les premières maisons du front de mer, à l'ouest. Pourtant, cette rue s'harmonisa si bien à la ville, qu'au cours des décennies qui amenèrent la transformation de l'espace marin en terre ferme, le boulevard devint le lieu de promenade romantique des habitants de Missolonghi.
On y planta donc sur toute sa longueur, deux rangées d'eucalyptus nains, et des bancs de pierre pour les promeneurs y furent installés à intervalles réguliers. C'était un enchantement, un "Belvédère": que l'on se tournât du côté de la ville se reflétant dans les eaux calmes aux heures de mer étale avec les trois sommets du Varassova en toile de fond, ou que l'on regardât "l'ampleur de la lagune baignée de lumière" traversée par le vol des mouettes et des oiseaux de mer, jalonnée par les claies des viviers, les cabanes de pêcheurs, et les barques de pêche à fond plat. C'était le retour de la pêche au harpon, toutes voiles déployées, les couchers de soleil enchanteurs, l'éclat des lamparos, les nuits sans lune, spectacles s'étendant jusqu'aux lointaines montagnes d' Etolie aux formes dégradées.
Alors tout était offert sans fard, naturellement, sans soin particulier, avec la simplicité quotidienne et l'insouciance, et donnait son prix à des joies humbles, avec pour effet d' embellir et d'agrémenter l'existence.
Il y avait d'autres lieux très pittoresques, comme les petits cafés sur le bord du boulevard périphérique, autant de cabanes et constructions orientées face à la mer. A l'ombre de leurs auvents, le promeneur prenait plaisir à boire un café, à converser, à faire des jeux de mots, à plaisanter avec les habitués.
Chacun de ces petits cafés avait sa propre ambiance, avait pris une place particulière dans l'itinéraire quotidien des gens simples venus de la ville et des bords de mer.
Je mentionnerai, à cet égard, le café de Lanténas, situé sur le Môle, puis" Kala Kathouména" ("Ceux qui sont bien assis") de Georges Brachalis et de Makos Balianatos, "Olympia" de Costas Ghiphtoyannis à proximité de l'établissement des bains de boue, à l'endroit où la route faisait un détour (à l'emplacement actuel de la maison Voulgaris), et enfin "L'Anémomylos" ("Moulin à vent") de M. Dimitrakis de Bobota, vis-à-vis de la statue de Palamas, presqu'au croisement du boulevard périphérique et de la route de Tourlida. Dans tous ces endroits, en bordure de mer, on vivait dans un rêve ("une atmosphère rêveuse" pour reprendre cette expression heureuse) qui est à tout jamais perdu, mais son écho éloigné subsiste dans quelques vers, dans quelques cartes postales ou photos jaunies.
B. LA ROUTE DE TOURLIDA.
Une seconde route, construite au milieu de la lagune, a également contribué à façonner le visage de notre ville. C'est la route de Tourlida, longue de 5 km, "dont les travaux ont commencé en 1874 pour s'achever en 1881" . La lagune fut coupée en deux par cette route: Klissova à l'est et à l'ouest la partie la plus étendue s'ouvrant sur la mer.
Ces deux espaces marins communiquaient entre eux par huit arches en bois (celles du boulevard périphérique en béton armé supportaient une chaussée et, pour cette raison, étaient dites" ténébreuses"). Chacune d'elles tirait son nom de l'ordre où on les rencontrait: "première", "deuxième", "troisième arche", etc. Aujourd'hui, après la réfection de la route dans les années 1960, demeurent ouvertes la première (qui sert à conduire les eaux chaudes de la lagune de Klissova vers les salines de Phinikia), la troisième, la quatrième et la septième, que l'on nomme "Camaropoula" (petite arche). La deuxième arche, à côté des bains clos, a été obturée lors du creusement du port, au début des années 1930.
La route de Tourlida que seuls des automobiles et quelques piétons
pressés empruntent aujourd'hui, était jusqu'à l'été
1940 la promenade du soir des gens de Missolonghi, avant ou après
le dîner, tant que durait l'été. Il faut imaginer, sur
cette route une fréquentation semblable à celle de la rue
Tricoupis aux beaux jours. On y trouvait même des bancs de pierre
que les élégantes de l'époque avaient dénommés
solennellement "les bancs". "Nous trouverons bien un banc
libre pour nous asseoir", disaient les optimistes, tandis que les prévoyantes
avaient apporté avec elles quelque bout d'étoffe, pour une
heure de rêverie ou de songe face aux lumières mouvantes et
magiques des bateaux de pêche aux lamparos allumés, épars
sur l'étendue, ou devant "les sentiers de l'amour" que
l'éclat de la lune dessinait sur le miroir de la lagune.
En outre, dans les années qui ont précédé 1940, d'autres motifs poussaient les Missolonghiens, l'été, en dehors de leur ville, sur la route de Tourlida. Dès le début du siècle, à hauteur de la première arche, sur l'esplanade au devant de la maison Tricoupis, un cinématographe s'était installé: un cinéma muet typique de cette époque, dont les films attiraient des familles entières, tandis qu'un peu plus bas, à Anémomylos (Le Moulin à vent) parmi les tables dressées, l'ensemble philharmonique de la ville, sous la direction du chef d'orchestre Konidaris jouait chaque jeudi (le dimanche, cela se déroulait sur la place centrale) des morceaux de musique.
Où trouver un tel luxe, de nos jours ?
Cependant, l'écrivain Mimis Libérakis et son ami Nikos Katsis persistèrent à effectuer leur promenade quotidienne, l'après-midi, sur la route de Tourlida, jusqu'à la fin des années 1940. Elle en acquit un caractère original et peu courant lié au tempérament singulier du premier promeneur. Les deux hommes partaient chacun pour leur promenade, de deux points différents de la ville, quel que fût le temps. Sur cette route, l'un d'eux avançait seul jusqu'à se trouver au maximum entre la troisième de la quatrième arche. Arrivé là, celui qui allait en tête revenait sur ses pas, au-devant de son compagnon et ils rentraient alors tous les deux ensemble, sans cesser de discuter, avec cette particularité que "Monsieur Mimis", qui supportait mal la présence de quelqu'un à ses côtés, ouvrait la marche, et précédait son ami d'un pas et demi ou deux. Ce duo se séparait devant Saint-Spiridon: Katsis allait de son côté, Libérakis se rendait à la patisserie "Galaxia", sur la place centrale.
Enfin, concernant les modifications apportées à l'aspect de la ville, sur sa façade maritime, je dois dire que le rivage sud-est, avec ses étendues libres à peine occupées par les maisons des pêcheurs, sauf sur une petite portion, à Kaliantéri, fermées par la digue sur laquelle passait la ligne de chemin de fer provenant de la place centrale, conserva inaltéré son aspect originel jusqu'en 1971-1972. Alors ce rivage naturel fut remblayé avec les boues du dragage qu'on avait extraites lors du creusement du port.
Quant aux petits cafés épars sur le rivage, il faut signaler que, à la pointe Est de la ville, juste au dessus du rivage, on trouve encore le petit café de Costas Kaliantéris, le seul qui subsiste, méconnaissable certes, et qui a eu la faveur de figurer dans la littérature poétique de Missolonghi, dans le fameux poème "Batarias" ( ) de Miltiade Malakassis.
C'est encore, ici, à Kaliantéri, que se situaient les bains de boue du même nom, connus dans notre région pour leurs propriétés thérapeutiques. Les remblais de 1972 les ont fait disparaître.
C. LE CHEMIN DE FER.
La deuxième modification de l'aspect général de la ville s'est produite du côté de la terre ferme, avec la construction de la Gare du chemin de fer et des autres installations de la S.B.D.E. , qui couvraient toute la partie nord-est, autour des remparts, là où jadis se trouvaient précisément les bastions, "La Lunette", "Kokkinis", "Makris", "Rhigas", etc., effaçant, ainsi, les vestiges d'un site historique qui était lié à la "grande Sortie".
Le train arriva dans notre région dès les premières années de la décennie 1880, à l'époque où Charilaos Tricoupis était Premier Ministre. D'abord, Missolonghi fut relié par voie ferrée à Agrinion, puis , en 1891, la ligne fut prolongée jusqu'à Krioneri .
L'arrivée du train provoqua, dès cette époque, d'ailleurs,
l'opposition de ceux qui étaient lésés, soit parce
que la ligne coupait leurs propriétés agricoles, soit parce
que le train leur enlevait le travail des mains (cochers, charretiers, etc.).
Evidemment, Goulimis réussit à tirer profit de la rancur de
ces derniers, grâce des promesses électorales portant en particulier
sur le démantèlement de la ligne, aux élections de
1895. Tricoupis les perdit en effet.
Une bifurcation de la ligne Missolonghi - Agrinion au niveau d'Etoliko fit arriver le train jusqu'aux bourgades de Néochori et de Katochi, tandis qu'un deuxième petit embranchement, partant du sud de la gare vers Kaliantéri, permit au train de parvenir sur la place centrale.
Ainsi, dans les gares de chemin de fer, on assistait à des scènes de rencontres et d'adieux, à une époque où évidemment les voyages étaient faits d'une aventure certaine.
Et c'est à l'arrêt de la place, que les élèves du collège originaires de la région d' Etoliko - Katochi, attendaient le train de l'après-midi, avec leur panier et leur sacoche, contenant le pain cuit à la maison et le repas. Je parle, de l'époque où les classes de 4ème et de 6ème du collège conduisaient à des études identiques à celles que l'on mène de nos jours pour se préparer à la vie extérieure. Cette ligne intérieure vers le centre de la ville a fonctionné environ jusqu'en 1940, puis a été remise en service en avril 1954, avant d'être déclassée en février 1970.
Enfin, en 1938, une deuxième ligne commerciale d'intérêt local relia la gare au port, par le boulevard périphérique.
Cependant, avec le développement de l'automobile dans les transports terrestres et la mise en place d'une liaison Rhion - Antirrhion par bateaux à moteurs, le fonctionnement du train, qui favorisa
durant de nombreuses décennies, l'activité professionnelle
de nombreux habitants de notre ville (employés de bureaux, personnel
de direction, commis voyageurs, ouvriers) devint peu à peu déficitaire,
comme partout ailleurs.
Ainsi, en juillet 1970, le train dont le sifflet si nostalgique des anciennes locomotives aux noms brillants - Tricoupis, Calydon, Missolonghi, Etoliko, Agrinion, Arta - rythmait les heures du jour, a délaissé pour toujours le cadre de notre ville, emportant avec lui, et les employés du chemin de fer et leurs familles. Ils furent nombreux à être réaffectés sur la ligne O.S.E. - Patras - Athènes, pour ne plus revenir.
Et je me souviens de quelques figures, de quelques scènes de l'activité de la gare: le café, à droite de l'entrée, les commerçants pressés qui couraient pour jeter un entier postal dans la boîte aux lettres du train à l'instant où il se mettait en marche, les impatients qui, pour apprendre les dernières nouvelles, se jetaient sur le journal de Théodore Drakopoulos, au moment où ce dernier descendait du train, les journaux sous le bras, les employés des hôtels, avec le nom de leur établissement sur leur casquette, - "Hôtel d' Angleterre", "Métropole", "Ilion - Pallas", "Byron",
"Athènes", "National" - qui venaient accueillir leurs clients, le passager en retard qui court pour atteindre le train en criant désespérément: "Arrêtez-le, arrêtez-le, j'ai mon billet", les wagons avec l'inscription "chevaux 4 - hommes 24 " qui durant la guerre de 1940 conduisaient les fantassins sur le front, la tante Photaina qui était sortie de son village pour raccompagner son fils repartant vers le front d'Asie - Mineure. Et quand le train eut sifflé trois fois, elle avait perdu son Mitrakis des yeux et elle ne savait pas si elle le reverrait, si bien que, depuis, elle n'a plus jamais voulu entendre ce sifflement.
D. LE PORT
L'intervention la plus décisive sur la physionomie de la ville ainsi que sur l'espace maritime qui l'entoure fut le creusement du port au début des années 193O.
Un projet occupait Missolonghi depuis les premières années de son indépendance, celui d'un port adapté aux nécessités du cabotage, mais aussi à l'approche des navires de haute mer qui devaient desservir la ville et sa région.
Depuis de nombreuses années, le trafic des passagers, ainsi que
les marchandises aboutissaient à l'îlot d' Aï-Sostis où
les navires caboteurs faisaient escale. De là, les bateaux de la
lagune accostaient au Môle, à l'extrémité de
la rue Christos Kapsalis. A. Stasinopoulos nous dépeint ainsi la
situation d'alors: " Le vendredi était jour de fête pour
Missolonghi. On attendait l'arrivée des bateaux à vapeur.
Celle du navire en provenance de Patras était la plus intéressante,
parce qu'il transportait les passagers d'Athènes. Les gens de Missolonghi
venaient sur la jetée, attendaient le bateau au café de Manganas.
Tout en accueillant leurs parents, ils prenaient des nouvelles auprès
des arrivants, apprenaient d'eux les dernières nouvelles de politique
intérieure ou internationale, se chargeaient de lettres. En effet,
la correspondance particulière était souvent transportée
par les passagers, soit par esprit d'économie, soit par méfiance
envers le service postal de l'époque. D'autre part, étant
donné qu'aucun bureau de presse n'existait encore et que les quelques
abonnés
du "Palingenesia", du "Ethnophylax", et du "Néa
Imèra" de Trieste se limitaient à communiquer les nouvelles
acquises à la simple lecture de ces journaux, dans le cercle étroit
des pharmacies qui devenaient alors des lieux de rassemblement privilégiés,
la plupart des gens de Missolonghi, mal informés, cherchaient à
connaître les nouvelles par l'intermédiaire des passagers.
Et l'on imagine, leur déception lorsqu'arrivait la nouvelle du retard
des bateaux à vapeur ; il fallait s'en aller
Avec la construction de la route de Tourlida et la création d'autres compagnies de bateaux à vapeur, les choses s'améliorèrent. La circulation vers Patras, à partir de Tourlida, devint presque quotidienne.
Ainsi, en citant toujours Stasinopoulos: "Missolonghi avait à l'origine Agios Sostis comme unique port marchand, ensuite elle eut Tourlida et dès 1885, elle s'octroya Krioneri".
Mais, ce dernier site ne constituait pas une solution au problème. Les vents de nord-est et la houle en faisaient un endroit périlleux, d'un accès difficile ou inabordable durant de nombreux jours dans l'année. Charilaos Tricoupis, venu pour sa dernière réunion électorale - il fut d'ailleurs largement battu aux élections du 16/29 avril 1885 - se trouvant à Krioneri dans des conditions atmosphériques exécrables pour le débarquement des passagers, on l'entendit dire à voix basse, en pensant à l'ingénieur français chargé des affaires du port, qui avait préféré l'emplacement de Krioneri comme étant le plus sûr: "Il m'a trompé !" (Stasinopoulos).
En 1930, on décida donc de construire un port à l'endroit plus approprié, là où il se trouve encore aujourd'hui, à l'ouest de la route de Tourlida, à hauteur de la deuxième arche, au dessus et en face de la petite île appelée "Anémomylos" (Moulin à vent). Et ce qui porta atteinte de manière irrémédiable à l'aspect pittoresque de la ville, ainsi qu'à l'espace marin environnant, ce n'est pas tant la construction du port que l'entassement sur place des résidus du dragage résultant de l'ouverture du chenal et du bassin du port. De la même manière, on supprima toute une partie de la lagune occidentale, ainsi que la bande de sable salé dont le tracé était parallèle au chenal, et qui formait un obstacle au courant marin allant vers la lagune de Klissova, renforcé par la fermeture de la deuxième arche.
Ainsi, alors qu'il nous aurait été possible d'évacuer les résidus du dragage vers la haute mer, au moyen de conduites spéciales, la solution de facilité a été choisie: entreposer les déchets dans ces portions d'espace encore marin emprisonnées lors de la construction du boulevard de ceinture, et sur ces vastes espaces marécageux, au milieu des années 1950, la ville s'étendra: construction d'écoles, création de complexes sportifs, etc. Mais, les grands dommages surviendront en 1971-72, avec toute une suite de travaux de "remodelage" de la lagune et particulièrement au cours de l'année 1973 avec l'élargissement et le creusement du port. C'est alors qu'on a construit des chemins de terre surélevés à travers la lagune, qu'on a ouvert un chenal consolidé par deux digues vers Etoliko, supprimant ainsi les communications des pêcheurs du fond de la lagune avec le reste de la lagune. Certains durent s'enquérir de nouveaux postes d'amarrage, plus loin, au sud de la digue de gauche, tandis que beaucoup d'autres abandonnèrent la pêche et quittèrent Missolonghi avec leurs familles. C'est à cette époque que l'on ferma les arches de la route de Tourlida, ce qui transforma la lagune de Klissova en mer morte, sans qu'elle ait pu retrouver depuis lors, même après la réouverture des arches, sa riche flore d'autrefois, sa richesse biologique. C'est aussi à cette époque que l'on déversa d'autres résidus de dragage, autour de la ville, en cercle ; la lagune ne fut plus visible de la place centrale, au point de jonction des rues Charilaos Tricoupis et Ep. Délighéorghis, que l'on se tournât vers l'est où autrefois rien ne barrait le regard, ou vers le sud et vers le couchant, où l'on ne rencontrait jadis que des espaces infinis, bien au delà de la ville. Ainsi, le boulevard périphérique, le café "Kala Kathouména" et d'autres rivages marins ont perdu pour toujours l'attrait du "retour de la pêche au harpon", et de "la lumière de la seule lagune" et, avec elle, la présence des promeneurs romantiques.
Voici, pourrait-on dire, que se clôt le cycle des interventions sur l'environnement naturel de notre ville, ingérences qui ont eu pour effets de lui faire perdre son pittoresque rare et ses beautés mille fois célébrées, en raison d'un certain nombre de transformations, en particulier celle des plaines alluviales en terrains à bâtir bientôt construits. A ce propos, je voudrais ajouter qu'au cours de cette époque, des projets d'assèchement de la lagune toute entière en vue de la transformer en exploitations agricoles ont également vu le jour (projet établi alors par l'ancien Ministère de la Coordination entre le Ministère de l' Economie et celui des Finances).
VAGABONDAGE DANS UN ESPACE URBAIN
Il est temps, maintenant, d'entreprendre une deuxième promenade de découverte au moyen du plan de 1860, dont nous avons parlé au début.
La plupart des bâtiments principaux, comme les trois églises de notre ville qui n'avaient pas encore, trente ans après l'Indépendance, leur apparence définitive - sauf l'église Sainte - Paraskévi, bâtie en 1860, qui est donc représentée sur le plan avec ses dimensions actuelles - , de même que des espaces déjà délimités, comme le Jardin des Héros (bien qu'il ne s'étende pas encore vers l'ouest), nous aideront à nous orienter parmi les rues tracées sans plan d'urbanisme et parmi les espaces libres ; à reconnaître les édifices et les maisons qui existent encore de nos jours, où qui étaient encore debout, il y a une ou deux décennies, c'est-à-dire, en fait, jusqu'à l'irruption dans notre ville du béton armé, lorsque la démolition des anciennes demeures a commencé, alors que progressivement s'imposaient les appartements et les immeubles à plusieurs étages.
Ensuite, nous nous efforcerons de décrypter l'architecture de notre ville, tant sur d'anciennes photographies et cartes postales, que sur les façades des maisons repeintes ou écaillées qui résistent encore à l'abandon et aux outrages du temps, depuis environ cent soixante ans, en privilégiant, bien sûr, quelques vestiges d'un âge plus ancien. Malheureusement, deux ou trois demeures tout au plus ont une date de fondation attestée, qui permette de déterminer avec exactitude l'apparition et l'évolution des différentes formes de l'architecture de notre ville.
Point de témoignage écrit à ce sujet, et l'on ne peut guère tirer d'informations des personnes elles-mêmes. Pour cette raison, l'itinéraire que nous suivrons n'est qu'un fil directeur arbitraire sur le plan d'ensemble de la ville. .
Au milieu de l'enceinte du Jardin des Héros, nous distinguons clairement le bâtiment de l'ancien hôpital Hatzikostas (n°3) fondé par la donation testamentaire du 11 août 1845 de Georges Const. Hatzikostas et celle du 30 mai 1846 d' Anastasios G. Hatzikostas (testament fait à Moscou). Cet ancien édifice subsiste sur une photographie, alors qu'on commençait à le démolir, pour édifier l'actuel bâtiment de style néoclassique au début de ce siècle (1906).
Un peu en dessous de l'angle sud-ouest du Jardin des Héros (tel qu'il était alors), on note la présence d'un bâtiment long et étroit, celui des anciennes casernes (n°4) transformé par la suite en prison, et qui fut détruit entre 1969 et 1970.
En descendant l'artère qui passe devant l'église Sainte
- Paraskévi (n°6), à l'ouest, on distingue un édifice
(n°7), à l'angle de la rue Georges Alexandropoulos (au numéro
2 de cette rue), avec un angle très aigu pointant vers le sud-est,
qui n'avait peut-être pas l'aspect que nous lui connaissons actuellement.
Par deux lignes à peu près parallèles, ce bâtiment
est relié à l'édifice situé (n°8) 11 Rue
Archevêque Damaskinos, maison seigneuriale jadis de Dimitri N. Drossinis,
qui abrite aujourd'hui la direction de la police, et porte sur une pierre
de taille, l'année de sa construction, 1856. A la perpendiculaire
de ce bâtiment, au 9 de la rue I. Rangos, voici l'actuelle maison
Romanos (n°15) avec un terrain encore libre à côté
(n°16) où, en 1868, comme il est inscrit sur une pierre de la
porte cochère, une maison (au 5 de cette même rue), a été
construite en pierres de taille.
voici l'école grecque (n°10), fondation de Constantin Hatzikostas,
qui a été bâtie bien avant l'année 1831, comme
nous le verrons - et également à l'ouest de cette église,
nous distinguons le "Saraï "(n°11) dont les derniers
habitants furent des réfugiés d'Asie Mineure, et qui a été
démoli après l'occupation, entre 1945 et 1950.
A cet endroit, on a aménagé la cour de l'école primaire "Xénocration". Quelque peu au sud-ouest du Saraï, l' Ecole de Formation - jadis école d'enseignement mutuel (n°12) - qui date de 1830. C'était une forme particulière d'établissement, d'inspiration française ; sur son emplacement fut construite en 1885, l'école Xénocration. Face à cette école exactement, vers l'est, se trouvait le monument de l' Evêque Joseph Rogon, détruit lors de la construction d'un bâtiment moderne à l'angle des rues J. Rogon et Kristallis. Plus au sud, dans l'alignement du monument, on distingue un terrain de forme carrée (n°14) sur lequel, entre 1860 et 1870, a été édifiée une maison en pierre, conservée jusqu'à nos jours (au 16 de la rue Joseph Rogon). Je mentionne en particulier, les maisons en pierre, ou celles qui offrent de manière visible des éléments architecturaux en pierre, parce que, comme nous le verrons, elles offrent, au delà de quelques variantes de l'une à l'autre, une unité de construction qui s'inscrit dans une période donnée.
A cet ensemble, il convient de rattacher le bâtiment de trois étages (n°17) des rues C. Metaxas, A. Ratzikotzikas, D. Makris et la maison à deux étages à l'angle des rues Kalogéros - Klissouras et Délighéorghis (n°18), qui a été détruite au début de l'année 1988. Tous ces bâtiments figurent sur le plan datant de 1860. Un peu plus bas, au coin des rues Kalogéros - Klissouras et Pétaloudis, apparaît la maison Balbis (n°19) dont la clôture du côté est faisait face à l'alignement des maisons de la rue Chrissoyélos, cela vraisemblablement dès 1864, comme le prouverait la date inscrite sur la barre de fer ajourée des grilles du balcon, .
Naturellement, nous ne passerons pas ainsi en revue l'ensemble du plan de la ville, ce qui concrètement serait impossible, et je me contenterai de mentionner l'emplacement de quelques demeures historiquement importantes.
Dans le prolongement donc de la maison de Balbis, en allant vers l'est, du côté droit de l'actuelle rue Kitzos Tzabellas, on peut distinguer la maison de Malakassis (n°20) dont le coin sud-ouest en angle rentrant n'a pas changé, et aussitôt après un groupe de maisons de formes irrégulières, à l'endroit où est maintenant la maison Manessis (n°21), tandis que l'élargissement de la rue actuelle les a réduites d'une partie.
Avec le mouvement du cheval au jeu d'échecs, maintenant, en partant à nouveau de la maison Balbis, mais cette fois, en direction du nord-est, nous tombons sur "l'Auberge" (n°22) qui est restée jusqu'à nos jours la maison de la famille Bergounis. Nous supposons qu'il s'agit de l'Auberge Manessis, portant le nom d'Hôtel d'Orient , que Thérèsa née Makris (la jeune fille d'Athènes de Lord Byron) mentionne dans une lettre adressée à son époux, James Black, vice-consul anglais à Missolonghi depuis 1858, et qui, plus tard, jusqu'à sa mort, en février 1868, fut professeur d'anglais au Royal Gymnasium à Missolonghi.
En partant maintenant de la maison de Balbis (n°19) vers l'ouest, en sautant au passage une ou deux maisons, nous rencontrons le grand bâtiment du Palais de Justice (n°23), dont l'incendie de décembre 1944 n'a laissé qu'un angle.
En empruntant, en face du palais, une petite ruelle, puis en tournant à gauche, nous atteignons une esplanade et nous avons à notre gauche, la maison de Palamas (n°24), et en face, à droite, l'ancienne Mairie (n°25) qui a brûlé en 1929, et à sa gauche, la maison de Tricoupis (n°26), avec sa longue clôture qui se poursuit vers l'ouest jusqu'à la lagune.
Enfin, sur la grande esplanade de forme carrée qui s'étend dans la partie centre-est du plan, parmi trois maisons, nous distinguerons un autre palais ("Saraï"), maison de Kavayias (n°14), qui brûla en 1948.
RETOUR EN 1830.
Pour l'heure, je présenterai quelques extraits de documents officiels datant de l'époque immédiatement postérieure à la libération (1830), adressés par le Conseil Municipal de notre Ville, ou par d'autres organisations communales, au Président de la Grèce Capodistrias, ou au Secrétaire d' Etat à l'instruction publique, fonction qu'occupait alors Nicolas Chrissoyélos (d'une famille bien connue de cinq avocats à Missolonghi). Ces écrits témoignent de l'état des maisons dans notre ville à cette époque .
1. N° 367/8 Nov. 1829. (Réponse à la note n°67 de Capodistrias, en vue de réparer une église et de construire une école abritant l'établissement d'enseignement mutuel à Missolonghi).
" L'architecte Kalandros n'est pas présent ici, ni aucun autre capable d'entreprendre la construction de l'église, dont les murs subsistent, à peu près intacts. Il serait bon de faire venir un architecte-expert des îles voisines, parce qu'ici on ne trouve pas les artisans pour cela. Près de cette église (Saint - Pantéleïmon) se trouve un terrain, propriété de la nation, propice à la fondation d'une école publique d'enseignement mutuel. Les ruines pourront fournir les pierres nécessaires à la construction de cet établissement".
2. N° 247/8 avril 1830.
" Dans cette province, il n'y a pas d'école dans chaque arrondissement. Jusqu'à présent on n'a pas encore commencé à en construire à Missolonghi. J'ai donc pour but, dès que les fêtes actuelles seront terminées, de prescrire la construction d'une école ici, en ville, ainsi que d'une autre à Anatoliko, puisqu'à Missolonghi et dans la campagne, la population augmente de jour en jour, et que les maisons se multiplient insensiblement".
3." De Missolonghi, le 6 octobre 1830.
Le professeur d'enseignement mutuel Jean G. Draïkis au Secrétaire d' Etat à l'Instruction Publique et aux Cultes N. Chrissoyélos.
Je venais à peine d'arriver à Missolonghi, lorsque je fus chargé dès le début de surveiller sur place la construction et la bonne marche des travaux de l'école d'enseignement mutuel. Je n'ai pas en main pour le traduire, le manuel de M. Sarrasin et je surveille l'avancement des travaux, avec la rigueur nécessaire. La longueur de l'école, en mètres français, atteint 25,20 mètres, la largeur 8,10 mètres. Sa capacité est de 392 élèves".
Il s'agit, évidemment, du bâtiment porté sur le plan (n°12) dont nous avons déjà parlé, et qui a, en effet, cette forme-là et ces dimensions-là.
4. Le gouverneur par interim d'Etolie s'adresse au Secrétaire d' Etat, le 22 mai 1832 :
" L'école grecque a été fondée en 1831, sous les auspices du maître d'école Palamas Il n'y a eu aucune interruption.
La fondation de l'école grecque a été réalisée par la ville, à laquelle elle appartient. L'effectif de cette école est aujourd'hui de trente élèves.
Quant à l'école d'enseignement mutuel, patronnée par Jean G. Draïkis, elle abrite plus de cent élèves. L'établissement a été fondé par le gouvernement. Il n'y avait pas d'autre moyen".
Comme on le voit dans ces textes, les difficultés initiales, année après année, s'aplanissaient, d'abord pour l'école d'enseignement mutuel, ensuite pour l' Ecole Hellénique de Const. Hatzikostas.
Il faudra néanmoins attendre 55 ans pour que soit établie une nouvelle école communale, le Xénocration, et 100 ans pour que notre ville obtienne un bâtiment public pour son lycée qui, jusqu'alors (1931), occupait la maison Dialetis, dans la rue Prokopanistos, maison dont il existe encore une partie du mur nord. Voilà pourquoi, jusqu'en 1931, les photographies qui nous remémorent les différentes classes du lycée sont prises sur les escaliers latéraux de la porte de l'église Saint - Spiridon.
LA PERIODE DES MAISONS EN PIERRE TAILLEE
Je ne sais si les premiers artisans, ceux qui ont construit ces premières écoles, venaient des îles alentour, c'est-à-dire de l' Héptanèse ; de toute manière, les dates inscrites sur quelques pierres des maisons, qui démontrent clairement un savoir-faire particulier, produisant des architectures aux aspects caractéristiques, sorties pourrait-on dire de la même main et du même ciseau, témoignent qu'à partir de la décennie 1850, des artisans et des maçons épirotes de la région de Konitsa, travaillaient à Missolonghi, où leur activité s'est poursuivie durant de nombreuses années.
Ces artisans travaillaient les pierres et les assemblaient en les joignant d'une manière parfaite, en rangées régulières; ils ont laissé des traces nombreuses et différentes de leur savoir-faire, non seulement dans notre ville, mais aussi aux alentours, comme c'est le cas pour les ponts à arches de la route Missolonghi - Etoliko (construits en 1870), les portes cintrées ou comportant un fronton, les colonnes du mur de clôture du Jardin des Héros, ainsi que les cours des maisons particulières, les marches des escaliers extérieurs en pierre, les dallages, les bases en pierre de taille des maisons néoclassiques, etc.
A peu près à la même période, nous rencontrons dans notre ville des artisans et des maçons originaires de Krikellos en Eurytanie. Ce sont eux qui, en 1860, d'après un témoignage historique écrit ,publié en 1940, ont construit l'église de Sainte - Paraskévi sur l'emplacement de l'église en bois visible jusqu'en 1859, et qui portait le nom de Sainte-Paraskévi et de la Sainte - Trinité. C'est pourquoi, une grande icône de la Sainte - Trinité figure au sommet de l'actuel édifice, alors que depuis 1865, l'église est seulement dénommée Sainte - Paraskévi.
Ce qui caractérise l'architecture de cette période de construction en pierre, que nous décrivons, ce sont les arcs aux courbes bien dessinées, au dessus des linteaux des portes, et aussi des fenêtres, les encadrements en pierre des fenêtres, les pierres angulaires bien tracées, les consoles simples. Les lignes mêlées: droites, courbes, droites pour les encadrements des corniches. La construction ici est sobre et ne s'enrichit pas de motifs ornementaux particuliers. Les lignes sont toutes simples et servent exclusivement à mettre en valeur la stabilité. Le décor se réduit à quelques dessins sur les parties métalliques: linteaux, grilles des portes, balustrades, etc.
Il se peut parfois que sur certaines portions de maçonnerie, l'habitude de dissimuler les joints par la juxtaposition de pierres taillées soit abandonnée, au profit d'un crépi, ce qui donne comme résultat un double aspect de pierre de taille et d'enduit.
Plus tard, dans les années 1880, nous verrons la brique faire son apparition, comme matériau complémentaire de construction, s'accompagnant, simultanément, d'une fonction décorative: église Saint - Pantéleïmon (la reconstruction de fond en combles de l'église commença en juillet 1880), bâtiment de la gare de chemin de fer, maison de Malakassis, Eglise Saint-Spiridon (1900).
LES BATIMENTS NEOCLASSIQUES ET LES DERNIERES MAISONS EN PIERRE.
A la fin du XIXème s., nous pénétrons en plein dans la période (du style) néoclassique.
Fondation Xénocration - Ecole de jeunes filles (1885) - maison de Chrissoyélos ( 188?) - maison Pétropoulos, rue Charilaos Tricoupis (1902) - Hôpital Hatzikostas (1906). Cette mode s'est étendue sur plusieurs décennies, ornant notre ville de nombreux et très beaux exemples de ce nouveau style. Ici, l'élément décoratif, avec les couleurs et la distribution des lumières et des ombres qui le complètent, joue le premier rôle dans l'art de construire, comme chacun sait.
Cependant, avant de poursuivre, j'ouvrirai une parenthèse à propos d'un bienfaiteur de notre ville, le plus généreux qu'elle ait connu, qui lui offrit "Le Xenocration - Ecole de jeunes filles", comme on la nommait au début. Sur la famille des Xenocratis, nous avons un témoignage dans la grande encyclopédie grecque à l'article "Kyriazis Georges": les frères Théodore et Constantin Xenokratis, qui avaient fondé en 1881 " l'Hôpital Xenocratis" à Bucarest et en 1885 " l' Ecole de jeunes filles" à Missolonghi, étaient les oncles du médecin Georges Kyriazis, originaire de Platanos, près de Naupacte, qui occupa le poste de directeur de cet hôpital de Bucarest . Avec sa sur Hélène, il fonda dans notre ville l' Ecole Professionnelle qui reçut en 1926 leur nom.
Ainsi, Costas Pétronikolos, dans son livre Rues et places de Missolonghi" (1981 p.103), mentionne que Constantin Xenocratis était originaire de Smokovo en Thrace et avait combattu avec ses frères Anastasis et Théodoros à Dragatsani. Enfin, des informations complémentaires sont à la portée de tous dans l'encyclopédie Ilios à l'article Kyriazis Georges. Avec les frères Hatzikostas, les frères Xenocratis et les frères Kiriazis, se referme le cercle des bienfaiteurs de Missolonghi, qui l'ont enrichie de bâtiments, et de dons à but social.
Et il est dommage, que le don d' Evgénios Evgénidès, en vue de construire un théâtre municipal sur l'emplacement de l'actuel Palais de Justice, n'ait pas été suivi d'effet, puisque par là-même, Missolonghi a perdu la seule occasion de posséder un "Evgénidion Mélathron" (Palais majestueux), comme on l'avait surnommé.
Mais, si nous nous tournons à nouveau vers les bâtiments néoclassiques qui ont vu le jour à Missolonghi, à la fin du siècle passé et au tout début du nôtre, nous avons la preuve, renforcée par d'autres données de cette époque, d'un grand épanouissement économique, au cours duquel les richesses n'ont pas été thésaurisées, mais investies en travaux d'architecture et de décoration qui ont embelli et orné la ville.
Il faut reconnaître qu'un bâtiment néoclassique, signe extérieur de l'aisance de son propriétaire, est aussi un bien public, du moment où il est plus fait pour réjouir ceux qui le voient "du dehors " que ceux qui vivent "à l'intérieur" .
C'est une raison supplémentaire pour effectuer la restauration et la rénovation des parties extérieures de ces bâtiments, auxquelles la commune, l'État, doivent apporter tout leur soin.
Donc, les maisons néoclassiques de Missolonghi présentent en général les éléments suivants :
- des acrotères et des tuiles faîtières sur le toit, dont la ligne droite se brise parfois sur un fronton, des consoles en céramique, avec de petites dents sous le bord du toit, mais aussi, des corniches avec des consoles aux encadrements des fenêtres, de fausses colonnes en bas-relief et des chapiteaux sur les élévations et dans les coins, des balcons de marbre, des consoles aux bas-reliefs de belle prestance, aux lignes pures ;
- des grilles aux balcons, soit en fonte, soit en fer forgé, aux dessins variés, des cannelures à hauteur des étages, mais également au dessus des saillies des fenêtres, des ornements en marbre sur les portes d'entrée, mais aussi, sur les portes de la cour (maison Manessis) et également des colonnes en marbre et des escaliers en marbre d'un seul bloc (soit extérieurs, soit comportant quelques marches en marbre à l'intérieur).
Nous remarquons une singularité, venue de l'étranger manifestement, dans la maison Tricoupis, près de la première arche: sa marquise et ses gouttières en bois.
Cependant, si tous les bâtiments néoclassiques sont entièrement revêtus d'un enduit, exception faite de la maison de Malakassis, qui peut-être n'a jamais eu le temps d'être crépie, une contrainte particulière a imposé l'utilisation de la pierre taillée. Il en va ainsi pour les bâtiments dont le rez-de-chaussée est affecté à un usage commercial. Pour que les magasins soient alignés au rez-de-chaussée, nous constatons que ces bâtiments sont construits sur quatre piliers d'angles décorés avec des chapiteaux, et dont l'assise est constituée d'une seule pierre de taille d'une hauteur de 70 à 80 centimètres, découpée en ligne droite ou selon une courbe irrégulière.
La fondation Xenocration comporte ainsi dans la partie inférieure de sa façade, un revêtement en pierre avec un rebord, alors que la maison Pétropoulos possède une belle maçonnerie en pierre de taille de forme irrégulière, sur une hauteur d'environ deux mètres.
A la période néoclassique, qui s'achève avec la Mairie pseudo-classique (1932) et dans laquelle il conviendra de ranger également une grande catégorie de maisons sans critères architecturaux ou décoratifs particuliers, a succédé, bien avant la date la plus récente mentionnée ci-dessus, une nouvelle époque de constructions en pierre, d'une ligne simple, mais esthétique, utilisant maintenant le ciment et les poutres en fer, pour les frises et les dessus de portes.
Cette période s'est achevée, elle aussi, à l'arrivée du béton armé, vers le milieu des années 1960.
Bien sûr, dès les années 1930, on voyait déjà
les premières constructions aux structures en béton: le lycée,
la maison Plataniotis (rue Byron) et la maison Bousbourelis ("Place
des Cinq Premiers Ministres"), mais dès 1965 et depuis, cette
nouvelle technique a pris une importance prédominante.
LES MAISONS TRADITIONNELLES DE MISSOLONGHI ET LES CABANES DE PECHEURS
Je décrirai enfin les maisons traditionnelles de Missolonghi, qui se présentent comme des constructions d'un genre particulier et purement local. Ces maisons renvoient au plus lointain passé de notre ville. Elles ont à peu près complètement disparu ou ont été tellement remaniées que leurs signes architecturaux distinctifs se sont estompés.
Ce sont des constructions mixtes, en bois et maçonnerie, dont les cloisons en bois sont en général recouvertes d'un enduit. La partie maçonnée, murs de fondation d'une grande épaisseur, s'arrête habituellement à la hauteur du plancher (au dessus de la cave); à partir de là, elle peut se poursuivre en hauteur jusqu'au toit, sur trois côtés, ou deux ou seulement sur un côté. Le reste est fait en bois, ou en briques. Sur le côté habituellement orienté au midi, on trouve une structure en bois allant du sol jusqu'au toit, galerie couverte surélevée (appelée le "montzos") à laquelle on accède par un escalier en bois, et en dessous de laquelle se trouve la cave ouverte destinée aux travaux de la huche, au rangement des instruments de pêche et des palangres. Quelquefois, ce balcon abrité se transforme en une loggia plus ou moins fermée.
Il reste, çà et là, quelques maison basses, habituellement longues et étroites semblables à des carcasses posées sur le sol, vestiges ultimes issus de la nécessité et de l'utilité: ce sont les très vieilles maisons basses des "vêpres" de Mimis Libérakis, avec leurs grand-mères assises sur des chaises basses, se racontant des histoires du temps passé.
Parlons aussi des "yeux" et des "bouches" des maisons.
Je dirai que le "montzos", cette galerie couverte, parfois entièrement vitrée, dont nous avons parlé comme d'un rectangle se surajoutant à la maison, et dont la forme pouvait être artistique (maison de Palamas) s'est imposée dans de nombreuses maisons traditionnelles comme un trait distinctif. C'est dans la galerie que les maîtresses de maison accomplissaient les tâches qui nécessitaient beaucoup de lumière: la broderie, ou la couture à la machine. Autrefois, accoudées sur la rambarde de la galerie, elles s'entretenaient avec leurs voisines. De plus, dans de nombreuses maisons, nous rencontrerons, en gravissant l'escalier de bois, une structure vitrée avec de petits carreaux polychromes de différentes formes. Cette illumination joyeuse apporte une lumière d'arc-en-ciel.
Les volets extérieurs des portes et des fenêtres, dans ces maisons traditionnelles, (disons toutes celles qui sont antérieures à la construction en béton armé) sont, en général, à deux ou quatre battants. Nous remarquons des persiennes fixes ou mobiles, certaines munies d'une charnière ouvrant vers l'extérieur la partie basse de la persienne. Cette partie mobile est nommée "tsaka" (à cause du bruit qu'elle fait). Parfois, il n'y a pas de persiennes en bois plein mais des lattes en rouleau. Dans deux ou trois cas, nous remarquons que les volets pleins sont sur le chambranle intérieur de la fenêtre (maison de Libérakis).
Les portes d'entrées entièrement en bois offrent une grande variété de dessins et de couleurs, avec leur vitrail et leurs grilles, ou sont "pleines". Toutes sont munies de poignées en bronze ou en fer et de heurtoirs, dont chacun essayait de personnaliser le timbre. Le quartier reconnaissait ainsi la porte où l'on frappait.
Les portes des magasins, celles des bâtiments publics (églises, mairie, etc.) également en bois, sauf s'il y avait un store métallique ou une grille, étaient à un seul battant, en deux parties ou découpées en quatre. Elles étaient, dans ce cas, protégées par des barreaux de fer.
Nous observons soit des vitrines munies d'une protection de panneaux amovibles, soit dans les magasins qui semblent plus anciens, de part et d'autre de l'entrée, des panneaux de bois se soulevant de bas en haut.
Comme nous l'avons fait pour les portes et les fenêtres, jetons
un rapide coup d'il sur les portes cochères, lorsqu'une cour existe
devant la maison. Ces portes, sauf celles qui sont en bois, sont des grilles
de fer ornées de différents motifs, comportant généralement
les initiales du propriétaire. Chacune d'elles produit un bruit caractéristique
à l'ouverture et à la fermeture.
Les toits des maisons dont nous avons parlé sont toujours recouverts de tuiles, principalement de tuiles romaines, contrastant avec les tuiles rouges mécaniques dont la couleur reste identique, alors que les premières prennent différentes nuances. Nous constatons que ces toits abritent ici ou là une mansarde, munie d'une ou plusieurs ouvertures, du côté le mieux exposé. Il arrive que cette mansarde ait servi de logement.
Cette promenade dans l'espace urbain de notre ville ne serait pas complète si nous passions sous silence les habitations sur pilotis, c'est-à-dire les cabanes des pêcheurs de Missolonghi, dites "pélada", pl. "péladès". Les pêcheurs du vivier les utilisaient comme lieux de séjour et ateliers. Au bord de la route de Tourlida ou du boulevard périphérique, elles servaient autrefois d'habitation permanentes, ou seulement pour tout un été, à des familles de la ville. Il s'agit des anciennes cabanes de pêcheurs, dont aucun spécimen n'a été conservé aujourd'hui, et qui étaient traditionnellement faites de matériaux trouvés sur place, bois, roseau et chaume. Les artisans versés dans cette technique travaillaient en aimant leur métier. Leur manière de faire aboutissait à une synthèse harmonieuse d'éléments fonctionnels et d'architecture sur l'eau. Ainsi, l'on obtenait une combinaison et une distribution des espaces habités, selon que l'on y accédait par une passerelle, ou à partir d'une barque. Mais la cabane du pêcheur de Missolonghi, nous le savons, de même que les visiteurs de passage s'en sont rendu compte, fait partie d'un lointain passé, sans retour possible.
LES INTERVENTIONS SUR L'ESPACE URBAIN ET LEURS CONSEQUENCES NEFASTES
Les interventions sur l'espace urbain n'ont pas manqué, j'entends par là celles qui ont modifié, et généralement, rompu l'équilibre des volumes, des formes, des matériaux et des couleurs, cet équilibre qui, depuis de nombreuses années, avait façonné une identité originale jusqu'à l'irruption de nouvelles techniques inaugurant le règne du ciment, de l'aluminium, du plastique et des grands panneaux de verre .
Certes, dans le passé, les intentions de modifier l'aspect des constructions existantes n'ont pas manqué, principalement par l'emploi de matériaux nouveaux mais ces modifications, qui s'effectuaient au nom d'un équivoque "embellissement" n'étaient pas suffisantes pour troubler l'harmonie des formes et l'esthétique du lieu, et pour atteindre ce niveau de dégradation effectif en deux ou trois décennies.
Devant l'invasion du béton armé, non seulement l'espace traditionnel n'a pas été conservé, mais de plus, personne n'en a pris soin, (à l'inverse de ce qui s'est produit, par exemple, à Lesbos et dans les Cyclades), alors que de nouvelles formes, liées à un nouvel art de bâtir, auraient dû s'adapter et rester en harmonie avec les lignes traditionnelles là où du moins, elles devaient se substituer à d'anciennes constructions. A l'extérieur du centre traditionnel, elles auraient pu se donner libre cours. Les intérêts particuliers et bien compris n'auraient pas été entamés, mais les qualités esthétiques locales auraient été protégées des horreurs criantes qui ont surgi de manière démesurée. Je vise ici l'horreur en ciment qui figure à côté de la fondation Xenocration, fier de son grand nombre d'appartements, tel une autre tour de Babel haussant sa taille, en faisant de l'ombre à l'église Saint - Spiridon.
Malheureusement, les conséquences néfastes d'un choix ne sont jamais immédiatement visibles, et nous ne prenons conscience du désagrément qu'après coup, lorsqu'il est déjà trop tard pour revenir en arrière.
Ce qui a nui à notre ville ( le béton armé et les nouveaux modes de construction ont donné l'occasion à certains de s'enrichir du jour au lendemain et c'est à peine si nous réalisons que le seul résultat en est un mode de vie insupportable: même l'air que l'on respire deviendra un bien de consommation) c'est que, incapables de préserver un héritage que nous avons reçu sans effort, et dont il ne subsiste que d'anciennes gravures et photos jaunies, nous n'avons pas songé à imiter les gens des autres pays: eux, au moins, peuvent lire à livre ouvert l'histoire architecturale de leurs villes, grandes ou petites, sur plusieurs siècles. Comme nous aurions dû faire de même !.
Cependant, il ne s'agit pas de revenir en arrière comme un fleuve remonterait vers sa source, mais d' avoir honte de ces pages récentes qui comportent des taches indélébiles, des fautes d'orthographe qui frisent le ridicule. Le pire, avec ces fautes, que l'on aurait pu éviter - ces immeubles au centre ville - est que nous nous y sommes habitués et qu'elles ne nous choquent même plus quant à l'esthétique du centre ville.
On a commis une erreur, en peignant ou en blanchissant à la chaux, les pierres de taille et les blocs de marbre, cela au nom d'un "embellissement" général de notre ville. Et cet acharnement à "embellir" n'a pas épargné les pierres de taille du soubassement des édifices néoclassiques, les colonnes de la clôture du Jardin des Héros et de l'hôpital Hatzikostas, les encadrements des portes en pierre, les balcons et les consoles en marbre, le pseudo-moulin à vent en pierre (uvre de Philippe D. Tinkas).
Une autre erreur courante et de mauvais goût: le revêtement des façades, au rez-de-chaussée, en aluminium, en plastique, mais aussi en bois. Il s'agit d'habillages qui "ne vont pas" avec la disposition architecturale des édifices de construction ancienne.
De même, le badigeonnage des maisons en pierre décorées avec un soin particulier, enlève toute la grâce et la beauté de la pierre de taille et du jointurage soigné, sans oublier ce goût superflu pour les enduits. Le retrait (printemps 1988) des revêtements du rez-de-chaussée des maisons (rues A. Ratzikotzikas - D. Makris) met en valeur l'agencement des pierres bien jointurées et témoigne d'un choix enfin judicieux. Nous devinons encore ce qui se cache sous le revêtement de la maison au 11 de la rue Archevêque Damaskinos: provenant de la construction primitive, les encadrements voûtés en pierre des portes et la plaque en pierre comportant la date de fondation (1856).
Un autre méfait consiste à détruire les éléments décoratifs et architecturaux (ce qui se produit pour les rez-de-chaussée utilisés comme magasins, cafés, lieux de réunion, etc.) issus d'une construction traditionnelle pour introduire à leur place des structures en fer ou en aluminium, de mauvais goût. Récemment, début 1988, on a enlevé deux encadrements de portes en pierre, en forme d'arc, et tout le mur de la façade, au rez-de-chaussée de la maison du 3 rue Makris, pour ouvrir un magasin. On peut se demander, ici, pourquoi l'organisme municipal compétent accorde de telles autorisations pour la conversion d'une partie d'un bâtiment à caractère architectural traditionnel, ce qui a pour effet la transformation de l'édifice tout entier en une entité monstrueuse. Notre ville, sur ce point, pourrait revendiquer le prix national des monstruosités.
De même, que dire des portes en aluminium ou en fer qui remplacent les portes d'entrées en bois des maisons traditionnelles, que ce soient celles de la fondation Xénocration, de l'hôpital Hatzikostas, ou de l'église Sainte - Paraskévi !
De plus, les adjonctions réalisées avec de nouveaux matériaux et des techniques modernes sur des maisons traditionnelles, les différents parements des portes par des plaques de marbre, etc. sont également incompatibles et ressemblent à des rapiéçages effectués sur un beau vêtement, même pâli par le temps.
Le dallage au Jardin des Héros est également mal adapté, et je ne porte pas de jugement sur les revêtements successifs de notre Place Centrale déjà très éprouvée. Il est inutile d'en dire plus.
De même, je m'opposerais (même si je suis seul) aux murets en ciment et aux dalles que l'on a posées en 1990 devant la maison de Palamas, sur la place contiguë à cette demeure.
Enfin, avec maladresse, les récentes extensions vers l'ouest, du côté du boulevard périphérique, et vers l'est, du côté de Kaliantéri, ne se sont pas vraiment intégrées à l'ancienne ville, dans la mesure où les rues des nouveaux quartiers d'habitation n'ont pas été tracées dans le prolongement des rues du centre originel, et que le plan d'ensemble directionnel des artères principales (direction Spir. Tricoupis vers le Varassova) n'a pas été maintenu.
ABANDON MAIS AUSSI RESTAURATION
Quelques rénovations de bâtiments traditionnels totalement, ou partiellement, ont réussi à mettre en valeur la grâce et la beauté de la première période.
Je mentionnerai ici: la maison Papathéodoros (rue Charilaos Tricoupis - Lord Byron), la maison Papachristos (place centrale), la maison G. Tsoukalos (place des Cinq Premiers Ministres), la maison Kéké (23 rue Ratzikotzikas) avec sa plaque de marbre à l'angle rappelant qu' Athanasios Ratzikotzikas est né ici même, la maison Kaloyérakis (19 rue Ratzikotzikas), - sauf qu'ici les marbres et les consoles sont encore peints - le magasin Alexandris Frères (autrefois N. Katsis), l'ancien cercle " Thémis", la maison de Manessis, l'hôpital Hatzikostas (excepté le kiosque de l'entrée, et le kiosque de dimension importante qui lui fait face dans le petit bois), la fondation Xénocration quoique l'on n'y ait pas rétabli l'ancienne décoration (la préférence a été donnée aux structures en métal pour les portes et les fenêtres). Il faut encore attendre la fin des travaux de la maison de Pétropoulos sur le marché aux poissons.
Parallèlement aux interventions néfastes - sinon même de mauvais goût - sur le milieu urbain de notre ville, dont j'ai entrepris de donner un aperçu, il faut signaler l'abandon de maisons en ruine, livrées aux attaques des vents et des eaux.
Parmi tant et tant d'autres, c'est le cas de la maison de Malakassis, qui, pour la deuxième année consécutive est sans toit, traversée par la pluie. Et tout un chacun peut penser qu'il conviendrait, pour des maisons sans problème particulier de fondations, de les restaurer (et d'aménager peut-être l'intérieur) pour qu'elles retrouvent leur splendeur et leur vie d'antan.
L'idée de mettre à la charge de l' Etat la restauration des bâtiments existants pour y abriter ensuite des services a déjà été émise. Elle a rencontré un large terrain d'entente, dans le souci de sauvegarder ce patrimoine.
Malheureusement, on a préféré édifier la Préfecture: le seul montant des travaux de consolidation du sol aurait suffi pour restaurer de nombreux bâtiments traditionnels.
LES HABITANTS ET LEURS METIERS.
La situation physique de Missolonghi et les conditions économiques multiples engendrant un besoin de main-d'uvre, sont les données qui ont déterminé la formation de classes sociales caractérisées par la provenance géographique et les métiers pratiqués, dès les premières années de la libération jusqu'à nos jours.
Évidemment, une donnée géographique, bien que constante, finit par s'estomper devant des bouleversements qui la rendent inopérante, comme ce fut le cas ici. Dès le moment où les communications et les transports ont suivi la route à l'intérieur des terres, par Rhion - Antirrhion, la conséquence fut pour Missolonghi la perte de ses activités de transport maritime, un peu plus tard, celles du transport ferroviaire, et un éloignement l'isolant de la route nationale.
Depuis plus d'un siècle, Missolonghi était la porte naturelle de la Grèce de l'Ouest et de l' Epire, porte ouverte sur la mer vers le Péloponnèse et la Capitale, c'était le débouché naturel de toute cette région et des îles voisines (surtout Céphalonie qui enrichit notre ville en ressources humaines).
Ainsi, après la destruction de sa flotte de commerce en 1770, puis à nouveau en 1804, Missolonghi, qui "s'est fait connaître comme un port essentiel pour la Grèce, et vraisemblablement comme la pépinière du grand développement de la Marine Grecque d'alors " , n'a jamais plus retrouvé la gloire et la splendeur de sa forte flotte de commerce du XVIIIème siècle, avec laquelle elle avait réussi à concurrencer la flotte vénitienne . Elle est restée, dans les années qui suivirent l'indépendance, l'un des cinq ports du pays et le siège d'une des cinq circonscriptions maritimes, d'après le statut de l'administration des ports de 1834, ce qui indique qu'outre son rôle dans le commerce et la circulation des marchandises, la ville était largement ouverte aux professions en rapport avec le transport maritime. Pour les énumérer, il faut commencer par les travaux de construction navale et d'armement des chantiers de bois de cette époque, exception faite naturellement des barques et des embarcations à fond plat des pêcheurs (que l'on nommait "polaque", "martingos" "frégates" "pingos", etc. car il existait ici, pour ce type de construction navale, une tradition remontant au XVIIIème siècle, à considérer que sur les 48 bateaux missolonghiens mentionnés dans un rapport du 12.11.1764, 36 ont été construits à Missolonghi, ainsi que 14 des 23 bateaux d' Etoliko - cf. K. Sathas, op. cit..) pour passer ensuite aux propriétaires des bateaux et à leurs capitaines, aux fournisseurs et aux équipages, aux comptoirs maritimes et aux bureaux de dédouanement, aux dockers qui chargeaient et déchargeaient sur les quais et à terre, aux charretiers et aux constructeurs de carrioles, mais aussi aux aubergistes etc. Ainsi, parallèlement à la production initiale de la lagune (pêcheries et salines), et aux diverses activités agricoles et aux petites entreprises d'élevage dans la plaine de Missolonghi, un deuxième secteur d'activité s'implante, axé sur la construction navale et les équipements nautiques, englobant la fabrication des charrettes (et les activités de tonnellerie, le tissage, la fabrication des macaronis, l'industrie du tabac, etc.). Puis, naît un troisième secteur, la fourniture de services, si bien que de nombreuses et différentes occasions d'embauche sont offertes ici, ce qui explique, toutes proportions gardées, l'importance du solde migratoire au profit de notre ville, depuis les premières années qui ont suivi la libération: "à Missolonghi et dans les environs, la population augmente de jour en jour" (1830). Indiscutablement, nombre de métiers cités ci-dessus (auxquels il faudrait rajouter les professions en rapport avec le chemin de fer) ont disparu, comme les chantiers navals et les charpentiers de marine, mais de petits chantiers de construction navale subsistaient encore ici, sur le môle ju