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TRACTATUS

Editions CARÂCARA

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Métaphysique des dilutions :
parmi les effets et les déploiements

Léon Loisy

Plan

Livre I
I- Cinq voies de subduction II- Espace intérieur - Espace extérieur III- Temps en scène IV- Acte idéographique V- Effets de la Jonction - Réfraction - Rencontres

Livre II
I- Des lieux de résonance et de leur constitution II- Des cinq oscillateurs III- Action des jonctions sur les milieux - Couplages - Continuum IV- Couplage des plans par des fonctions V- Attraction et décalage VI- Instances de déploiement

Préambule

L'idée est la suivante: il se peut que, pendant des siècles, la réflexion humaine ait confondu réalité et matérialité. Les découvertes effectuées sont surtout de nature à faire comprendre ce que sont les choses, leurs constituants et leur constitution, leurs transformations et les causes. De tels résultats ont été obtenus à partir des différents moments où, dépersonnalisée, la Nature a été conceptualisée comme un substrat objectif, formant un Tout structuré et dynamique : des principes de régularité, de stabilité, des constats et des descriptions, des points de départ et d'arrivée forment la moisson de cette patiente recherche, cependant appliquée à tous les domaines en raison de son efficacité. La matérialité est, après cette intrusion au cœur du monde, le résultat concret qui en est retiré : une connaissance de la profondeur des substrats (atomiques, moléculaires, corpusculaires, ou ondulatoires).

Immersion, en fait. Il s'avère que l'on oublie alors que les substrats engendrent une "surface" extérieure, plus qu'une forme saisissable, autant qu'un "revêtement de peau", ou émanation résolument tournée vers le dehors, parce qu'ils sont la cause de certains effets. On pourrait parler d'échanges et de réactions entre ces substrats, entre leurs niveaux, pour aborder le fait qu'ils ont cet extérieur : ce serait mal en rendre compte tant seuls leurs agissements et effets sont à considérer. Un fard appliqué à un visage peut être analysé comme une substance (charbon, molécule du carbone), un contour (forme délimitée), une double réaction (peau-fard-air) mais qui parlera de l'effet produit, de cette surface qui se déploie et étend le sens de ce visage, du fait qu'une conjonction se fait entre certains éléments (formes, couleurs, mouvements) et des dispositions d'attention? Qu'attendons-nous du monde ? Qu'il apparaisse et se constitue, qu'il autorise nos significations, qu'il développe des conséquences. Ce qu'il est nous intéresse dans la mesure où cela forme une "salle de résonance" à nos pensées et à nos vies, à ce que nous voulons en comprendre ou en user. Mais sa malléabilité à nos désirs comme son indifférence totale ne font pas une réalité. Une réalité est un point de contact entre, par exemple, des formes produites par la matière et des formes construites par mon intentionnalité. Tel élément matériel passe à travers le crible des sens et il se trouve que le dispositif du criblage et la disposition matérielle forme un couplage (courant ou rare). Rien de plus n'est la réalité : des milliers de points de raccord, de friction, de contact, d'accrochage, certains hérités depuis des millénaires, édifiés par des cultures humaines, avec leurs degrés de variation infinie, d'autres personnels et uniques. Or, nous pouvons appeler l'ensemble de plusieurs points regroupés, résonances. Des parois se déploient, des surfaces libèrent des superficies et des vis-à-vis, qui ne se suffisent pas mais génèrent des continuations matérielles, affectives, et intellectuelles, vernissage de la matière pour des effets de lustre et de reflets qui, plus qu'un scintillement fallacieux, donnent d'abord l'acquisition d'une "immatérialité" précieuse.

Prenons le cas d'une suite géométrique (2,4,8,16,32…) où la différence entre deux nombres est doublée: le principe, une fois reconnu, est comme un dynamisme interne (matérialité cachée) alors que l'effet produit se mesure en termes d'extensionalité exportable (non pas seulement une qualité attribuable à des éléments mais une possibilité d'attribuation ou d'"exportation" dont nul ne sait tous les cas où elle sera utilisable et réalisable). La réalité ne réside pas dans la somme des qualités attribuables aux choses (divisibilité, consistance, mesurabilité…) mais dans le fait que ces qualités sont employables au-delà de tout contrôle et prévision. Rien n'indique une fin à ces exportations, rien ne permet d'envisager tous les cas où l'application est possible, la résonance est illimitée. Tel est le pouvoir des conséquences.

L'analyse de nos perceptions, de nos projections ou intentionnalités, des phénomènes de conscience ou des mécanismes cérébraux, procède trop d'une enquête identique à celle de la matière pour que nous la confondions avec le discernement de la réalité. Comment se constituent nos représentations, est une question capitale comme celle des états matériels. Mais cela a peu de rapport avec le point de vue que nous envisageons : quelque chose échappe à la conscience et à la matière, se fait à leurs dépens, un retentissement impondérable ou tracés parallèles qu'il faut saisir pour comprendre la réalité et la voir s'accroître. Les choses sont, nous les faisons à notre goût : on peut dans les deux cas en étudier les fondements (matérialité en vue). N'est pas réel, cependant, ce que nous imaginons des choses ni ce que nous en mesurons et contrôlons. Est réel une "surface": des plans de références qui se sont mis en place à partir des conséquences, certaines déterminées et d'autres libres. Comment se font ces conséquences? Il faut les penser comme des propagations dont la théorie est à dire. La matérialité est ce que nous savons et ce que sont les choses, la réalité est propagation d'"apparences" successives se présentant, vibrations parcourant le monde, montée de résonances incontrôlées et altérant à notre insu l'image des choses et de nos idées sur les choses, de façon rétroactive, imprévisible, préparatoire ou indirecte.

La matière existe sans nous, l'esprit avec nous, la réalité se tient pour nous comme une succession de propositions soudaines dont l'élaboration est à rendre moins mystérieuse : surgissement d'une idée, surgissement d'un événement. La confusion entre réalité et matérialité n'est pas excessivement dommageable tant que ne se pose pas la question d'une métaphysique. En effet, les succès remportées par une méthode "matérialiste" ont fortement réduit la place d'une interrogation non sur le fonctionnement des choses mais sur les conditions de tout fonctionnement. La matérialité induit, de par son immersion, à des déterminismes causalistes ou finalistes, à des fondements et des régulations : s'immerger constamment suppose un milieu compact, la nécessité d'enchaînements et l'assurance de plénitudes. Et il est des métaphysiques - certaines très belles - qui reproduisent cette même méthode. Toute ontologie a eu de telles prétentions. Même au plus fort de l'idéalisme, les métaphysiques ont été "matérialisées": substrat initial, entendement principiel, finalités ordonnées disent, par exemple, des consistances atteintes. Quant à la dialectique en métaphysique, elle énonce des germinations en vue d'un achèvement typique du caractère "plein" de la matière, de son autosuffisance. Et les progrès dans les sciences ont pu aussi réduire le domaine métaphysique à des arrière-mondes inutiles puisque tout devenait milieux si complexes que supposer des principes extérieurs n'apportait rien à la compréhension. Un milieu, c'est un tout, autosuffisant dont le sens se limite à la complexité comprise. A l'instar d'une matrice générant des cases vides, il faut et suffit de les combler pour établir qu'une métaphysique est dans les possibilités non-choisies par les faits ou dans les cases encore non étudiées. Soit une place restreinte. Par cette voie, aucune métaphysique n'est possible.

La réalité, ou ce qui arrive et se propage en plans successifs, en suites épiphaniques parfois, inépuisables surtout, qui font penser à ce que serait la légèreté des appuis si l'on devait marcher sur de l'eau, est en mesure de permettre une réflexion métaphysique. Il s'avère que la nature et le fonctionnement des choses sont toujours mieux décrits et qu'il demeure à élucider leur raison d'être. Question que nous aimerions remplacer par celle de leurs effets - en provenance et en partance. Que devient un fait élucidé, une idée applicable, une chose rendue moins opaque, où s'abritent-ils, que produisent-ils et que leur est-il advenu? Une influence a plus de portée métaphysique qu'une raison d'être, une mélodie plus que l'instrument, une voix qu'une notation musicale, parce qu'elles durent indépendamment de la conscience que nous en avons, des efforts que nous faisons de les faire connaître ou de les accepter, parce qu'elles génèrent ce que nous ne pouvons savoir tandis qu'elles agissent infiniment. Ne voyons pas l'influence comme un tracé unique se répercutant ici et là mais comme des tracés qui, par leurs diffusions inépuisables, constituent ce "sol" où marcher, sans pouvoir prétendre qu'il est causé par nos intentions ni qu'il a de finalités pour nos besoins. Ce sol s'est fait sans nous, en dehors de nous mais pour nous aussi, puisque nous l'employons et qu'il répond à nos implications. Le réel n'est pas tant invisible que provenant de parties du monde innombrables et insoupçonnées d'où des représentations ont pu naître (et qui dira comment) et parfois ont exercé une influence directe et repérable mais surtout indirecte et générant un complément ou une suite tout aussi capitale (sinon plus) parce que fabriquée avec des instruments dépassant (transcendant) ceux de l'homme. Les points de contact qui sont du réel pur sont des expériences transmises qui modifient nos cribles de perception et la nature de nos désirs ; de plus ils sont exportables et rien ne contrôle ce qu'ils deviennent. Apparences, altérations dont le coefficient de propagation est plus fort si plus fugitif, si plus impondérable. Des dynamismes et des renouvellements courent à la surface du monde, faits de répercussions et de vibrations qui, heurtant d'autres (antérieures, simultanées, harmoniques, défaites), créent ce sol réel dont nous nous servons pour notre vécu (un dosage d'acceptation et de refus) et pour nos recherches (détourner une vibration pour en faire une assise ou une matérialité).

Une métaphysique, dans ces conditions, n'a pas le même souci d'intelligibilité que dans le cas d'une enquête sur la matérialité ou dans le cas d'un positionnement ontologique. Elle est intelligibilité des effets, du pouvoir des mots et des idées, de l'altération des formes et des matériaux, de la fortune d'une rencontre, d'un air ou d'une émotion, des influences d'un milieu ou d'un climat et d'une histoire, tout un nuage de points de contact donnant sur le réel. Notre travail ne concerne pas les représentations mentales que nous formulons ni les résultats que l'étude de la matière apporte. Il s'agit de ce qui se prépare à nos dépens (effets de nos représentations et de nos connaissances de la matière, par exemple) pour notre gouverne. Une liberté d'emploi et de réception nous est accordée totale. Ce qui est disponible n'est pas immédiat. Il n'y a parfois rien. Déserts et silences. Il n'y a parfois que de la redite (régularité engrangée, stabilisation nécessaire). Mais il se prépare aussi de soudaines ou annoncées continuités (compléments donnés et suites offertes) d'une telle et nouvelle cohérence que du compréhensible est alors entre nos mains.

Métaphysique ni des causes ni des fins, ni des substances ni des catégories, mais des plans surgis de nulle part et réorganisateurs d'éclaircies dans le labyrinthe de nos productions-représentations et l'indifférence chaotique des choses. La matière peut, d'ailleurs, devenir réalité. Il suffit qu'elle "se propage" au lieu d'être le lieu de secrets inépuisables dont elle n'a nul sens et que l'homme lui soutire. Pour cela, une nouvelle approche que celle de sa parcellisation à l'infini est à concevoir qui lui rendrait sa capacité à être un plan de réponses, une configuration généralisable (une structuration, par exemple, identifiable sur plusieurs niveaux d'organisation). Quant aux propagations des représentations, pour aussi multiples qu'elles soient, elles n'ont pas d'intérêt pour une métaphysique (on peut les étudier par l'histoire, la sociologie, l'épistémologie) car elles ne sont qu'une extension unificatrice avoisinant cet autre phénomène plus important : elles produisent des effets insoupçonnés, leur propagation est altérée, il se prépare des dispositifs indépendants. Nous ne pensons pas à des conséquences conscientes ou inconscientes, mais à ce qu'il faudrait appeler des "inconséquences", non pas de l'imprévu (hasardeux, anormal, irrégulier) mais des conditions où s'inventent les réalités, ce que nous saurons du monde, ce que nous pouvons en savoir, comment nous servirons de véhicules à ces propagations. Il est impossible d'originer une propagation ni de la suivre, mais il existe des dispositifs qui l'altère et la dilue en une sorte d'infra-continuité agissante. Non altérée, elle donne une apparence au monde (ainsi, dans une civilisation, effet d'une théorie admise, usage d'une énergie matérielle), altérée, elle l'agrandit (complément diffus), matérialisée, elle l'enclôt et l'achève en une totalité atteinte. Il est approprié de rappeler que le mot même de métaphysique s'est propagé de cette façon. On trouve, selon les auteurs, plusieurs explications à son origine : classement des ouvrages d'Aristote (titre donné à un recueil), emplacement des volumina (dans des niches), continuation spéculative (seconde partie d'un cours) mais l'ambiguïté du préfixe "meta" (avec, après, au-delà) est telle que ces raisons avancées sont toutes valables et ne rendent compte que du système explicatif de leurs auteurs (plus ou moins "matérialistes"), alors que notre intérêt se porte sur le succès du mot (propagation) supplantant celui d'ontologie (donner une cohérence au monde : propagation d'une apparence) et aussi développant indirectement l'idée d'une transcendance (propagation d'un agrandissement). Comment cela fut-il possible? S'en tenir au pouvoir des mots de fabriquer du réel est insuffisant parce que tout phénomène de cet ordre mobilise des dispositifs dont l'étude n'a pas pour but de réduire le phénomène à des composants initiaux et à des erreurs mais de le considérer comme une issue inévitable. Il fallait que la métaphysique se manifestât en raison de "paramètres" spéculatifs que le mot nommait ainsi, avant même que leurs conséquences directes ou indirectes, fortuites et indépendantes aient eu lieu. Ce n'était que nommer l'effet envisageable à une propagation, ses altérations non-contrôlées, mais propres à toute vraie propagation. En fait, par précaution, il faudrait toujours prévoir un nom pour ce que peut engendrer une propagation qui se prépare en tant que seconde issue (la première renvoyant à ce que l'on attend d'une spéculation : un peu d'attention à défaut du succès). A nous d'identifier ce mode d'apparitions (apparences et agrandissements) par le biais d'espaces conjoints opérant les dilutions adéquates.

Le conteur hindou dit cette histoire : un homme s'assied, à la nuit tombante, sur le bord d'un chemin conduisant à l'entrée d'une ville; voilà qu'un voleur vient à passer et le voyant lui dit : "Ah! je vois, tu es comme moi, poursuivi, et tu te caches" ; puis un amant s'adresse à lui : "Ah! je vois, tu es comme moi, tu as rendez-vous avec ton aimée" ; puis un ivrogne bafouille : "Ah! je vois, tu es comme moi, tu ne sais plus où est ta maison" ; enfin un sage le regarde et dit : "Ah! je vois, tu es comme moi, tu médites à l'écart des hommes". Querelle d'interprétations, que de projections sur le monde nous faisons ! Intentionnalités erronées ou exactes, nul n'en sait rien. Mais cette histoire met en scène ce double phénomène : il y a ce désir qui se projette, il y a ce que chacun croit savoir selon son expérience. On a tort de ne pas dissocier ces deux fonctions: l'une ne provient pas de l'autre, elles sont autonomes (désirer et reconnaître: les passants auraient pu ne pas vouloir voir l'homme assis ou ne pas lui prêter leur expérience pour le reconnaître ). La morale n'est pas que l'on ramène tout à soi mais que le Soi projette ses désirs (trouver du semblable) et qu'il s'appuie sur un savoir (une expérience accumulée). Pour cette raison, nous pouvons identifier deux espaces (intérieur : "du soi vers l'autre" et extérieur : "déterminations successives du soi par ses contacts avec l'autre") comme expressions de ces fonctions et analyser leurs façons de se lier. Une propagation, quelle qu'elle soit, s'appuie sur leurs différentes façons de se joindre. Les définir c'est acquérir de quoi rendre intelligible la réalité et même si l'on assiste à des liaisons de ces deux espaces qui ne livrent qu'"une enveloppe" des choses, cela suffit puisque leurs agissements dépassent nos simples possibilités : ce que nous pouvons savoir du monde est entre leurs mains.

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Livre I

Jonctions et rencontres

En ce début septembre 1998, le programme fixé est une métaphysique qui provient de plusieurs points de départ. Une métaphysique ni causaliste ni finaliste, ni transcendante par abstractions ou externalités, ni substantialiste ni moniste, sera celle qui dira la jonction d'espaces entre eux, et des intensités (dire "espace" n'est que désigner une visibilité, et donc différents "éléments" appartenant à un ensemble de propagation). Dieu ne s'y prouve ni ne s'y découvre, ne s'y définit ni ne s'y espère, car le calcul est une dilution, Dieu s'y figure autrement. Le pouvoir de nommer des effets, donc de délimiter ou d'identifier des états par rapport à un espace, existe à titre paradigmatique dans les textes littéraires : l'on y assiste à des compositions et à des désassemblages. Deux espaces se croisent et s'emboîtent et peuvent alors fonder une intensité comme de leur liaison, il peut se produire le phénomène inverse de dilution de leurs espaces.

Propos pour soi (abréviation : PPS n°1) Propos instables, des suggestions pour soi en ce deuxième jour tout d'orage où, alors qu'hier l'azur était d'un bleu si lumineux, je regarde la pluie, ses souffles obliques de gouttes, s'abattre sur les toits chauds de l'été, et l'ondée soulever les poussières et les premières feuilles mortes. La pluie enveloppe une totalité. Que d'agitations, de transformations ponctuelles, une frondaison qui se tord livre ses secrets et un essoufflement se produit ! Observations faites du haut de sa fenêtre. A chaque jour son regard.

I- Cinq voies de subductions :

A) Il n'y a point d'autre métaphysique que ces revêtements d'un espace externe sur un espace interne, d'une infinité sur une finitude, d'une externalité sur un rêve intérieur. Et cette brutalité est puissance condamnable si elle ne laissait se déployer ce qu'elle dilue, elle suppose des contrôles innocents, des feintes salvatrices, des contournements gracieux, des persévérances et prévenances divines.

B) Des déplacements issus des profondeurs des humeurs du corps déposent leurs traces à la surface du monde, comme ces fils d'argent des escargots en route, sont une deuxième voie, quand l'excès d'espace intérieur déborde sur le monde et lui ordonne de se modifier. L'ombre des grands arbres sur le sol découpe ses entrelacs et sa résille. Alors, ce crible arrête la propagation des projections infinies humaines et découpe, à l'arrière, le monde avec des ombres nouvelles. Il se reformule un débordement par delà le crible (espace extérieur), à l'arrière de sa présence visible qui a pu attirer le désir sans pouvoir le circonscrire. Ce débordement nouveau est le lieu d'une origine. L'origine est une découpe entourée de restrictions cachées qui arrêtent la propagation de l'espace intérieur, c'est le résultat inédit de ce contact espace intérieur-espace extérieur. Découpes transfigurées.

C) Observons que ces espaces interne-externe changent parfois simultanément leur constitution à si vive allure que l'on a une autre voie faite de basculements soudains : ni l'un ni l'autre ne songent à s'imposer ou à s'affronter ni même à composer (comme ils le font ordinairement) mais à dire qu'il y a un intérieur à l'interne et un extérieur à l'extérieur, quasi simultanément, non pas pour que l'interne devienne l'externe ou l'inverse, non pas pour qu'ils échangent leur rôle, mais pour eux-mêmes, pour se recharger en internalité ou externalité, pour quelque extrémité nouvelle qu'ils ne trouvent qu'à des revirements, contemporains semble-t-il. Se recharger parce que les désirs émis ont perdu en spécificité et intensité, parce que les données rassemblées ont perdu en efficacité et en densité. A une structure correspond l'apparition d'une énergie, à un dynamisme correspond l'apparition d'une organisation.

PPS n°2 : Une chaleur moite automnale et un crâne coupé en deux, il est midi et j'ai des soucis, les arbres sont brûlés et mes yeux ne tournent plus, entendez comme ni l'air chaud ne détermine mon mal, ni mon mal n'agit sur le ciel, comme l'un s'accroît quand l'autre fait de même, comme midi est plus extérieur que la chaleur et moins extérieur que la couverture feuillue, tandis mes yeux sont vers mon tracas au cœur de mon mal. Voilà des accroissements d'intensité qui deviennent des empilements, des hiérarchies qui deviennent mobiles, on assiste à une succession d'emboîtements et à un durcissement des fluidités, c'est un type de propagation nouveau. A chaque niveau, des points de fuite bougent (mes yeux ne tournent plus, que verrait-on ainsi?), des impuissances naissent (les arbres sont brûlés, et si cette image devenait vraie?), l'inclusion (un niveau ne détermine pas l'autre, mes yeux et mon souci existent en soi) et l'exclusion (retrancher est impossible, ce sont des blocs de sensations simultanées) ne fonctionnent pas, mais si chaque série devient un écran compact, douloureux, l'ensemble est suffisamment altéré pour rechercher une issue, une réorganisation salvatrice et libératrice de cette double instabilité. Il faut que cette perturbation générale ne soit pas gratuite mais génère une résolution : des normes, des lois s'imposent alors pour ré-ordonner le monde sans effacer les connections ou séries qui viennent de se produire et dont l'intérêt réside dans ces emboîtements nouveaux : ciel, chaleur, midi, arbres sont maintenant liés selon une règle bien étrange, par exemple. Il faut des surfaces troublées à l'extrême pour que ces lois s'écrivent, si l'on les veut constantes et révélées. Elles surgissent ainsi pour être des issues.

D) On songe parfois qu'un geste, un regard ou un fameux pan de mur jaune nous étaient destinés dans la pâmoison d'un rayon de lumière venu là avec trop d'indécence et d'invitation pour être l'effet du hasard mais ce n'est qu'un songe dont nous ne savons que faire, comme si le signe ne s'adressait pas vraiment à nous, ne s'agençant à rien, isolé. Ce sont des espaces produits auparavant, depuis trop longtemps, et qui n'entrent en composition avec rien qu'une nuance de souvenir ou d'attente. L'espace interne et l'espace externe du moment les supportent comme des taches sur leurs surfaces. De cette quatrième voie, il faut considérer leurs impacts sur les deux espaces, qu'ils paralysent et sur lesquels ils étalent un fin film car c'est une des formes qui dilue. Et si leur fréquence s'accroît, sont-ce les chemins de la contemplation quand ils dénoueraient les produits d'espaces, ceux qui sont nouveaux et incessants (produits mentaux), les inhiberaient (mettre un terme à cette activité pour d'autres supérieurs) ? Ces "sur-espaces" surgissent comme étant des émanations détachées, des germes volatiles des espaces intérieurs et extérieurs, ils cherchent à se réincarner, se restaurer en eux, ce sont des messagers irréguliers, trop errant à leur guise, qu'il est temps de reconduire à une maison, enfants inespérés du réel, anges de l'imaginaire. Ce qui se pose sur ces tangentes est parfois tout silence et baume pour des épanouissements qui n'avaient pu se faire. Effleurements de messagers.

E) Aux points de contact hasardeux, aux plages toujours recouvertes, aux subductions partielles parce que la rencontre de deux espaces est due en grande part à des imprévus existentiels et à des habitudes sociales, substituer en pensée des zones où leur impact serait maximal, serait volontairement choisi, non pour épuiser les rapprochements possibles (ces espaces ne se fragmentent pas en unités stables qu'il suffirait de combiner), mais pour dire ce qu'est alors le produit obtenu, en quoi il diffère des produits antérieurs. La rencontre de l'espace intérieur et de l'espace extérieur délimite au moins une zone dont les propriétés naissent de ces deux espaces, mais imagine-t-on un maximum, une préférence, cela nécessite des dispositifs s'appliquant, pour réaliser la jonction, à ces deux espaces et visant à en considérer le résultat. Etant donné qu'il n'y a pas rapprochement additionnel des espaces mais produit, les accords, de toute façon, ne seront en rien bijectifs ou établis sur des équivalences précises. Le même chiffrage ne conduit pas à confondre multiplicateur et multiplicande. Il faut poser qu'il s'est glissé entre l'espace intérieur et l'espace extérieur une différence de degré : par exemple, l'intérieur reçoit ou adopte cette faculté à se multiplier (il devient multiplicande) ; des éléments de l'espace extérieur seront ses multiplicateurs ; ainsi on aura cette propagation maximale espérée. Quelle opération a permis cela? Des sympathies pré-établies, qui sommeillaient, des catégories et des archétypes ou des universaux ? En fait, rien de cela : l'angle d'inclinaison de l'espace intérieur au-dessus de l'espace extérieur fabrique un mode "dépositionnel" d'approche (déposition: ébranlement des positions et dépôt), quelque chose qui brise par son irrégularité les symétries. Voilà qui n'est plus de la correspondance et de la sympathie entre les deux espaces. L'espace intérieur a introduit son choc de face (angle droit, perpendiculaire), et tel un impact dans du verre, il s'est "multiplié" sur l'espace extérieur parce qu'il découd les emboîtements antérieurs, les obstructions compactes qui rendaient impossible la venue d'événements. Naissances et assomptions par incrustation.

PPS n°3: Enfant-prodigue, enfant-fidèle, brebis perdue, brebis sage: faut-il être le prodigue, le perdu, tout faire pour leur ressembler, en profiter et rafler ainsi la mise, quand le sage et le fidèle sont perdants? Ineptie du raisonnement. Une irrégularité s'est manifestée qui détruit les symétries. La coupure ne se fait plus avec cette ligne de démarcation mais sur l'idée d'une intrusion et récupération dans les plus infimes replis de la réalité : une force incisive maintient une unité et interdisant l'émiettement et les échappatoires. Une scène des Evangiles, une scène issue de textes sacrés, peut donc innerver les espaces intérieurs ou extérieurs (soit qu'elle vienne de l'un ou de l'autre de ces espaces en direction du second) : elle nervure et colore par degrés les surfaces que l'on transporte avec soi, elle prend la teneur de l'un ou l'autre espace et s'y imbrique.

Vous envelopperez, vous découperez, vous retournerez, vous effleurerez, vous incrusterez. Autant d'angles d'attaque, autant de jonctions qui diffèrent des rencontres incessantes mais qui ont pour résultat une créativité incessante et sans usure, ou de permettre une propagation par dilution.

Dilution, le maître-mot des opérations en cause. On ne suit pas des évolutions et des cassures, on parcourt les ravages d'un impact, un réseau éclaté, un rien qui s'additionne, tout ce qui se défait mais au sein d'un ensemble spatial précis. Voici trois stades d'observation ; l'angle d'attaque des espaces entre eux (ou cinq types de jonction), le mode "dilutoire", qui rend compte de l'après-jonction, le produit-résultat qui reformule les espaces et nourrit une genèse.

II- Espace intérieur/Espace extérieur:

Ils sont visibles, visualisables et multiples au sein même d'eux-mêmes comme il se trouve que nous en portons plusieurs simultanément et dont les principes fédérateurs ne sont pas immédiats ou antérieurs mais sont le fait des jonctions entre ces espaces duels. Cette idée sera le fil conducteur, ce n'est pas une simple affirmation, plutôt une herméneutique.

Ainsi à propos de quelques principes fédérateurs : a) le noyau du "je" qui fonde une certitude opérationnelle (symbole de la philosophie classique) est un des noyaux dont la constitution progressive vient de l'itération et la dilution d'un certain type de jonction (la deuxième), ce qui doit en expliquer la force attractive comme la variabilité. Le "sujet" comme résultat d'un mode dilutoire invite à poser l'existence d'autres noyaux constitutifs de ces espaces que nous utilisons. C'est dire l'importance des jonctions sans avoir à se poser la question de l'origine de ces espaces qui accompagnent l'homme (dès sa naissance, un univers interne constitué d'humeurs et un monde extérieur fait de cet air brûlant entrant dans les bronches), sans d'autre considération que leur commun développement. b) Poser que l'espace extérieur est déjà là et n'a pas à se développer, ou qu'il alimente l'espace intérieur et donc le détermine, est le résultat aussi d'un calcul, n'est en rien immédiat aux mouvements en cause, et intervient a posteriori dans une perspective hiérarchisante. Le problème de la conscience qui domine cette représentation, pour important qu'il soit, ne doit pas occulter qu'elle est un regard rétroactif sur des phénomènes antérieurs qui l'ont préparée, quand on n'a pas encore défini quelle est la séparation entre espaces et qu'on les laisse se joindre et fonder des distinctions à force de fréquentation réciproque. c) Fausse idée aussi de les croire interchangeables, s'imitant, l'un basculant en l'autre : l'intime de l'un n'est pas l'externe de l'autre. L'altérité est aussi le résultat d'un des modes de dilution, comme l'intersubjectivité. Les espaces ne s'individualisent qu'à la suite d'entrelacements complexes qui finissent par dessiner une subjectivité particulière, prenant dans ses rets des configurations étrangères qu'elle reconnaît comme des possibilités en elle détachables, dissonantes, accessoires. Cette altérité n'est ni première ni éternelle, elle résulte de processus dus à une complexification dans les jonctions effectuées. Trop de philosophie écrite sur des résultats de dilution aboutit à hypostasier des entités comme pour éviter l'existence des jonctions. d) Identité, différence, tiers exclu ne sont aussi qu'une de ces lectures également partielles.

L'espace intérieur ne s'oppose pas à l'espace extérieur, il faut leur prêter un fonctionnement identique puisque liés à nos possibilités humaines : par suite, si des éléments de l'espace intérieur peuvent s'installer au dehors, en l'espace extérieur, quitte à se couper de leur matrice ou à avoir deux demeures, il convient de poser parallèlement que l'espace extérieur possède des éléments en dehors de l'espace intérieur qui échappent à ce dernier (jusqu'à ce qu'ils puissent se manifester, en certaines conditions), preuve de leur autonomie respective. Mais ces espaces s'organisent selon des principes différents : l'espace intérieur aime répartir ses éléments constitutifs en un pôle interne et un pôle externe et les voir aller de l'intérieur à l'extérieur et revenir, l'espace extérieur ne saisit que des ensembles, fixe des enveloppes, étalonne des séries, génère des aimantations contrastées (sorte d'attractions en conflit). Le premier ne s'oppose pas au second comme le moi au monde, le sentiment à la raison, le désir au réel (toutes catégories forgées du contact des espaces), mais ils sont fédérés par un "corps calleux" qui fait accéder l'un à l'autre, à savoir ces lieux de jonction qui les augmentent. L'espace intérieur doit être pensé comme émission diffuse et l'espace extérieur comme agrégation constante, car ce que nous comprenons de la totalité ontique n'est qu'une projection (rationnelle ou autres) et d'autre part qu'un continuum (substance ou constantes ou propensions ou relations). Et c'est pourquoi l'espace extérieur a plus d'éléments qu'aucune intentionnalité ne pourrait fournir : il se soucie de combler par sa propre activité, de ne laisser aucun intervalle vide, il sécrète le plein comme il concilie des intentionnalités successives, modifiées, écourtées ou surgies d'endroits différents de l'espace intérieur. Savoir global en regard d'une connaissance. Totalité et transferts, océan et sillages, parce que le navigateur qui ouvre un sillage a besoin de penser la surface de l'eau comme un support global à sa route, qui gardera en mémoire tous les sillages. Ainsi construit-il en même temps son espace intérieur et son espace extérieur. Rien n'est antérieur vraiment et s'il conçoit que l'océan existait avant qu'il y songeât, c'est parce que l'espace extérieur construit par extension des plans temporels attractifs de cet ordre. Leur activité à tous deux diffère, nécessaire à nos développements, soumise à des impasses quand nous les opposons.

Ces deux espaces sont en fait comme deux activités cérébrales que, progressivement, nous formulons et spécifions, bien avant que nous séparions monde personnel et monde réel, mais dirons-nous, par suite du traitement que nous faisons des données apportées par nos sens, une plicature se forme: un plan de subjectivation où les data sont ré-émis, un plan d'objectivation où les data sont concentrés. La plicature est due à des contraintes vitales: l'excès de stimuli divers génère, au sein des réactions codées, des troubles; certains data font l'objet d'une rétention pour analyse ultérieure, d'autres sont rejetés partiellement pour informations accessoires. Les effets sont les suivants: la rétention finit par chercher à se libérer (il y a donc émission vers des substituts, par suite de transferts), et le rejet cherche à récupérer ses biens et, pour ne plus en être importuné tout en se souciant de leur utilité éventuelle, les accumule en paquets. Une présélection a lieu à l'arrivée de nouveaux data qui se présentent : ceux qui suivent des routes et ceux qui forment des amas, à savoir les deux canaux qui viennent de se former. Un paysage, en fait, se forme.

PPS n°4 : les nuages qui viennent de la terre s'avancent comme une voûte violacée ou grise, épaisse, sur la mer qui s'élance au soir par vagues vertes vers l'immense arc de la plage. S'ouvre alors l'espace de leur dilution. Occupés à leur seul travail, ni ciel ni mer n'abandonneraient leur matérialité. Ce soir, ils ne se rencontrent pas, ils se joignent par des effluves roses, bleus, des roses et des bleus multiples sur l'horizon ouvert. Quitter la substance, c'est acquérir la réalité : vapeurs, émanations - apparences premières car la dilution permet à la lumière de se poser, une représentation se compose, un événement a lieu dans un espace qui s'instaure. On ne sait rien d'autre du réel. Et lorsque nous comprenons, inventons, il faut penser que c'est ainsi : une dilution. Potentiel régi par des règles de propagation sur des surfaces.

Sur quoi fonder les affirmations précédentes? Faut-il se référer à des analyses psychologiques ou aux neurosciences? Or l'enjeu n'est pas de fonder, mais de dire que les deux espaces ne s'opposent pas car ils se livrent à une modification des éléments qu'ils s'échangent. L'origine, le fondement sont les résultats des jonctions qui autorisent à désigner des principes fédérateurs, si bien qu'un fondement n'est pas premier mais est un produit particulier de deux espaces (l'effet positif d'une jonction, comme pour le "sujet" dans la philosophie classique, avons-nous dit). Il arrive, dans certaines conditions qui déterminent la jonction que ce que l'on émet soit en rupture avec un déterminisme codée (désirs inhérents à notre nature biologique), et que ce que l'on retient et amasse soit en désaccord avec un chaos hasardeux (données accumulées dont on ne sait que faire, à quoi les lier). Les deux espaces ont alors cette vertu de se démettre d'emprises de nature cette fois-ci oppositionnelle (code et chaos). Emettre-amasser : le premier mode se livre au monde et l'emploie, le second le sous-tend, le rend consistant, construit des écluses. Intérieur signifie des trajets sans accès aux destinataires, extérieur signifie des réseaux et des mailles se fermant.

Subjectivité et objectivité ne recouvrent pas les notions de ces deux espaces, car ils sont leurs modes de formation. a) Qu'en est-il de la subjectivité de l'espace intérieur? C'est le "moi" résultat de quelque jonction d'un type à définir (si le "je" ou sujet renvoie à la jonction deuxième ou "découpe", le "moi" pourrait venir de celle dite "effleurement", - autant d'expériences vécues aux appartenances antérieures -). Quant à son objectivité, il suffit de dire que certains de ses éléments se projettent si souvent et si régulièrement sur le plan de l'amas qu'ils sont repérables comme une constante. b) Considérons l'objectivité de l'espace extérieur : une objectivité absolue, sorte de trou noir, non-identifiable au premier abord, que l'on entrevoit comme indice de la mort ou d'un univers où l'homme n'a plus rien à faire, réseau clos sur soi, quoique des degrés plus ou moins tautologiques existent et forment des strates d'accès. Il doit exister une objectivité si totale que l'on ne peut plus l'interpréter ni l'assimiler tant elle se tient en dehors de toute représentation. Quant à sa subjectivité, elle est dans les infinis d'ordres construits pour engranger les données retenues, dans une prolifération insoutenable contenue par les classifications. Elle est ce qui entretient l'entreprise taxinomique (il s'agit toujours d'un choix) grâce à quoi elle maintient une continuité entre les éléments amassés en supposant chaînons manquants, variabilité, adaptabilité, seccabilité ou axiomes.

Il s'ensuit que l'espace intérieur et l'espace extérieur connaissent pour fondements de leur subjectivité et objectivité des résultats de jonction, qui sont comme des progressions se dévoilant. Des modes de formation existent pour les deux espaces.

Les deux subjectivités ne sont pas équivalentes, de même les deux objectivités.

Ce sont les deux objectivités conjointes qui sont intéressantes, l'une faite d'émission, l'autre de rétention, l'une née d'une subjectivation "distendue" car régulière et répétée (on dira que l'éloignement du datum émis par rapport à son point d'émission est tel qu'il perd de sa subjectivité initiale), l'autre d'une objectivation "autosuffisante" ou absolvante (on dira pareillement que le datum amassé se libère de tout contact avec les data voisins et se montre comme un fait d'une neutralité totale). On est loin d'une correspondance immédiate mais leur ressemblance produit une possibilité de les lier et penser ensemble. Le fait, par exemple, qu'un élément, c'est-à-dire une spécification de l'espace intérieur, ait place sur l'espace extérieur, donne à ce genre d'objectivité une teneur topologique : on ne verra point forcément le double ancrage (un fait a deux représentations, l'une en l'espace intérieur, l'autre en l'espace extérieur) alors que l'élément résultant se situe en dehors des deux espaces, fruit d'un couplage qui lui accorde sa vertu, il échappe aux caractères des deux espaces ou les exprime simultanément selon qu'on le prend tel quel ou qu'on l'analyse. C'est une objectivité en cours qui invite au couplage ou une objectivité traditionnelle qui pousse, pour être comprise, au découplage.

Ainsi, dans la langue naturelle, des expressions propres deviennent figurées (conservant une attache dans un plan et prenant l'aspect cumulatif de l'autre plan pour désigner un aspect général) tandis qu'un idiomatisme se traduit par un double effort de sens global et de style à valeur spécifique (il faut donc le découpler) .

Une part de créativité demeure attachée à une telle objectivité, celle d'une possibilité de transcendance comme lieu en rien détaché de tout mais surgi d'une construction très naturelle puisque l'on se base sur le besoin de conjoindre des data (leur contenu importe peu: a) quand un romancier dénoue ce double enracinement d'un personnage, il l'élève à la puissance de modèle humain ; b) quand le "cogito" cartésien fait cette expérience : émission constante de pensées et acte autosuffisant se densifiant.

L'espace extérieur s'objectivise aussi en se pliant aux considérations de l'espace intérieur : il s'impose de formuler toujours un minimum de contrepartie aux théories que nous bâtissons, fournissant dans ses réserves de quoi alimenter une preuve par les faits. Sa plasticité à nos demandes est un leurre aux yeux du moraliste qui n'en voit ni la nécessité ni la puissance. C'est, au vrai, l'occasion de fabriquer des convergences nouvelles et donc des objectivités stratifiées. Son effort est si louable, d'une telle et patiente humilité qu'il nous assure qu'une confiance renouvelée nous est accordée et nous accompagne, même si nous souffrons parfois de ses maladresses et de l'arrêt qu'il provoque aux trajets émis, à s'interposer pour les assister ou les recevoir, à briser leur élan par une masse de faits.

De combien de réponses l'espace extérieur est-il chargé, lesquelles permet-il? C'est le destin de chaque vie (variété de modèles) qui le dit, mais l'inégalité qui s'en dégage nourrit les idées d'élection et de providence, laquelle ne saurait être inégale que par suite d'émis atrophiés (conditions matérielles et éducatives que l'on peut corriger). De plus, il revient à une activité intellectuelle de constituer et d'affiner à l'extrême l'objectivité de l'espace extérieur, de la diluer pour la modeler à la redoutable demande de l'espace intérieur, afin que chacun puisse recevoir les réponses à ses émissions (des furtivités successives dessinant nébuleusement des désirs légitimes).

Objectivités et subjectivités ainsi constituées ne s'opposent pas, ni se complètent mais se développent sur les deux espaces et les tiennent tous deux à proximité de relations et d'entraides. Des dispositifs facilitent le développement de liaisons qui opèrent avec l'apparition de temporalités bien particulières.

III- Temps en scènes:

Etre face à des processus et à des immobilisations conduit à penser que des formules essaient ainsi de produire du temps, sous plusieurs formes. Il existe des formules qui fabriquent le temps, l'animent et le mettent en scène.

Prenons cette phrase compréhensible immédiatement :"à quatre heures, il sortit"; pour autant, il ne faut pas oublier le dispositif caché qui a pour issue "quatre heures" et "sortit", et ne pas considérer "il sortit" comme une action couplée à l'heure par un ne sait quel mécanisme ou agencement dissimulé qui n'a rien de causal (s'il sort, ce n'est pas forcément à cause de l'heure, comme s'il est quatre heures, ce n'est pas à cause de sa sortie; l'heure ni l'action ne sont toujours pas cause mais peuvent être effet de ces jonctions à décrire). Mais il convient de conjoindre les énoncés, de ne pas les défaire puisqu'ils sont les deux issues simultanées hors d'une même boite noire, le temps n'est pas un paramètre indépendant, mesurant des évolutions. La théorie de la relativité l'a bien montré. Dire "où et quand" n'est possible que comme résultats, non comme catégories innées.

S'agissant du temps comme autant de produits particuliers, une scénographie apparaît. Il faut comprendre un effort d'intelligibilité avec les moyens du bord. Ainsi, la question du temps a sa résolution propre si l'on considère les inévitables décalages que forgent les deux espaces. Certes, le temps ne se saisit pas autrement que par la comparaison de deux mouvements, l'un plus lent que l'autre, l'un en référence. Mais les autres domaines de l'activité intellectuelle diffèrent du dilutoire propre à ces jonctions quant à la mise en scène du temps. Par exemple, ce que l'on peut appeler une capacité à une autofascination, parce que c'est un temps qui trouve en soi ses finalités comme si les traits émis se courbaient et se refermaient, comme si les faits amassés se donnaient comme des horizons internes. Une jonction se saisit comme un bloc de temps sans que ses moments aient une valeur dont je pourrai me servir pour interpréter l'âge de l'univers ou les phases d'une civilisation ou des degrés d'évolution personnelle. Il n'y a pas de perspective historique à long terme ni même de durées psychologiques qui soient satisfaites, les premières comme les secondes ayant en commun d'être des dilatations (par un avant et un après ou par un présent attractif). Le déroulement des jonctions s'effectue pour lui-même, dans l'oubli de tout ensemble global et structurant (Humanité, Etat, Vie, Périodes, Stades de croissance psychique), dans l'illusion complète de son engagement. Il ne faut pas y voir un simple aveuglement, mais une protection, une ligne de défense efficace pour un projet créatif.

Et ce n'est pas non plus le temps du jeu (jeux de société) qui pourrait lui ressembler parce que ce dernier est un système clos de règles et de finalités (victoires), et qu'il se périodise en essais et en adaptations au jeu du partenaire (temps quasi-synchronisés par l'alternance des coups) alors que la mise en scène du temps métaphysique n'expérimente pas (il surgit, instable), crée deux mouvements décalés et autonomes, suspend tout autre repère extérieur. Le temps du jeu est un duel qui fascine pour l'inégalité des données, à l'intérieur d'un cadre fixé et externe, il ne peut s'autofasciner. Il fabrique de l'absence de temps. La partie peut durer sans que les joueurs aient conscience du temps qui passent, c'est un oubli, ce n'est pas le déploiement d'une nouvelle temporalité, générée par l'autofascination. Seul le jeu des enfants se rapproche d'une réelle autofascination, à cause de cette même invention de mouvements décalés ("tu serais le voleur… je serais le policier…", le voleur avant le policier) ; parfois il s'y ajoute des durées ("j'aurais revécu…", "tu serais maintenant grand"). Mais vite l'alternance propre au jeu se montre, le décalage disparaît.

On approche mieux d'un temps métaphysique si l'on cherche à expliquer des propagations. Ainsi, les six jours de la Création n'ont pas d'autre sens : les dilater, les traiter en périodes, les comparer à des étapes psychologiques, ou à des durées maturant le temps, ou aux phases d'un jeu divin, ne sont que des prolongements maladroits. En fait, ils disent qu'un processus créatif constitué d'une certaine scénographie temporelle a en lui sa finalité et qu'ainsi il se protège de ce qui le détruirait : l'alignement ou l'imbrication à l'intérieur d'une chaîne temporelle annihilerait ce qui est en train d'advenir et qui n'a pas de place encore, et ne peut se ranger dans une suite, parce qu'il est événement, donc phénomène encore sans imitation ni ressemblance. L'autofascination est une véritable mesure de l'apparition.

Songer à ces cas où en disant "je n'ai pas vu le temps passer", l'on ne signifie pas "j'ai vécu sans temps", en raison d'une activité si prenante qu'elle nous "autofascine" (elle nous crée des temporalités nouvelles, inédites, en rien ritualisées ou se substituant à l'ordre temporel habituel, en rien définies par une finalité précisée), et se demander comment nommer ce temps.

En effet, cela n'implique pas toujours la même mise en scène. Les jonctions entre espaces ont la leur.

Si l'on considère l'enveloppement de l'espace extérieur sur l'espace intérieur, le phénomène est si déterminant que ce temps sans perspective qui se tient dans son unité prend une forme structurante à l'image de ce qui se passe: c'est "un temps-bocal" avec un passé et un futur en bas et en haut indifféremment et un présent qui flotte entre eux et se rapproche tantôt de l'un ou de l'autre sans occuper une position médiane stable. Cette mobilité du présent est capitale pour maintenir passé et futur dans une relation et ne pas les laisser se découpler. Chaque fois qu'il s'approche du passé ou du futur, le présent les creuse et les rend plus concaves, définissant un espace-temps plus ample. Ce n'est pas le passé qui éclaire le présent ni le futur qui tend le présent, ils sont tous deux sous le coup des poussées du présent, augmentant par son oscillation l'amplitude générale. Tout dépend de la puissance d'englobement qui libère l'espace intérieur en l'auréolant de zones vierges, terres à investir. Un centre instable se crée qui va d'un archipel à l'autre, ce centre mouvant et nouveau fait fonction de présent. Quant à l'aimantation que constituent les pôles passé et futur, elle est illusoire, souvent s'inverse sans dommage : qui ne pourrait voir que regarder son passé est une manière de le présenter devant soi, d'en faire un futur momentané, comme de regarder son avenir une manière de vouloir l'accaparer et donc de le ranger dans un passé bientôt vécu? Tel est l'intérêt de ce temps-bocal et toute sa richesse. Premier jour d'une création, celui du ciel et de la terre, entre les paumes d'un démiurge auteur de libertés à réaliser (des présents).

Quelle mise en scène pour le cas suivant où l'espace intérieur découpe sur l'espace extérieur un territoire, où il se figure un contraste entre fond et forme, où une délimitation retient l'expansion des émanations de l'espace intérieur? Une ligne de séparation enclôt cet espace plus dense, elle ressemble à un bourrelet d'une épaisseur variable puisque la propagation est bloquée et l'on peut dire que cela fait refluer l'influx de l'espace intérieur en adoptant cet aspect concentrique que le pourtour-butoir impose. Il existe alors des mouvements temporels annulaires dont le point commun est la réversion, qui sont acculés vers un centre fuyant. "Temps-anneau" qui ne se déroule pas mais remonte en s'accumulant, et se veut origines plurielles. A chaque marée des hauteurs différentes et en des points irréguliers de l'anneau. Aucune constante ni moyenne ne sont à prendre si ce n'est que les plus hauts points sont des accomplissements et les plus bas des inaccomplissements et les médians sont des images du bourrelet de bordure, des fréquentatifs. Désirs réalisés, désirs échoués, désirs renouvelés. L'espace interne a reçu comme réponse que l'espace extérieur s'est ordonné de façon à orchestrer cette intrusion. La structure annulaire favorise un temps qui se renforce de ses actions renvoyées et les hauts points de renvoi inaugurent par cela même leurs sources, les dotent d'une origine. Sommets d'extase, des firmaments naissent au milieu des eaux du deuxième jour.

Puis plan dur des tables où l'interne et l'externe sont puissances au carré, se soulèvent et se livrent à leurs folies, certainement par désillusion réciproque, par déconvenue à des essais mal engagés et d'un commun mouvement accroissent leurs émissions et leurs assemblages. Il y a un interne à l'espace intérieur, un externe à l'espace extérieur, et leurs mouvements éclairent leur nature. Un automne soudain, luxuriant de couleurs et tempétueux à foison, nous rappelle que couleurs et tempêtes s'ignorent mais font de même. Les feuilles du cerisier ont rougi et tombent par pleins paquets sur le sol, montrant tantôt leur face pâle, tantôt leur face rougeâtre: la nature de l'espace intérieur est émission à partir d'une unité dont la structure est émettrice (l'arbre et ses rameaux se déployant). Sur le sol, les feuilles se répandent et s'amassent. Mais, là-bas, au bord de l'océan, les vagues vertes et grises accourent, surgies de partout et répétées, et une fois le rivage atteint, s'enfoncent à nouveau dans la grève : la nature de l'espace extérieur est amas à partir d'aucun point de départ. Les vagues ont surgi de ces profondeurs agitées de courants (ces "aucun-points de départ"), ont montré leur face claire et sombre. Elles étaient si nombreuses. C'est pourquoi le temps est ici quadruple: une chute et un plan ; une ascension et une surface. Le mouvement de la chute correspond à celui de l'ascension ; celui de la surface se superpose à celui du plan (à la chute dérivante des feuilles, correspond la montée à la surface des vagues, avec des tourbillonnements identiques). Hyperboles et intégrales se construisent. Il s'agit du Futur, de peuplements qui s'imitent sans se connaître, selon ce quadruple mouvement : inscrire dans le sol environnant des désirs qui ainsi s'amassent (jusque là, ils étaient émis sans destinataire) , et dévoiler en une surface comble des percepts qui ainsi sont des signes émis (jusque là, ils étaient amassés sans usage). Cela est un double tourbillonnement . Le Futur est un retard dans la chute et l'assomption, ce temps qui permet de tomber et de monter, cela sera si le tourbillon n'est pas immédiat et quant au résultat, il sera face claire ou sombre de la vague et de la feuille, incertain. Temps quadruple ainsi. Chute signifie un futur qui se donne un destinataire, assomption un futur qui se livre à une direction mais dans un cas comme dans l'autre, l'accès au destinataire ou à la direction se fait par des obliques, des arrivées hasardeuses sur le plan de réception. Il en est bien ainsi du futur proche, lointain, espéré, latent, dont il ne faut pas mesurer le champ aux seuls impacts mais plutôt aux trajets plus ou moins distendus qui en constituent l'aire. Le Futur est la somme des retards d'en haut et d'en bas, ce qui pèse et se meut advient plus vite, ce qui est léger et diffus est pour demain, et pour après demain il s'agit de feuilles et d'écume d'une telle délicatesse… Mais nous sommes toujours devant ce qui advient le plus vite, et seulement parfois nous entrevoyons un horizon plus subtil. Cette loi nous est imposée, que le subtil une fois atteint est déjà recouvert du plus pesant, pressant et immédiat, sans que le chemin frayé par les anges ne nous soit visible. Troisième jour où l'herbe croît avant les luminaires.

De la quatrième jonction, celle où les deux espaces paraissent une peau sensitive qu'effleure un rayon de lumière ou bien l'ombre d'un songe, il faut concevoir des taches comme autre déterminant du temps. Aucune épaisseur, des contours irréguliers, une évaporation de data émis et amassés, une recoloration ou décoloration. Loin d'être un écran, ces taches manifestent l'existence d'un "foyer" qui les projette comme une impureté momentanée. Impureté à une autosuffisance, à une homogénéité (celle des espaces). Ce ne sont pas des découpages mais des entachures volatiles et mouvantes, des dessins qu'un des espaces rend reproductibles et que l'autre veut étendre et prolonger. Multiplier des traits (faisceau) ou étaler des grisés (pinceau). Qui retrouve une sensation, un sentiment, une connaissance, en cueille les éclosions, vient, par elles, à embuer le miroir de vos souvenirs. Le temps y est double, enchâssé pour permettre une luminosité, d'un côté les zones tachées des espaces, de l'autre ces foyers errants qui, issus d'événements antérieurs, les entache de leurs propres consistances. Mais ce "temps-pellicule" a pour effet de fabriquer, par ces contrastes, de la lumière et des saisons, et des alternances. Nos espaces sont notre système solaire où circulent comme luminaires le soleil de nos intentions et la lune de nos mémoires : certaines reviennent avec la régularité des comètes, mais selon des rythmes inconnus sauf de notre moi qui ne tient pas à nous en confier toujours le secret. Astronomes pour des cieux changeants, les penseurs n'ont d'autres relevés que les écrits et les chants. Le temps est celui de l'optatif dans le passé et le futur : en se plaçant dans le passé, l'on imagine que l'on aurait pu avoir ce souhait ; si l'on se met dans le futur, l'on pense que l'on aurait à avoir ce souhait. Ce souhait est comme un peu de lumière dans les ténèbres de ma mémoire et de mes projets. L'ombre projetée fait naître un sens de la lumière, comme un regret ou un remords sont un appel vers le bonheur manqué. La tache peut être lumineuse. N'est-ce point la fonction des anges que voyait l'ânesse de Balaam, de s'interposer dans le soleil aveuglant pour que lumière soit ? Quatrième jour quand jour et nuit furent éclairés par le soleil et la lune.

Une cinquième mise en scène est possible, fondée sur le caractère propagatif de la jonction des espaces. A l'instar d'attaques frontales, de jets perpendiculaires, la surface se rompt et l'ébranlement se fait comme un éclair zèbre le ciel. Bords hasardeux et fissures latérales, sans que l'on sache si l'éclair part du ciel vers la terre ou l'inverse ni sa profondeur. Ni point de départ ni point d'arrivée ni fonds ni foyer central mais une brillance en tous ses lieux simultanée et ses fines et infinies veinules. Le recouvrement du ciel et de la terre n'y est pas superposition adéquate, l'un au-dessus de l'autre, mais il est maximal parce qu'une relation polarise toute leur énergie, condense leurs émanations et les délivre en un potentiel qui démultiplie leurs forces. Le résultat est bien l'acquisition d'une ligne de fracture au sein de l'espace extérieur qui le remodèle et lui donne un autre paysage, s'apparente donc à une naissance d'événements. Quel temps se met en scène dans ces conditions? "Temps-échelle" serait une nomination pour indiquer que des distances infinies se sont créées, distances que des lignes horizontales de plus en plus longues expriment et que leurs intervalles sont des cadres d'organisation potentiels. Le vent a dépouillé en partie seulement le feuillage, les branches apparaissent mieux, et les pommes rouges surgissent entre deux rameaux noirs sur le ciel bleu de l'automne. Cet arbre a ses barreaux qui segmentent d'inégaux espaces prometteurs que le vent traverse et coupe, invisible éclair dégageant une arborescence, celle que l'arbre ignorait lui-même. Succession vécue parfois comme élévation, passage d'un niveau à un autre, ou alors descente par dégradation ou effacement humble, quoique le changement ne se fasse pas par un axe vertical mais par les extrémités (glisser au bout de la branche, de la ramification, de la veinule, pour changer de strate) dans un mouvement exploratoire. Ici, la succession fait du temps un datif, une action atemporelle qui a lieu pour quelqu'un en vue d'un don, non une succession d'instants mais un instant qui se succède et n'a plus de fin, qui ne se répète pas mais qui épuise tout ce qu'il est par suite de l'offrande qu'il traduit latéralement. Le don peut être bon ou mauvais, il est d'une nature telle que tout est alors polarisé, ramifié, multiplié et objet de chemins comme de glissements successifs renouvelant le don. Au cinquième jour, "crescite et multiplicamini".

Ces cinq mises en scène sont profondément liées au caractère propagatif de la réalité. Le mode de propagation détermine un dynamisme temporel et le génère plus qu'il n'assiste à un écoulement. Ce dynamisme est identique à une formule qu'il a fallu inventer, qui est issue d'un certain travail de dilution. Le temps est altéré, spécifié autrement, il se présente comme l'effet d'un dispositif spatial. Il n'est plus un temps "matériel" mais "réel", ayant son autonomie d'action par rapport au temps matériel qui a d'autres enjeux (régularité, succession d'instants identiques, durées psychologiques, dilatation vers le passé et l'avenir : dans tous ces cas, il est un substrat). Le temps réel n'est pas une illusion de nos sens, ni une perception subjective (durées liées à un état psychique), il parcourt le monde physique (tout processus est un soulèvement de temporalités : sortir d'une chrysalide, par exemple, est un présent se heurtant aux bourrelets du cocon) comme il atteint nos vies lorsqu'elles sont soumises à des devenirs. Plus de réalisme est impossible.

IV- Acte idéographique:

Le temps grisâtre de la Toussaint, cet air cotonneux et déjà froid qui est en suspens, indique la difficulté : comment amener à proximité l'horizon incertain des dilutions ? On pourra croire que songer au spectacle de la nature est un artifice alors qu'il entre dans l'élaboration des concepts, rend capable d'entrevoir les jonctions pour les énoncer dans un traité qui en fait son contenu. Dans l'échange avec une perception de la nature se tient des formes imprévues de probation.

Parfois aussi les embarras du quotidien font que la rédaction est interrompue sur plusieurs jours. Il faut se prémunir contre l'impatience, et s'inclure dans ces périodes infécondes. D'ailleurs, une grande interrogation, pour l'heure, est d'observer si l'intérêt pour les choses de l'existence, diminue ou s'altère, à écrire une métaphysique. L'indifférence est-elle conjointe? Faut-il se situer sur les sommets et oublier le réel? Les philosophes d'autrefois, sortant dans la rue, devaient trouver des hommes affairés et loin de leurs constructions, quoiqu'ils aient eu à poser le problème nécessaire à leur temps tandis que le métaphysicien actuel appartient à des contemporains livrés à leurs courses de supermarchés et leurs embouteillages aux péages, et il se doit persuader qu'une métaphysique leur est plus nécessaire qu'une clarifiante théorie économique. Or, cette solitude de toutes les époques n'est pas décourageante parce que ces hommes n'apparaissent dans l'aveuglement et la stupidité qu'en ce qui concerne leurs quêtes d'objets mais non dans leurs expériences qui mettent en jeu les notions entrevues (les jonctions). Leurs quêtes concrétisent des engagements dont la nature, s'ils l'apprenaient, les aiderait à ne pas croire qu'ils vivent dans l'immédiat réflexe mais à surveiller dans leurs actes la part qui reste louable.

Revenons aux deux espaces pour en spécifier le rôle (ce que nous entendons par dilution) : chaque personne les porte tous deux, l'un pour ses émissions (désirs, intentions, sentiments…), et l'autre pour ses classements et ses amas (connaissances, souvenirs, expériences, …) . La rencontre de seulement deux personnes met donc en jeu les zones activées de quatre espaces, en active d'autres, en inactive aussi. On aimerait savoir quelles sont les zones dont l'activation accélère les jonctions précédentes et les mises en scène temporelles les plus justes. Or ce n'est pas à une éthologie qu'il faut aboutir mais à traiter du produit dilutoire des jonctions qui est la possibilité même des rencontres et des activations de zone. S'il n'y avait que des rencontres et non des jonctions, l'on assisterait alors à des froissements et des superpositions (c'est la plus grosse part de nos quotidiens). Mais autre chose est en cours. On peut systématiser la complexité suivante : a) chaque personne entre ses deux espaces peut obtenir des jonctions ; b) avec une autre, elle peut lier son espace intérieur à l'espace intérieur (il me manque de savoir si une jonction se crée, puisque les cinq types ne posent pas ce cas de figure) puis à l'espace extérieur de l'autre ; c) de même pour l'espace extérieur avec un espace extérieur (même cas de figure que précédemment: une jonction est-elle alors? Je ne la vois pas pour l'heure); d) enfin elle peut lier les jonctions de ses espaces aux jonctions des espaces de l'autre, ou aux seuls espaces de cette même personne. Et la complexité peut croître si l'on adjoint une tierce personne et plus. Pourtant, c'est le caractère dilutoire d'une jonction qui permet les rencontres et donc peu importe que l'expérience se fasse par une ou plusieurs personnes, la quantité combinatoire n'ajoutera rien. Il est des espaces englobant, des effleurements et des retournements qui induisent une dilution prometteuse, par exemple celle du temps qui "se décompose" en mouvements élastiques, en accomplissements, en retards, en souhaits et en dations.

Ce qui se dilue, sont-ce des éléments, des unités semi-closes, des substrats ou des entités? La dilution aide à la mise en scène des éléments, elle leur est antérieure. Elle agit sur les data émis et amassés de façon à ce qu'ils s'identifient à des espaces. Une sensation de couleur ou d'odeur, une intention d'intérêt n'ont pas d'existence délimitée, voilà pourquoi elles s'apparentent à de l'espace. Dans tous les cas, ce qui se dilue est un espace qu'il soit premier (apparition d'éléments) ou second (déformation des éléments constitués). Dans ce dernier cas, les éléments déjà apparus se rangent dans l'espace externe et d'autres vont vers l'espace intérieur comme moyens nouveaux d'émission. Les jonctions sont alors possibles entre de tels éléments seconds, devenus espaces particuliers.

Il faut penser à ce qui se produit avec la musique : le mystère de la musique est dans cette capacité d'un créateur-interprète à diluer les notes et à les transformer en musique, ce qui se manifeste par l'invention au cours des siècles de différents procédés ou types de dilution : retrouver un timbre dans sa pureté, le faire vibrer, en moduler les attaques et les chutes, parvenir à un enchâssement par des accélérations ou des diminutions respectives, l'entourer d'instruments différents ou d'accords en contrepoint, sont les traces effectives de différents types de dilution. La musique courante est dans la succession réussie de notes efficaces qui restent des notes avec plus ou moins de science pour les lier et les faire retentir l'une par rapport à l'autre (autant d'espaces collés, superposés, enchevêtrés dont il faut parler comme des "rencontres") alors qu'un air inégalable prend un groupe de notes émises et l'engage dans un mode dilutoire (l'espace extérieur y est moins accompagnement qu'un dispositif d'extension) et cherche à s'approcher de ce que serait un spectre sonore s'il devenait spectre lumineux : une continuité dont la limite extrême, loin d'être à nouveau le bruit confus, se nourrit des immanquables silences ou des obligatoires séparations de hauteur entre les notes pour amplifier l'étendue de la note en question (d'un groupe en réalité), comme "la faire entendre" là où elle se tait, comme la "faire entendre" là où elle n'est plus, dans la note d'avant comme d'après. C'est bien là l'illusion que donnent certaines interprétations accordant à un air ses déformations dilutoires. La forme établie cède le pas à la dilution qui suggère des forces en émoi, des montées en puissance ou des afflictions. Les jonctions sont en musique le rapport entre la hauteur et la durée des notes : entre ce qui est émis (hauteur) et ce qui est amassé (durée). L'espace extérieur, lors des jonctions, désarticule les sonorités émises par des allongements, des effets d'attente et des répétitions (le leitmotiv, la formule, l'air, la variation s'engendrent comme un effet des dilutions). La mélodie se divise entre ce que l'on entend physiquement et ce qui s'entend en plus, au-delà, quand les notes ne sont plus seulement stimuli enclenchant des réactions de l'auditeur mais quand elles évoquent des points de départ, des dispositifs initiaux, des tentatives qui ont présidé à leur emploi, une antériorité qui se doit d'être lointaine. Il s'ajoute autre chose à ce qu'elle est : une mise en scène du temps selon les jonctions. La dilution a lieu. Tous les types de jonction et leur travail dilutoire interviennent donc également. Des englobements et des effleurements déterminent par exemple des passages musicaux où les espaces intérieur et extérieur font naître la féerie requise. Le violon n'y affronte pas le piano, il devient protection d'une autre voix, messager d'un désir ou d'une rêverie, il cherche à prendre demeure, et ainsi de suite.

Constat : La musique a su créer sa symbolique, des portées et des clefs, des noires et des blanches, des harmoniques. D'abord des signes, puis des calculs d'accords. Il y a des opérations rendues visibles. L'envie est forte d'aboutir à une semblable écriture pour la métaphysique en cause ; déjà les clefs seraient les cinq jonctions mais comment écrire la dilution ? Car le but n'est pas dans cette métaphysique de désigner une totalité ontique mais les cas d'apparition des jonctions, non seulement d'abord pour les reconnaître mais aussi pour les favoriser de nos attentes intellectuelles. Les phénomènes naturels sont assez bien décrits par le biais de relations et de phases et l'on peut supposer que les combinaisons de rencontres ressortissent des mêmes règles. Pour les jonctions, il faut poser des dispositions particulières de la nature, certains états excités des espaces, des formes d'espaces qui ne sont en rien miraculeux mais qui induisent des effets très remarquables. Un englobement ou revêtement est une de ces formes qui surviennent sans doute au milieu de rencontres dont les formes ne sont pas celles de l'englobement, qui peuvent s'en approcher (des volutes, des circonvolutions) jusqu'à devenir englobement (revêtement), qui en sont alors l'imitation partielle ou le simiesque échec. L'on peut croire que les espaces intérieur et extérieur de chacun trouvent dans ces expériences des modèles tellement incomplets que l'idée de les redéfinir l'emporte et que ces espaces en viennent peu à peu à se modeler en vue des jonctions. C'est l'image de Perceval fasciné par trois gouttes de sang sur la neige, véritable jonction tandis qu'auparavant ce n'étaient que rencontres insatisfaisantes quoique peut-être préparatoires. Il se figurait là, pour lui seul, une délimitation prodigieuse de l'espace extérieur, une réponse à sa trop grande demande intérieure. Car sa jonction est celle de la transfiguration par découpage. Dans le même registre de réflexion, se demander s'il a existé et existe des hommes qui n'ont pas connu et ne connaîtront pas la passion amoureuse. Est-il vrai que chacun, au moins une fois, connaisse une telle émotion, ne peut-on supposer que certains y échappent, ou s'y refusent, à la façon dont une grâce (celle de connaître, un jour, un besoin de Dieu) n'est pas donnée à tous? Il s'agit bien, ici, de différencier rencontre et jonction, de séparer ce qui est de l'occurrence probabilitaire de ce qui ressort d'une forme géométrique précise.

Il faut convenir d'une symbolique qui désigne les modifications des espaces a) par les jonctions, b) par les rencontres-produits de jonctions. Il faut concevoir que des rencontres ordinaires, stabilisées par une régulation sociale, servent de support préparatoire/inhibant à ces événements majeurs que sont les jonctions et qu'elles jouent, de fait, un rôle délicat à déterminer.

- Modifications - appelons-les : "a" - usons d'un descriptif imagé : l'espace intérieur s'étire derrière l'émission, crénelant le pourtour et pouvant le trouer si l'élongation est trop forte en des endroits ; l'espace s'étire régulièrement grâce à une bonne résistance de l'ensemble répercutant l'extension sur le pourtour ; l'espace a des soubresauts, des hoquets partiels ou bulles, cloques se résorbant par éclatements ou demeurant telles. L'on décrit cinq dimensions: les deux longueurs (extension et pourtour), les deux largeurs (élongation et résistance), des épaisseurs ou hauteurs (trous et cloques). Base autonome. L'espace extérieur répond ainsi : empilement, accroissement de la surface, compactage. Il réagit de cette façon : l'amas connaît des effondrements, des zones vides et des densités inégales. Autre base.

Mais le secret des jonctions se prépare peut-être déjà dans ces modifications des deux espaces, quand l'émission met trop à mal le système de l'espace intérieur, quand l'amas déstabilise l'ordonnancement de l'espace extérieur, en particulier surtout quand leurs hauteurs diminuent beaucoup parce qu'à ce moment ces espaces sont comme des peaux tendues où le son résonnera, et qu'il faudra reconstituer une unité. Mais aussi quand des épaisseurs se forment, les deux espaces sont saisies dans leur vérité profonde et dense sans la mousse des affections instables, si bien que diminutions ou épaississements sont des facteurs favorisant les jonctions. La hauteur paraît bien le facteur décisif parce qu'il traduit ce qui reste après une extension de type dilutoire et ses effets de trous ou d'effondrements. Les espaces ont été modifiés, dilatés au point de perdre toute densité, s'il ne leur restait quelque épaisseur inaliénable ou s'ils ne se trouvaient dotés d'une épaisseur nouvelle. On la conçoit proportionnelle à une modification d'importance ayant déjà affecté les espaces.

Ce n'est pas la mesure de la hauteur qui compte mais le fait qu'elle ait varié. On la visualisera par la présence de discontinuités (vides et blocs dans une trame). Il faut appeler cette mesure aH0 et aH1 (épaisseur minimale et épaisseur maximale) et la considérer comme un indice de l'impact de la jonction à la fois préliminaire (stade préparatoire de la jonction) et résultatif (stade résultant de la dilution provenant de la jonction). aH0 et aH1 sont en stade initial ou en stade final comme l'indice de freins à la dilution : aHo désigne un processus prolongé et limité d'amincissement qui ne peut aboutir car cela voudrait dire que l'espace-système se néantise (la dilution lutte pour faire disparaître le reste ultime : le danger de toute dilution est que tout soit dilué) et aH1 est une structure qui s'érode sans disparaître non plus (la dilution s'attaque à ces organisations internes et tend à les détruire ou à les réduire). Ils interviennent, tout au long du processus de dilution, comme des coefficients modérateurs, comme des limites évitant une destruction. En poser l'existence revient à dire que les effets d'une jonction peuvent être ravageurs et que les espaces se prémunissent contre de tels effets, ce qui est typique de tout système (tout système produit de quoi s'immuniser).

Dans un autre ordre d'idées, on pourrait dire que aHo est identifiable, si la dilution est de l'ordre de la division, à une modulation constante du diviseur de façon à empêcher l'apparition de reste constant (le rapport de deux entiers), et aH1correspond à l'introduction constante d'"unités" au dividende de façon à retarder l'épuisement de la division. Il s'agit de rendre la disparition des espaces interne et externe impossible et en même temps de manifester le travail de la dilution.

Cependant l'un des deux espaces subit l'opération de dilution, l'autre surface enclenche la dilution et se déforme aussi pour continuer la dilution. Chacun a son degré de dilution ; une différence de vitesse entre les espaces devant se positionner l'un par rapport à l'autre de façon à ce que dilution ait lieu, se forme, ce qui revient à parler d'écarts que l'on peut se représenter (par convention) avec aHo et aHo1 ; on dira que l'un des deux espaces est plus avancé que l'autre. Si aHo est le stade final (le plus avancé, l'épaisseur minimale), aHo1 sera le stade initial (celui où l'épaisseur est maximale) mais surtout aHo mesurera l'espace où le processus dilutoire est le plus engagé, tandis que aH1 désignera le retard de l'autre espace. Et pour rester dans un cadre de représentation spatiale, on utilisera le biais d'une mesure d'angle. La dilution est une disposition particulière que prennent ces deux espaces, l'un par rapport à l'autre : nous allons dire une "inclinaison" ; plus le plan est incliné, plus la dilution a lieu mais deux limites existent, celle maximale et celle minimale, celle où un espace s'effondrerait sur l'autre (aHo) et celle où un espace commence à peine son inclinaison (aH1). C'est pourquoi aHo sera doté d'une valeur de 90° qui, à chaque opération (progression de la jonction) se modifie de moitié (inclinaison progressive vers le plan de l'autre espace, dans les deux sens : de 0° à 45° puis à 90° et de 90° à 45° et à 0°), et aH1 d'une valeur double de 180° qui, sur le même modèle, diminue d'une moitié (180°, 90°, 45°, 0°) ou augmente de même. A 90° les espaces intervertissent leurs écarts, l'un pouvant se diluer plus vite que l'autre. C'est un seuil. L'avantage de cette méthode est de distinguer des phases dans un processus, de se dire qu'il y a trois phases dans la mise en place des espaces pour une jonction. Des aberrations sont à concevoir de fusion des espaces ou de raideurs (l'inclinaison de l'un n'enclenche pas l'inclinaison de l'autre). Observer la justesse de cette convention (45° à chaque phase) revient seulement à déterminer des changements de direction ou des sortes de plis.

A la mi-novembre, la lumière n'en finit plus d'être dorée sur tout ce qui est élevé mais perce de moins en moins bien la brume bleue au ras du sol glacé et dans les rues humides. Nul n'avance vers les hauteurs, ni dans les ornières, sans que ces plages d'ombre et de dorure ne fassent penser que leur rétention se réponde par des gradations conjointes et dilue le monde. Ce n'est pas autre chose qui surprit Descartes en son poêle car son cogito est obtenu après que les hauteurs de ces deux espaces (l'espace intérieur avait la plus grande: aH1 ; il a fallu plus d'étapes pour l'évincer, trois étapes de doute, celle des sens, du sommeil et du malin génie, en la première méditation ; tandis que l'espace extérieur correspondait à l'effondrement de ce qu'il avait appris : il n'en restait qu'un peu de res extensa) se sont rétractées. Alors, le cogito comme issue a pu se manifester, comme instance nouvelle. Les pages qu'écrit Nerval dans Sylvie disent cette leçon. Dans Sylvie, le narrateur aime à la fois Adrienne au pied d'un château et Sylvie en lisière d'un bois, puis Adrienne prend les traits d'une actrice dans un théâtre parisien et Sylvie fine et sensible est promue gantière (extrémité des bras), enfin l'actrice descend de la scène, disparaît dans d'autres bras et Sylvie se marie au frère de lait du narrateur, un alter ego en somme; tout s'est dissous (Sylvie apprend au narrateur qu'Adrienne est morte il y a longtemps), la nostalgie s'empare du récit, ou bien les espaces se sont enfin conjoints dans l'évocation d'une pure certitude qui pourrait se dire ainsi : "j'ai été initié à l'infini des êtres, j'ai existé!". Le mode d'issue est resté l'essentiel, et non la nostalgie, son éventuel résultat. Nerval a modifié les hauteurs, pressé par l'impératif d'une jonction - celle où une découpe a lieu - (ces espaces au bord de lacs, de forêts ou au balcon d'un théâtre reçoivent la projection d'un désir qui se délimite par Adrienne et Sylvie).

- Jonctions - appelons les "J" ; elles sont au nombre de cinq et il suffit de les nommer symboliquement. Nous aurons Jp, Jq, Jr, Js, Jt. La forme des espaces se modifie (2ème col.) Et des effets nets se voient (3ème col.).

jonctions forme effets temps
esp. ext. vers esp. int revêtement protection "bocal"/présents
esp. int. sur esp. ext. découpe transfiguration "anneau"/effectuations
interne/externe revirement sur soi tables "retards "/ 4 futurs
esp. tangents effleurement messages "pellicule"/2 optatifs
esp. int. vers esp.ext. incrustation naissances "échelle"/datif

Ecrire "J" n'est qu'effectuer une description, un relevé certes mais en rien un calcul de ce qui se produit ensuite. Il faut partir de la forme adoptée par les espaces pour caractériser "j" qui est un opérateur permettant la dilution. Commençons par un descriptif de ce qui se produit entre les deux espaces.

Si Jp intervient, par exemple, la dilution consiste à donner aux data émis une enveloppe (l'espace extérieur se courbe vers l'espace intérieur), en fait à ce qu'ils se réfractent si bien que le désir (idée, intention, ou autre) ni ne se perd ni ne revient comme un boomerang brutal, mais s'oriente autrement, ouvre sa voie vers un autre bord que lui tend l'espace externe et se réfracte encore, atteint une complexité plus nuancée ou d'un trajet plus grand. Jp effectue ce type de dilution. Sa dilution est dans ses détournements inégalement répartis, semblables à un éventail, qui peuplent l'espace intermédiaire entre les deux espaces. La nature des data émis se modifie, se dé-substantialise, en perdant de sa force première pour se dégrader en traits plus fins, par suite de renvois et de ré-émissions successives. Le résultat est une ombre légère, un cerne ou fard délicat, qui dote l'espace interieur d'une profondeur et de nouvelles directions où désirer. : sera le symbole, et ce symbole sera utilisé pour désigner la dilution des éléments propres à l'expérience : idées, personnages, percepts, temporalités, images, tout ce qui est émis et se trouve arrêté (courbure) par l'espace extérieur concerné. Si l'on veut bien alors les voir comme des flèches effectuant un trajet, il suffit de dire qu'en se réfractant ils ont un trajet plus long, une ondulation plus ample, gage d'une idéalisation en cours, ou d'un approfondissement, ou d'une remise en cause. De plus, deux cas se présentent : le même datum est émis, puis ré-émis, ou alors ce n'est que sa réfraction qui est ré-émise. Efforts lancinants, variations dans un cas, épuisements sublimés d'une question dans l'autre. De toute façon, une dilution créatrice, parce que l'écho n'est pas mort, et qu'il donne aux deux espaces de se continuer. Car, si l'espace intérieur a ses data transformés, l'espace extérieur en s'articulant sur lui reconfigure aussi ses propres data, les aligne selon un plan nouveau : des résistances sur des zones petites feront que le mouvement général des phases sera contrarié mais tant que l'économie d'ensemble domine, cela n'affecte pas la dilution qui finit par se détacher et être autonome.

Que faisons-nous de ce qui nous est constitutif? N'avons-nous point assez accumulé pour que nos espaces extérieurs ne se courbent vers l'espace intérieur d'un être émettant ses avis? Se tendre à soi-même ou à l'autre une oreille bienveillante ne traduit pas la jonction en cause. Il faut une disproportion. Ce qui semble capital est l'existence de phases où l'écoute se place dans un plan d'accord progressif, deux phases ou trois, parce que l'intention émise (désir, perception, interprétation ou sensation) et le savoir accumulé (donnée, information, souvenir, connaissance) se mettent en devoir d'associer leurs mouvements, sans préavis, sans volonté ni commande.

Il en est ainsi dans la rencontre de Julien et de Mme de Rénal où les espaces qu'ils représentent (Julien a l'intérieur avec ses émotions dirigés vers un autre monde que le sien, Mme de Rénal l'extérieur avec son capital de biens, d'époux et d'enfants) se coordonnent et commettent une continuité : les deux s'associent et font un passage. Le charme tant vanté de cette scène tient à deux phases, l'une d'étonnement et l'autre de commun réconfort. Il y en aura une troisième, plus tard, celle de leur amour. Une hauteur reste, chez Mme de Rénal, mesure et signe de l'état de la dilution. Alors il faut bien comprendre que la jonction œuvre pour fonder des continuités et non des enveloppes maternelles, des oreilles attentives ou des fusions indistinctes. Jp est dilution par réfractions : au désir de Julien d'être, à ce projet émis et préparé, Mme de Rénal répond en le qualifiant d'enfant, de jeune fille, de monsieur et précepteur si jeune). Que de réponses et de trajectoires, que de renvois à ce que l'un pourrait être, mais désirs inventés et idées préconçues se désagrègent d'un côté et d'autre au profit d'un contrat nouveau, d'une entente commune admirative car inespérée. Toute continuité paraît ainsi remarquable, et l'on comprend que des penseurs lui donnent le statut de fondement, l'aient encensée quand ils croyaient l'atteindre, en aient fait l'origine et leur salut. La continuité est le résultat dilutoire, l'issue à des contraintes fortes pour obtenir le bon angle d'inclinaison (souvent, hélas, le datum émis n'est pas réfracté, ou bien est stoppé selon un mauvais angle d'approche). La mise en scène du temps le confirme : un "temps-bocal", le présent modifiant passé et avenir par des effets d'échos (lieu si vaste et si clos mais unification temporelle autour du présent lié à la réfraction qui se perpétue). Ce qui se produit est une plage irremplaçable, unique et lumineuse : ce sera le moment qui décide de l'avenir et éclaire le passé.

Terre et Ciel du premier jour de la Genèse ne sont pas deux espaces, comme les deux paumes du Créateur ; la notion de jonction leur donne leur vrai rôle de phases pour un accord : le choix émis par Dieu est la lumière (espace intérieur); au contact de l'espace créé (Terre et Ciel), la lumière subit une dilution, elle se réfracte en jour et nuit, en soir et matin, en retours et en allers. Un sentiment de bonheur (enveloppe opérante) existe ("Et vidit Deus lucem quod esset bona"), la lumière divine s'est déployée, en deux moments et espaces infinis. Terre et Ciel sont un seul et même espace extérieur qui s'est disposé pour recevoir la Lumière, se courber et l'accueillir.

Jq signifie une autre dilution. Déteindre est un autre maître-mot. Tout pourrait provenir d'un foyer central dont les rayons au travers d'une lentille sont concentrés si bien que, là où ils convergent, le lieu est plus brillant qu'alentour. Tout pourrait provenir d'un écran empêchant les rayons de traverser si bien qu'une ombre épaisse est projetée au sol et se distingue du voisinage. Les data émis sont assimilables à des rayons, et là encore ils ne se perdent pas, ni ne sont sans effets. L'espace extérieur les retient et les cerne d'un bord comme d'une lèvre retroussée, pour éviter leur hémorragie, et l'on sent qu'il opère sur lui-même une transformation. La dilution est dans cette découpe plus sombre ou plus claire, parce que le désir émis réussit à impressionner une partie d'un espace extérieur, à l'affecter et à déteindre sur son identité. C'est un gain énorme pour le désir que de se voir occuper un lieu, d'avoir une surface de réponse précise, cartographie de ses élans et projections. Mais l'on devine que cette découpe est risquée : il peut s'agir d'une réduction emprisonnant ou d'un escamotage indigne ou d'une sélection injuste. La dilution est réussie si la lentille est adaptée. Travail qui convient à l'espace extérieur se disposant selon les phases des hauteurs mais cette disposition revient à produire un filtre allant au-devant des data émis, à statufier un ensemble et à le dresser admirablement pour qu' il soit saisi par le rayonnement des désirs. Cet ensemble est, non pas les mille et une facettes des choses désirées (chaque datum émis se dirige vers un leurre ponctuel et limité), non pas l'addition des innombrables besoins et vœux, ni l'errance du regard et des intentions, mais une structure qui donne à ces désirs une unité, inconsciente du désirant, faite des liens inavoués et imprévisibles (de tels désirs revenant souvent comme un rêve obsédant). L'idée fut , dès le début, d'un arbre s'élevant que la lumière du jour éclaire et dont l'ombre couvre le sol et tourne selon l'heure du jour. Cette image est essentielle dans l'élaboration de ce type de dilution. L'ombre est bien l'effet dilutoire, ce qui s'enfuit de la seule réalité des espaces tant elle est volatile et mobile. Quelque chose s'extrait du bloc compact que l'espace extérieur constitue parce qu'il est fait d'amas (de connaissances par exemple) et va face aux désirs. L'espace extérieur manifeste donc sa présence par une construction dont l'origine est l'ensemble relié des points d'impact des désirs émis. Une partie de son état est innervée et se détache. A force de frapper à une porte, l'huis grillagé s'ouvre, ou alors considérons que les data émis ne sont pas disparates mais ont des récurrences qui finissent par alerter une portion de l'espace extérieur qui réagit en s'offrant comme réponse maladroite et irrégulière. Car la découpe a un contour hasardeux. Puis la dilution, à savoir l'ombre ou la clarté, rétablit parfois la donne et métamorphose ce mauvais procès. Ce qui se détache de l'espace extérieur et qui sert de lentille ou d'obstacle à la propagation des data émis n'est rien d'autre qu'une mobilisation de data amassés pour soutenir ces désirs et projections. Le plan détaché est d'une densité inégale et d'une forme imparfaite: les émissions ont donc besoin d'une dilution (surface de découpe) qui leur rende un peu de leur vraie nature. Comparer l'émission à un rayon heurtant un obstacle permet de comprendre qu'une division se produit: de chaque côté dévié, le rayon forme un cône d'ombre dont l'angle dépend directement de l'inclinaison du plan faisant obstacle. Plus l'ombre s'allonge, plus le plan dressé de l'espace extérieur est à la perpendiculaire de la source d'émission. Les deux comparaisons valent assez bien si l'on admet que lentille ou obstacle n'ont rien d'exactement ajusté à la configuration des désirs émis, sont une tentative de réponse, c'est-à-dire de réalisation avec les moyens du bord, de coordination de ce qui est dispersé et sans possible atteinte d'un but. Alors il reste à comprendre pourquoi l'espace extérieur se mobilise à moins que l'on ne se souvienne qu'il est fait d'amas qui se dressent et le hérissent de leurs protubérances. C'est l'un d'eux qui peut réagir, à la façon dont un souvenir se présentant déclenche l'envie de… active un besoin de… ou réveille d'autres intentionnalités. L'erreur est de raisonner en termes d'antériorité (se l'interdire dans cette métaphysique) et donc de causalité puisque les deux espaces sont des mouvances perpétuelles (et non des échanges) qui n'interagissent pas mais sont agitées de mouvements simultanés, de soubresauts répondant à des dispositions pressantes. Le fait que les deux espaces appartiennent à deux personnes différentes ne rend pas le phénomène de leur corrélation rare et improbable. L'inverse est à penser : il y a trop de possibilités, de rencontres hasardeuses et étonnantes, d'inadéquations et d'échecs mais qui ne sont cependant pas des jonctions lesquelles se caractérisent par une dilution (l'ombre ou la tache de lumière). Jq est ce type précis de dilution, selon des phases et un processus d'amplification, là où les obstacles ou lentilles certes fabriquent des ombres mais passagères, plus des tracés qu'une aire. On l'écrira /: .

Jp se signale par des réfractions à l'intérieur d'une enveloppe, Jq se remarque à cette aire qui s'étend. Jp a pour mise en scène du temps des présents fabriquant du passé et du futur, Jq choisit pour temps une structure annulaire et des états de réalisation (des effectuations). Puisque le désir se dilue de l'autre côté de l'obstacle et se découvre sans protection (comme s'il était jeté à plat), à chaque avancée l'espace extérieur réagit par des "colorations" différentes entre centre et périphéries successives, de même que l'intensité de la lumière ou de l'ombre portées sur les objets les dessine et les teinte différemment. Il possède des mouvements de résistance ou d'abandon ou d'arrêt, propres à un découpage non stabilisé, et tant que les plans ne se disposent pas au mieux, le degré de réalisation de l'émission est incertain. Mouvements d'arrêt: le désir ne peut aller plus loin, répétition. Mouvements de refus: le désir est repoussé, inaccomplissement. Mouvements d'adhésion: le désir est accueilli, accomplissements.

Ce sont les phases ou hauteurs identifiant la dilution. S'il en existe deux, le degré de réalisation alterne entre répétition et inaccomplissement (les termes sont interchangeables) parce que aH0 doit éviter la disparition des espaces qu'une totale adéquation ferait ; s'il existe trois phases, (aH1) on peut parler d'un mouvement dialectique (répétition ou stade de l'évidence, inaccomplissement ou stade de la négation, et accomplissement ou stade de la synthèse). Ce seront autant d'indices du processus dilutoire.

Savoir où l'on rencontre de pareilles situations qui aboutissent à cette aire découpée, à ce temps du possible réalisé, à cette transfiguration d'un ensemble de désirs car ni ils ne s'investissent ni ne se perdent mais dessinent une image agrandie de leurs pouvoirs. Chacun émet bien souvent de quoi le faire juger intelligent ou bon ou beau et raisonnable et sensible. Audace d'une question que chacun sourdement soulève : "combien d'amis ai-je auprès de moi qui ont su reconnaître que j'étais remarquable?" Sur combien d'amis et de connaissances puis-je, à mon tour, porter cette appréciation?

L'espace extérieur, quand il s'est activé, a fonctionné partiellement bien que ce soit son rôle: amasser des données c'est édifier des filtres de reconnaissance, de captation (comment engrangerait-il sinon?) de plus en plus performants (il n'est pas évident que même son propre espace extérieur ait cette capacité d'entente de ce que projette son propre espace intérieur). Il faut poser que l'identification des désirs émis est de notre ressort, que nous avons à construire le plan de l'espace extérieur qui fera figurer l'étendue de nos intentions ou de celles d'autrui. Il faut une aire à ces signes d'intelligence ou de beauté que l'on envoie, qui les transfigure. En soi, ils ne sont pas suffisants, il y en a tant et tant. Mais il en existe qui éclairerait si bien un champ de l'espace extérieur qu'il convient à ce dernier de réagir. Telle est la jonction. Certains désirs sont légitimes, en ce seul sens.

Perceval voit sur la neige trois gouttes de sang tombées de l'encolure d'une oie sauvage blessée par un faucon. Il s'immobilise et se perd dans sa contemplation. Le rouge sur le blanc lui évoque le teint de celle qu'il aime, et beaucoup plus encore. Il s'appuie sur sa lance "et panse tant que il s'oblie" (v. 4180). Pour les autres, il sommeille. Ils ne lui tendent pas le plan qu'il faut, ils n'ont rien engrangé dans leur expérience qui donne un sens à cette attitude, sauf un chevalier qui s'y connaît en passion amoureuse (Gauvain). Ce que Perceval projette déborde le champ du réel: il faut donc un obstacle ou une lentille pour le saisir. L'auteur et le lecteur les fabriquent car une telle intensité de désir est si étonnante qu'elle nous confond. Il s'agit d'une scène contrastée faite d'un vol d'oies poursuivies, de la chute de l'une d'elles et de sa fuite, d'un chevalier au matin perdu dans ses pensées. Ce sont des éléments reconnaissables et amassés par tout espace extérieur, mais qui se dressent (verticalité forte de l'ensemble). La dilution (visible, ô combien!) est dans l'étendue que ces quelques éléments prennent: amplification spatiale dans un temps répété, mis en suspens ou accompli. Songerie du chevalier, songerie qui reçoit un écho sur un autre plan. La description est le filtre que les intervenants n'ont pas, ils n'ont pas vu le combat des oies ni la blessure ni la neige, ils n'identifient pas la noblesse du désir de l'autre. Les phases dilutoires sont là: un vol, une chute, une tache (inclinaison du plan). L'ombre portée s'agrandit, c'est un visage, celui de l'aimée, belle et souffrante, lointaine et idéale, pure, comme pour faire oublier l'échec du château du Graal et pour préparer au remords de cinq ans passés à guerroyer sans avoir prié. Transfiguration en cours. L'espace extérieur a bien répondu, il a créé le plan nécessaire à l'émission, il s'en est suivi une temporalité spécifique et une aire d'expression de l'immatérielle songerie.

Dans la philosophie classique, la notion de "sujet", celle du "je" tient à ce type de dilution: ce n'est plus le Moi ni l'Autre mais une conscience libre et divinement rationnelle (ombre découpée transfigurée) qui a servi de base à des constructions intellectuelles, à l'intérieur d'une mise en scène temporelle liée à des effectuations (comme itérer l'expérience du cogito chez Descartes ou accomplir chez Kant le renversement copernicien salvateur avant lequel l'échec est manifeste).

Jr correspond à la jonction des revirements sur soi des espaces intérieur et extérieur. Internalité et externalité, retroussements et face à face puissants. La propagation des data (émis ou amassés) est fortement affecté par un attracteur (le point de départ de l'émission, le point stabilisateur de l'amas); contrainte par cet attracteur, elle détourne les directions émises ou bien elle empêche une accumulation nouvelle de savoirs amassés et s'en dégage par une stratification plus étale. Cela provoque des revirements dans les deux cas (autre face des data) qui peuvent être simultanés, quoiqu'en rien dépendants l'un de l'autre (autonomie des espaces). La jonction est justement dans le fait que cela se produit presque en même temps et qu'il s'ensuit alors une dilution particulière parce qu'il semble qu'entre les deux séries des concordances soient possibles, ne serait-ce déjà que leur commun principe d'emboîtement. Il se présente deux cas pour simplifier: celui où les deux espaces se meuvent quasi de façon synchrone (la hauteur qui mesure et effectue la dilution se réduit à zéro en deux ou trois phases) et celui où leurs mouvements sont décalés et où leur face à face est à un moment maximal et même s'ils ne sont pas in initio et in fine dans le même plan, ils ne pourront mieux se deviser. Dans ce dernier cas, il faut qu'un des plans ait une hauteur supérieure à l'autre, que l'un ait trois phases et le second deux : l'on obtient bien que si ab initio l'angle de l'un (disons I) est à 45° et le second (disons J) est à 0°, au deuxième coup I est à 90° et J à 45° (ce sera le seul moment de face à face ainsi qu'une partie de la période où l'on passe à la phase suivante), et au troisième coup I passe à 180° et J à 90 ° (mais ils sont à la perpendiculaire plus que l'un face à l'autre). Le moment maximal n'est donc qu'une ouverture partielle de l'un par rapport à l'autre, tandis que le moment maximal du premier cas est une ouverture progressive et égale. C'est de cette double situation qu'il convient de rendre compte.

Une émission dont peu importe la nature, issue de l'espace intérieur, par suite de ce mouvement de rotation sur soi, a sa trajectoire affectée par le retournement qui se fait. Cette trajectoire s'incurve et ce faisant, l'intérieur de l'émission (l'autre face, pourrait-on dire) se découvre. Il en est de même pour ce qui s'amasse : le haut de la pile chute et le bas de la pile se libère et se renverse. C'est ce que nous avions imagé par la chute d'une feuille et l'ascension des vagues. En outre, ni la feuille ni la vague ne sont seules mais appartiennent à une famille, si bien que leurs trajets successifs s'enchâssent et se recouvrent à la manière molle de volutes ou de glissements où la face interne n'est pas toujours visible complètement ni immédiatement. Or, de tout cela, curieusement, naissent des tables de marbre qui édictent des lois : la dilution obtient de transformer une volute ou un effondrement en une structure solide et inébranlable. Jr est à l'œuvre comme suit : le mouvement d'un des deux espaces paraît entraîner l'autre, et permet une correspondance surprenante, non vue, de quoi souligner un fait et de lui donner une aire parallèle à la sienne. L'accord entre ces deux remises en cause dilue leur désordre en un état métastable, c'est-à-dire qu'il s'y dessine un potentiel pris entre deux ordres de grandeur, ou entre deux solutions, l'une énergétique et l'autre structurale. Telle est la richesse de ce type de jonction. La correspondance apparue constitue un être qui réalise cette compatibilité, la prolonge et lui donne cette valeur paradigmatique parce qu'elle est faite de l'internalité de l'espace interne (sa structure invisible) et de l'externalité de l'espace extérieur (son énergie engloutie). Le dispositif dilutoire unifie les deux mouvements comme deux variables inhérentes à un système qui s'individualise en optant plus pour l'une que pour l'autre mais qui, ici, les montre toutes deux dans leur coexistence inévitable. Il énonce un potentiel et le révèle. La nature de ce potentiel est de donner naissance à une existence pleine et entière, émettrice et amassante, séparée de ses auteurs, autonome en son destin. Voilà pourquoi l'on peut parler de tables de loi, puisque surgit ce qui a sa loi et sa grandeur d'indépendance ("ab-solu", ensemble détaché, ayant sa structure et son énergie). Tables parce que le phénomène est lié à des mouvements de découvrement des espaces, à une mise à plat de ce qu'ils sont en soi, donc à leur architecture la plus stable. Jr vaut pour des dilutions "dosées", il n'y a pas la même énergie ni structure en tout, mais il y a de l'énergie et de la structure partout, et si les individualités sont multiples, le mérite en revient à ce type de dilution. On ajoutera que si les mouvements sont symétriques, l'individualité créée est constante, mais dans le cas où les mouvements sont décalés, l'individualité est épisodique. Les quatre futurs trouvent ici leur illustration: futur de constitution et futur prévisible pour l'individualité constante, futur d'assemblage et futur de destruction pour l'individualité épisodique. Les deux futurs privilégiés sont ceux de la prévision et de la destruction, ils sont plus "lourds" et assurés, alors qu'en métaphysique ce sont les futurs "légers", ceux des tentatives et des élans qui nourrissent les plus beaux moments.

L'idée que l'espace intérieur ait une structure tandis que l'espace extérieur a une énergie n'a pas donné tout son sens. Simple inversion? L'un se dote de ce que l'autre possède. Cela ne suffit pas. Il s'agit d'une dilution, non d'un échange et le fait que les deux espaces évoluent en même temps, produit cet "être" hybride, métastable parce que tout "être" possède ces deux ordres de grandeur, structurale et énergétique. La dilution est dans cette apparition d'un être (objet, organisme, fait, idée…) révélatrice de ce que sont aussi les deux espaces. Cet être a pour limites d'un côté les volutes de l'espace intérieur et de l'autre les renversements de pile de l'espace extérieur : limites faites d'un bord et d'un étalement se propageant. Il réalise l'union de ces deux aspects, non par des échanges ou l'emprunt aux deux espaces, mais par suite de la co-présence des facteurs propres à tout régime. La dilution libère les facteurs immobilisés en eux et cela conduit à l'apparition d'un tiers, à une solution et à une formation.

Ce qui est émis se solidifie, ce qui s'amasse se propage mais ce qui s'invente est ce sol tapissé de feuilles tombées et cette mer hérissée de vagues venues de partout. Disposition spatiale particulière, volume inégal, cet être cristallise des aspirations et des ordres qui lui sont propres. Le haut et le profond, le lointain et le proche sont redistribués sur un plan horizontal. Alignements et juxtapositions prédominent, facettes et vibrations l'emportent sur les cas d'émission et d'amas. Un système organise cet ensemble ou il se fait un système de cette situation puisque les parties interagissent et soit fermentent ou s'envolent (feuilles) soit s'abattent sur le rivage ou se démontent (vagues). Il y a un devenir (quatre futurs) qui caractérise cette dilution. La trace d'un des désirs émis ou d'une donnée de connaissance conservée, dans ce nouvel espace de dilution s'appréhende ainsi: l'échec ou le remous turbulent s'amasse de façon discontinue, voire hasardeuse, pour se reformuler en une énergie de transubstanciation et de révolte. Voilà ce qui advient à un désir émis, il s'élève (fermentation et vapeurs), voilà ce qui ébranle une information emmagasinée, elle se soulève (écume et déferlantes). Sublimations et querelles. Jr se résume à ce pouvoir initiant de telles issues. On l'écrira : (:) .

Les exemples ne manquent plus. Il a fallu ce long détour pour les retrouver dans ces pages littéraires anciennes et parfaitement banales, comme si leur commune allégeance ne peut que surprendre : le mont Sinaï des tables de la loi et ces multiples romans policiers. Mais ce que l'un énonce clairement, les autres ne font que l'employer. Il n'empêche que la dilution est le mode opérant et figurant des issues.

L'énigme policière se résume à faire fonctionner les deux plans principaux pouvant conduire au meurtre, à savoir l'argent et la passion, soit un amas et un émis. Ces deux espaces se retournent sur eux grâce à l'enquête, sorte d'attracteur simulant les faits, de façon à ce que l'on voie l'énergie incluse dans un espace d'amas (celui de l'argent) jusque là structuré et ordonné, et la structure d'un espace intérieur de désirs (la passion, quelle que soit sa nature, révèle le plan d'où elle vient, ses incohérences et ses obsessions). Mais "l'être" qui naît de ces revirements au dosage varié (plus de passion ou plus d'argent) sublime l'existence du Droit, inspire la révolte contre l'accusation injuste, selon plusieurs futurs (la victime sera vengée, tôt ou tard, le témoin surgira ou disparaîtra, il y aura des retards dans l'inéluctable retour à la normale). Cet être immatériel inscrit sa présence dans les consciences comme un appel à des motivations d'action nouvelles qui nient aux principes des deux espaces leur droit à l'autonomie: l'argent et la passion sont des écarts à cet être dont il faut établir la nécessité (à la fois le désir, et l'usage, c'est-à-dire l'inscription sur les deux espaces). Cet être est un peu l'Idée platonicienne si on la détache de son ciel immuable, il vient comme elle d'un dépassement. On n'est pas loin, non plus, de l'expérience proustienne de remémoration involontaire, extrayant du passé et du présent, une permanence a-temporelle, tirant du passé amassé une énergie (l'évocation) et du présent aux désirs déçus une structure (l'écriture) au profit d'une délicieuse salvation victorieuse du Temps (une Loi supérieure) dont l'archétype serait l'Arche de Noé délivrant une colombe.

Mais ces possibles exemples invitent à poser des émissions heureuses et des amas précieux pour désigner l'être qui naît alors. Mais si l'on songe à l'Exode qui narre comment un peuple échappe à l'esclavage et n'a pour intentions que de danser et de faire épanouir sa joie de vivre, on voit qu'il a emporté des biens et coule un veau d'or pour toute divinité (réussir matériellement pour un exilé, quoi de plus naturel?). Les deux espaces se révèlent dans leurs dimensions secrètes : le bonheur structure l'envie de vivre comme seule finalité, l'argent est une énergie qui motive un culte. Cependant, Moïse dénoue cette structure et cette énergie de leurs sources respectives (il en montre les limitations) et l'être qui surgit est un peuple en voie de constitution qui doit se définir d'après des lois internes à ses membres (dépasser le stade éphémère de la joie et le stade inégalitaire de la richesse). Le Décalogue énumère des lois organicistes (le respect de la vie et des vieux) et eschatologiques (adorer Dieu apparu au Sinaï n'apporte plus un avantage matériel tribal mais une alliance offrant un sens collectif et surtout une durée). Sublimation évidente accompagnée de la colère des cieux, de celle du guide cassant les tables, et fabrication d'une arche comme symbole de cet être. La Divinité menaçante, fulminante, à l'éclat insupportable est énergie et structuration, Moïse L'a rejointe en dehors des plans créés par les deux espaces comme pour mieux montrer qu'ils forcent à s'en abstraire par suite de dilution. Alliance prend tout son sens à regarder la nature de cet être. Il s'est produit par ce double mouvement de renversement une métastabilité qui se traduira par des moments de découragement (le paramètre de la joie émise faiblit) et de défaites (celui de la richesse amassée diminue) ou par des moments d'exaltation et de conquêtes mais l'alliance entre ces deux facteurs renverra toujours à cet être (observance des lois édictées par Dieu) et non à autre chose. Tierce solution encore. Dépassement certain qui hante la Littérature tragique : l'image de Dieu s'y saisit comme un appel à une issue de cette nature.

Js est la jonction d'effleurement s'appliquant aux deux espaces qui, par leur disposition respective simultanée, reçoivent (ou plutôt précipitent) une même impression extérieure. Quelque effleurement touche l'espace intérieur et l'espace extérieur, et non pas l'ombre de l'un sur l'autre ni le contact des deux. Telle est la difficulté à résoudre: l'origine de cet effleurement, son effet dilutoire (une tache), la disposition des espaces. Il faut se dire que certains de nos désirs ou intentions émis ont une existence parallèle et qu'ils ont pu être remplacés par ce flot incessant que nous prodiguons mais qu'ils n'ont pas sombré et ont continué leurs courses sans destinataire à l'infini, détachés de leur source et se donnant deux extrémités. Et si nous les imaginons comme des lignes droites, et que nous nous plaçons exactement dans leur prolongement, au point de départ ou à la pointe extrême, c'est un point que nous trouvons. Qui se place exactement à la perpendiculaire d'une droite (sous cette droite) ne voit qu'un point. Ce point contient deux infinis que nul ne voit, sauf conditions. Il diminue même aux yeux de celui qui se souvient comme de celui qui désire. C'était un souhait assimilable à d'autres émissions, devenues aussi des points, spécifiques d'un âge ou d'une situation : voilà ce que l'on désire quand l'on est jeune, cela appartient à cette famille de désirs que chacun fait, selon son âge. Nous n'avons même plus affaire à un point mais à une courbe regroupant dans une fonction commune une tendance humaine. Le point est englobé, ses infinis invisibles. Ou bien le point est errant ou bien un dispositif l'arrache à de telles courbes si bien qu'un processus dilutoire le saisit (droite retrouvée, ou tache, dirons-nous pareillement). A partir d'un tel point arraché, la dilution a ce pouvoir de recoller des segments d'origines différentes (des voisinages de ce point) et de les associer. Il s'y greffe de quoi donner un effleurement suffisant. Maintenant si nous nous plaçons dans le camp de l'espace extérieur, où les data s'empilent et se gardent (de toutes les informations que les sens apportent, l'on récupère celles qui sont utiles et déchargent les sens et rejoignent des connaissances conçues par le cerveau), il se trouve des data enfouis pour n'avoir point souvent servi. L'enfouissement les coupe peu à peu de leur source et les réduit à une peau de chagrin si minime que plus rien ne les signale. Prenons l'image, cette fois-ci, d'une lumière si rassemblée qu'elle s'éteint et devient trou noir parce que les particules qui la portent sont condensées à l'extrême. Raréfaction, épurement, restes volatiles d'un savoir, autant qui s'épuise et se vide. Une lame de fond propre au fonctionnement de l'espace extérieur fabriquant de la continuité ou substance, intervient pour "obturer" ces lieux de déficience et les camoufler. L'on dira que l'on a jamais su ni appris cela, que c'est si loin qu'il faut le tenir pour caduc, que le temps est fait pour effacer tout. On comprend qu'un dispositif doit agir pour que la lumière enfouie refasse surface.

Question de hauteur: aH0 et aH1 entrent en jeu. Ces points et trous noirs, s'ils sont saisis obliquement par l'éclat de "foyers", vont révéler leur réelle nature et se manifester en taches ombrées ou lumineuses sur les deux espaces. La nature des "foyers" ne doit pas faire problème, ils ne sont pas une intervention miraculeuse et extérieure, c'est un artifice de langage pour dire que la dilution commence déjà là. Il se trouve des data émis et amassés qui vont paraître s'écarter de leur plan (route détournée-cassée / lissage-classement interrompu) parce que les hauteurs font bouger le plan initial. Reprenons l'exemple d'un datum émis: l'observateur le voit s'éloigner et devenir un point de plus en plus petit; mais inclinons progressivement de 45° le plan de l'observateur qui, alors, voit une ligne s'étendre vers le bas et vers le haut. Voilà le datum manifesté sous la forme d'une trace soudain éclairée par quelque "foyer". Il en est de même pour un datum amassé qu'une fonction de balayage range et lisse (couches successives): il est pour l'observateur entre un avant et un après et disparaît peu à peu ; mais si l'espace extérieur s'incline, il découvre une moitié de l'ancien plan et révèle le fait englouti ; en effet, le plan incliné s'enfonce d'un côté comme il engloutit plus vite les data nouvellement arrivés de l'autre, à la manière dont une pyramide allant sous les sables, si un affaissement de terrain se produit sur un côté, se voit dégagée de ce côté tandis que l'autre côté sombre sous la dune. Le "foyer" est ici l'éclaircie soudaine de ces pans dévoilés et dont on ne voyait plus que la pointe noire au fond d'un puits.

La dilution se fait en deux et trois phases selon l'inclinaison. Cette dernière correspond à la hauteur des espaces. Une fois l'inclinaison achevée, quand les plans sont identiquement égaux et plats, la jonction s'absente, elle ne dure que le temps des phases, de leur mouvement graduel. Certes l'on ne sait encore dire pourquoi les espaces s'inclinent et pourquoi il arrive qu'ils le fassent simultanément mais il suffit d'établir que cela est possible pour deux espaces toujours couplés (parmi toutes les dispositions spatiales qu'ils peuvent adopter l'un par rapport à l'autre) et que, si cela a lieu, il en faut déterminer les effets. Ainsi, quand on émet un désir, une réaction a lieu sur l'espace intérieur puisque le désir "emmène" de l'espace avec lui, parce qu'il est l'espace intérieur se modifiant, phénomène dont une bonne image est d'indiquer qu'à chaque diminution de la hauteur, le plan s'incline (comme pour passer d'une hauteur de marche d'escalier à l'autre plus basse, le plan s'incline ou plutôt est fait de toutes les dégradés successifs et intermédiaires). De même pour l'espace extérieur. Qu'il y ait deux ou trois "marches" n'indique que l'état du système: plus simple ou plus composite.

Comment ces "traces" éclairées forment-elles une tache simultanée sur les deux espaces? Il s'agit d'un effleurement passager et messager, non pas seulement comme la venue d'une comète (de l'ordre des rencontres intervenant pour un seul des deux espaces), mais plus comme un ciel rougeoyant au soir. Car ces traces interceptent, même un bref instant, et partiellement nos désirs et inhibent nos connaissances, lesquels, à leur contact, se colorent ou se décolorent et forment ainsi ces zones entachées, voiles posées sur le présent, gènes partielles et éphémères, nébuleuses imprécises qui nous surprennent. Js est la dilution la plus fugitive, pour un temps instable qui rappelle un souhait et l'invente pour demain, étant donné que ces taches proviennent de traces aux doubles extrémités (des naissances oubliées et des buts devenus incertains, liés à des enfouissements et des savoirs en cours d'omission). Le désir du moment comme la connaissance du moment sont subrogés : une substitution courte et imperceptible tend son leurre. Un ange passe.

L'on comprend que si l'on ne peut prévoir leur venue, seule la disposition des espaces favorise leurs apparitions: il faut que le point et le trou noir devenus trace et face d'un volume (ligne et pan) entrent en rapport l'un avec l'autre de façon à ce que leurs taches respectives (qui immobilisent le fonctionnement des espaces) se renforcent et augmentent ainsi l'immobilisation. Les deux phénomènes se succèdent et paralysent partiellement les deux espaces et leur activité respective. Ces derniers sont donc disposés l'un à l'extrémité de l'autre, largeur contre largeur et s'inclinant en commun (même si un décalage existe) de façon à fournir un plus long espace, comme si l'un accompagnait le découvrement de l'autre. En général, les espaces se disposent parallèlement si l'individu est accordé, ou dans deux directions inverses s'il est divisé. Ces situations peuvent associer deux individus, couplant ainsi des espaces intérieur et extérieur d'origine différente. Mais que les espaces se mettent bout à bout traduit une analogie dans l'immobilisation et une substitution. L'on se trouve comme devant une barrière (un ciel rougeoyant), une impossibilité à avancer, et aucune envie de le faire, et surtout la certitude qu'un message se délivre parce que l'esprit se voit fonctionner, assiste à son activité sans qu'il intervienne (il est paralysé et pourtant ses deux domaines ou espaces forment un spectacle actif), est dans la situation de laisser faire à partir d'éléments qui lui appartiennent (points, et tous proviennent de son énergie) et qui le remplacent, habités d'un fonctionnement autonome. La jonction Js est l'apparition de cet étrange phénomène d'une pensée indépendante d'un sujet pensant mais dépendante d'un sujet ébloui ou atterré: trop d'intentions ont été émises, et disparaissent en points invisibles et unifiés dans le ciel, là où l'espace intérieur devient un espace raréfié, quand une inclinaison permet cette extraction d'alignements tout faits, et la résurrection salvatrice de telles individualités ; en même temps, des informations acquises et amassées qui avaient disparu en des enfouissements secrets, sont dégagées et signalent des facettes oubliées et bourgeonnent soudain ; se mettant bout à bout, les deux espaces sont inhibés, un état cataleptique s'installe, et se produit ce temps de l'effleurement où des signes surgissent dont le sens nous est connu mais nous échappe ou s'échappe de nos contingences immédiates. C'est le fait que les deux espaces se joignent qui produit cet état: double venue de signes, possibilités d'articulation entre ces deux régimes de signes, conditions réunies pour la constitution d'un message, adoption du sentiment qu'un messager est venu. Toute signification s'établit quand les deux espaces fonctionnent ensemble (l'on comprend parce que l'on émet une intention d'intelligibilité et parce que l'on regroupe les faits et les ordonne) mais ici, la signification se fait par-devant soi, avec des éléments issus d'activités antérieures éclairant un devenir. La mise en scène du temps est celle d'optatifs du passé et de l'avenir parce que le message délivré libère des possibilités cachées et les donne comme des renouvellements.

La vue d'un arbre rabougri, en hiver, en contrebas de la route et son existence fait mal tant elle semble ne pas avoir de sens et par cela même avoir ce sens effroyable de ne pas en avoir : ce qui a surgi en ce moment ne peut se comprendre qu'au travers d'une dilution d'effleurement. Trop de réalités connues et gardées font que l'on voit des arbres sans plus, unités enfouies, trop d'intentions émises pour soi font que l'on oublie qu'une unité est toujours quelconque et la nôtre comme les autres, quand l'irraisonnable alerte d'un effleurement fractionne ces alignements et fait passer un songe d'existence, extrait un point d'une courbe, lui offre un tracé et l'en éclaire, déploie un pan désolé d'un arbuste et l'élève à une dignité existentielle : cet arbre comme symptôme de grandeurs avortées, message d'une cruelle désillusion ou d'un peu de vérité sur notre compte. L'éclosion d'optatifs, de souhaits impériaux sont le vrai message non de regrets mais des dimensions qui peuvent être encore les nôtres.

Ainsi expliquera-t-on l'origine de l'effleurement (des prolongements des espaces lointains et anciens), l'effet dilutoire (une modification de la perception suite à une modification de l'inclinaison des espaces, entraînant aussi une immobilisation partielle des espaces), et la disposition des espaces (le petit côté de l'un jouxtant le petit côté de l'autre). Js se symbolisera par T: .

Un passage de Kim de R. Kipling où le héros abandonne sa vie d'aventurier, agent secret ou informateur qu'il avait jusque là menée peut servir d'exemple. Kim s'y était préparé tout jeune en s'exerçant à retenir un maximum de détails en un minimum de temps (son maître lui montrait des pierres précieuses dans sa main qu'il refermait aussitôt et lui demandait leur nombre et leur espèce) mais il est temps pour lui de quitter cette vie marginale et de regagner l'ordre social. Que de fois alors de menus gestes surpris dans une gare ou une rue l'alertent encore comme signes de trafics secrets et de complots en cours, de rencontres clandestines qui l'invitent à en savoir plus et à reprendre sa vie ancienne s'il ne s'imposait de n'en rien faire. Son espace extérieur contient tant de savoirs de cet ordre, son espace intérieur est fait de toutes ces enquêtes en place d'ailleurs de la seule qui lui serait utile, celle de ses origines. Le message n'est pas remémoration mais relecture et sublimation car les signes surpris qui entachent ces résolutions présentes et les immobilisent, messagers d'une autre époque, appels d'autres lieux et êtres, éclaircies aussi du chemin parcouru, sont les éveilleurs de souhaits qu'il n'a pas eus (optatifs du passé et du futur : Kim a pu rêver connaître son origine, il n'a pas pu rêver en conformité à son origine, avoir les désirs convenant à son état) et donc libérateurs d'âme prisonnière. Bientôt, s'avoue-t-il, je ne comprendrai plus la langue de ces signes, elle se modifie sans moi, loin de moi, mais qu'importe, je sais qu'au sein de tous les signes (ceux-ci et ceux-là) se cachent mes devenirs, d'autres ententes à amasser d'une autre nature. Kim connaît là une expérience sensible essentielle. Pour de tels états, nous disposons nos espaces en continuité, l'un à l'extrémité de l'autre, soucieux d'une délivrance fondée sur des apparitions anciennes, non-nostalgiques car ferments de nouveaux souhaits.

Et l'histoire de l'â