SCENARIO-GALERIE


SCRIPT
 
 

 
 Cézanne


Cézanne

Séquence 1 La jeunesse à Aix

Images

Vue aérienne d'Aix
vue des toits, d'un toit rouge
dominante rouge accentuation des ombres
dureté du pays

Banc titre

Portrait du Père
photo Paul Cézanne assis

Voix du père de Cézanne

L'on croira que je n'ai pas compris mon fils
Je voulais lui éviter toute cette peine
Si souvent l'on travaille pour rien. Moi, j'ai pu réussir

Images
Banc titre

Baigneurs aux bras écartés
Pastorale
Les promeneurs

(rire éclat d'eau - tonalités bleues)

Aix m'a fait une place de gré, de force
Je vois mon fils de 16 ans et ses amis Emile Zola et
Baptistin Baille engloutir leur bonheur d'un coup.
Quel père ne s'inquiéterait pas ?

 

Images

Vue de l'Arc pont des Trois Sautets
un pin et terre rouge Sainte Victoire en fond (propriété des W)
plan rapproché sur la terre rouge et désertique

Banc titre

archive les lavandières
le Pin aux terres rouges Ermitage*plan général + gros plan
les rires se sont tus

Ici rien n'est facile, l'ombre lutte contre la lumière
Plus la lumière est forte, plus l'ombre est noire
Le chapelier que je fus ne l'oublie pas

Images
Vue du barrage de la colline de Bibémus

Banc titre
Le plongeur
Musée de Los Angeles

Voix commentaire 2

Paul et son meilleur ami E Zola, aiment la campagne, ce barrage c'est l'oeuvre de François Zola. Il est mort quand Emile avait 7 ans. Cette eau, son eau, coule à Aix.
Emile sera ingénieur, Paul s'est déjà inscrit à un cours de dessin.

(contraste entre le dynamisme des jeunes tout est possible et le sérieux du père)

Images

Banc titre

Photo de Zola + Cézanne
bruit d'une lettre que l'on ouvre lettre de Cézanne à l'atelier
vue de paysages aixois la tour de César

Ils se promettent la célébrité
Tout, autour d'eux respire l'ardeur, la force.
Paul écrit des poèmes.

Images

vue des paysages aixois
vue du fleuve l'Arc

Banc titre

Les Baigneurs lithographie

 

Tenez , celui-ci :

"Je regrette
Ce temps où nous allions à la rivière
Faire un bon déjeuner, et la palette en main,
Retracer sur la toile un paysage rupin"

 

Images

Vue du parc St Joseph
chemin de terre Entremont
vignes + olivier + St Victoire

(Paysages confus le monde ne s'est pas encore dévoilé)

Banc titre

La colline des pauvres Met NY*

 

 

Voix du commentateur 2

Mais ce que Paul aime de sa Provence ,
nul ne le sait encore.
c'est un pays en instance, en attente de tout art.

 

Images

vues de la rue de l'Opéra
rue de la fontaine d'argent
de St Jean de Malte par la rue Manuel

(dominante noire sombre)

Banc titre

Photos d'archives :
la rue de l'opéra, la place du marché, le kiosque à musique

 

Voix du commentateur 2

19 janvier 1839 : Paul naît à Aix au 28 rue de l'Opéra.
Un écrivain d'alors déclare
"La pauvre ville d'Aix a fini sa glorieuse tâche dans le
monde et s'en va tombant, pierre par pierre"

Un grand seigneur, poète à ses heures, le disait déjà en 1750
"Dans Aix l'ennui dès le lundi
Vous mène jusqu'au samedi"

 

Images

Le cours Mirabeau et ses fontaines, ses cariatides,
la fontaine des Quatre Dauphins et les hôtels qui la bordent

Voix Commentaire 2

Que reste-t-il de sa gloire ancienne?
Sinon ces oeuvres de pierre

 

Images

Magasin cours Sextius avec aulx et vanneries
le marché aujourd'hui, les fleurs, les légumes, les terrasses des cafés

Banc titre

quelques Nature morte

 

Voix Commentaire 2

En 1844, Paul entre à l'école. Louis-Auguste, son père, régularise son union avec Anne Élisabeth, mère de Paul et d'un autre enfant

 

Images

vue de l'enseigne du magasin Cézanne
puis du café des 2 Garçons puis l'intérieur du café

Banc titre

archives une usine à chapeau
peinture le portrait de son Père lisant l'Événement Washington*
+ tableau derrière son père Nature morte Aix*

 

Voix Commentaire 2

N'a-t-il pas fondé sa banque ? Après avoir été chapelier sur le cours Mirabeau à côté d'un café où Paul aimera rencontrer ses amis.

 

Images

vue sur le Jas de Bouffan l'allée des platanes et les bassins

Banc titre

photo du salon du Jas à l'époque archives avec les 4 saisons
peintures les Quatre Saisons (Petit Palais)*
(L'eau et arbre son de la fontaine lumière fraîche et reposante
on sent la chaleur qui nous environne sons feutrés d'insectes oiseaux )

Voix commentaire 2

Son père fut un travailleur acharné,
Paul a peint inlassablement.

 

Images

vue sur la verrière de son atelier

Banc titre

portrait du Duc
Le Jas de Bouffan Prague*
Les Grands arbres du Jas Courtauld*
Le Bassin au Jas Orsay

 

Voix commentaire 2

En 1859 , il installe sa famille au Jas de Bouffan, un hôtel du XVIIIe, commandé par le Duc de Villars, alors gouverneur de Provence.

Paul y ouvre son atelier, c'est l'été de ses 20 ans

 

Images

La faculté de droit avec le peintre Martin plan sur sa peinture représentant l'entrée de la Faculté
on remonte la rue vers Saint Jean de Malte par un trottoir en regardant l'intérieur des Hôtels côté ombre et côté lumière puis fontaine à la croix de Malte
et on entre au musée Granet
peinture et dessin de l'époque 5 tableaux que Cézanne a vu et a puisé son inspiration
dans le musée vue sur les bustes de Cézanne etc

Banc titre

archive d'un cours de Cézanne avec des croquis
archive collège Mignet
La Tour de César Aix*

Voix de la mère

Paul étudie sans mal. Quand il a son baccalauréat, mon mari le destine au Droit.

A l'école de dessin d'Aix, installée dans le musée, il me parlait de ses jeunes amis, Philippe Solari, Joseph Villevieille, Numa Coste ; il a même obtenu un deuxième prix.

 

Images

Banc titre
Photo de la Mère de Cézanne

Voix de la mère

Son ami Emile a échoué au baccalauréat . Il est déjà à Paris. Moi, je sais que Paul partira peindre.

 

Images

Banc titre

Portraits
Tableaux d'Hortense accoudée Genève *+ son fils Paul *
lent zoom avant ou Enfant au chapeau de paille
une vue de Paris en N/B ( Les quais avec Notre Dame ?)

Voix de la mère

Là-bas à Paris, je pense à Paul, fils de Paul, mon petit fils qui vient de naître par ce mauvais hiver de 1872.

Paul Auguste l'ignore. Paul vit avec son modèle Hortense. J'ai peur qu'elle ne l'aime pas assez.

Il est désargenté son père accepte mal le chemin qu'il prend. Emile est devenu un écrivain célèbre et lui vient en aide, tous deux fréquentent de nouveaux peintres à scandale

Images

Banc titre

Images de Cézanne à Pontoise en compagnie de Pissarro 1874 et 1877 (2)
Cézanne allant sur le motif debout
une peinture de cette période avec détails pour montrer la technique
La maison du pendu Orsay*
Autoportrait à la casquette Moscou*

Voix de la mère

Paul va voir Monsieur Pissarro, un mal aimé lui aussi. Paul m'a dit de lui c'est l'humble et colossal Pissarro.

Il a bonne opinion de Paul, Paul prend confiance en lui
J'en suis sûre, le mal du pays l'étreint s'il pense à moi.

 

Images

vues aériennes
Marseille
vue de la Canebière
du port moderne

Banc titre

photo de Gabrielle Zola

 

Voix de Cézanne

" Quand on est né là-bas, c'est foutu, rien d'autre ne vous dit plus. "
J'irai à Marseille
" cette capitale à l'huile de la France, comme Paris peut l'être au beurre, tu n'as pas l'idée de l'outrecuidance de cette féroce population.
Après tout ce n'est pas loin d'Aix

 

Séquence 2 L'Estaque (1870-1885)

 

Images

vues aérienne des calanques
Vue du vieux port

 

Voix commentaire 2

1870 , la France est un pays envahi, défait.
Emile Zola vient d'épouser Gabrielle elle rêve d'aller
à Aix, cette Athènes du midi, dont Emile lui parle tant de l'Estaque, près de Marseille
où se trouve Paul

A l'Estaque, Paul se cache, et déserte
Ce violent refuse la guerre
Emile le soutient, l'encourage quand il s'effondre
Paul a l'impression de n'arriver jamais à rien

 

Images

vues de l'Estaque
Les îles et le lointain
Vue de la maison de sa mère des rues de L'Estaque
l'église, les toits

 

Voix commentaire 1

Paul à l'Estaque affronte le motif

Images

Le vallon des Auffes le port les bateaux de pèche, les filets, les mouettes, le poisson que les pécheurs ramènent, les oursins, les mouettes, une conversation entre des pêcheurs, entre deux personnes très âgées un homme et une femme
vue sur les îles au coucher de soleil

 

Voix commentaire 2

Là, ... la mer est d'un bleu intense
c'est un coin de l'orient entrevu

C'est Marseille, avec ses odeurs, avec ses couleurs trop vigoureuses, avec ces plats, avec ce plat de Brandade dont Renoir qui vint chez Cézanne dira : " C'est l'ambroisie des dieux retrouvée, il faut manger ça et mourir"

 

Images

La maison de P. Puget à l'Estaque

 

Banc titre

Maisons en Provence Washington ( la maison de Pierre Puget)
Lumière froide puis progressivement chaude : accentuation des formes
Portrait de Pierre Puget
et une sculpture
voir l'amour de Puget repris par Cézanne dans
Nature morte avec l'Amour en plâtre Stockholm
ou l'Amour en plâtre Courtauld*

 

voix commentaire 2

Tout y est un vaste tableau

De 18770 à 1884, Paul Cézanne n'osant affronter son père y fait plusieurs séjours. Il y découvre que la couleur crée la forme
" Quand la couleur est à sa richesse, la forme est à sa plénitude " écrirat-il
Une géométrie épurée s'y prépare
Le marbre la plénitude vibrante
Telles les sculptures, les bâtiments de Pierre Puget qu'il admire, génial inventeur à l'age classique.

 

Images

l'Estaque de la Fondation Rau*

détails peinture sans les paroles
jaunes et bleutées au loin, les maisons aux toits rouges vifs qui tranchent sur les bleus intenses de la mer et les verts nuancés des feuillages.
Musique discordante

 

Voix commentaire 2

Son père a réduit de moitié sa pension. Emile l'invite souvent chez lui à Médan. Comme celles de tous les impressionnistes, ses uvres sont refusées, et invendables. Emile les défend dans ses articles.

A l'Estaque, Cézanne poursuit son travail

Images

L'Estaque, vue du golfe de Marseille Orsay*
le Golfe de Marseille, vu de l'Estaque Chicago*

détails

Voix commentaire 1

La mer immobile se surélève de façon inattendue et projette le dernier plan, la côte et les montagnes sur le devant de l'uvre. Cézanne a recours à la planimétrie et abandonne la perspective classique qui régnait depuis la Renaissance sur la peinture occidentale. Dorénavant l'espace devient un plan perçu par le spectateur de plusieurs endroits à la fois.

 

Images

Banc titre
Le viaduc à l'Estaque Helsinki*
2 peintures (Cantini Marseille)*
de Braque et Dufy

 

Les jeunes peintres ne s'y tromperont pas. Georges Braque, Raoul Dufy et Pablo Picasso feront de Cézanne le fondateur du Cubisme

 

Images

vue du village de Gardanne et de son industrie
d'une colline en fond la St Victoire
puis vue des usines seules

Banc titre

Gardanne Brooklyn*

une peinture de Klasen une porte métallique (un bruit de porte)

 

Voix commentaire 1

Le développement industriel incessant pousse l'artiste
vers Gardanne petit bourg à proximité d'Aix.

 

 

Séquence 3 la Sainte-Victoire

 

Banc titre

La Sainte Victoire vue de Gardanne Washington

 

Voix Cézanne

" il y aurait des trésors à emporter de ce pays-ci qui n'a pas trouvé encore un interprète à la hauteur des richesses qu'il déploie. " .

 

Images

vue de la St Victoire en bas
de l'écran avec beaucoup de ciel en silence

Banc titre

Autoportrait à la palette (Zurich)*
zoom avant sur la tête

Voix de Paul

Moi, Cézanne, en ce 19 janvier 1887, j'ai maintenant 48 ans
Je caresse l'espoir d'être accepté cette année au Salon académique de Paris

 

Images

vue de Bellevue

Banc titre

Bellevue Washington

Renoir, mon ami est venu me voir. Il est en convalescence à Bellevue. Ma mère et moi, nous le soignons.

 

Images

suivre une femme de dos dans les petites rues d'Aix
près de la Cathédrale on la perd dans le cloître

 

Que m'est-il arrivé?
Ce printemps, cela fera deux ans, je vous ai vue et vous m'avez permis de vous embrasser. A partir de ce moment un trouble profond n'a pas cessé de m'agiter

Ne vaut-il pas mieux encore manifester un sentiment que de le cacher ?
Et l'attente de vos lettres que je dissimulais

Allons! Allons!
Cela n'était qu'égarement.

 

Images

Banc titre
portrait d'Hortense aux cheveux dénoués Washington
portrait du fils de l'Artiste

Je me devais d'épouser Hortense qui m'a donné un fils il y a 14 ans.
Il me faudra vous peindre maintenant.
Toi, Hortense, ma famille ne t'aime pas. Et moi?

 

Images

un livre qui s'effeuille L'uvre

Banc titre

Photo de Zola dans son bureau
Médan aquarelle
Autoportrait Orsay

O vil printemps 1886.
Suis-je Claude Lantier? Emile le romancier
Emile l'ami m'a mis dans l'Oeuvre, son livre, un beau succès en perspective encore!
Je suis le peintre raté sans d'autre génie que son suicide, je suis Lantier.
Je n'irai plus vers Zola, c'est notre jeunesse qui a passé.
Cézanne- Lantier, mon nom !
Emile n'a donc jamais cru en moi, lui non plus.

 

Images

Le Jas de Bouffan
la tombe de la famille Cézanne cimetière St-Pierre
au fond la St Victoire

Banc titre

 

O vil automne 1886
J'ai enterré mon père .Cet homme de génie m'a laissé 25.000 F de rente. Cet homme de génie ! Moi son fils ou son échec, j'ai mal.
Cet argent, son argent, s'il m'appartenait pour rien, pour rien ? !

 

Images

Banc titre
Carrousel de la Sainte Victoire
La SV vue de Monbriand*
La SV vue de Bellevue*
La SV vue de Bibémus
La SV vue de Saint Marc*
La SV vue de Tholonet*
La SV vue de Lauves*

 

Je suis seul, que j'aille au motif seul
que cette montagne m'apaise
laisse- moi t'approcher
j'irai lentement vers toi.
je soulèverai le voile de ces frondaisons qui te cachent
je te surprendrai à l'aube
j'embrasserai la lumière du soir qui te revêt

O éternité de ta naissance
ni cube ni triangle
ni l'éclat changeant du jour
Non ta présence s'avançant
entre les flots de couleurs, unifiant
l'air impalpable et la matière opaque

laisse moi te soulever.

 

Images

Passage au noir

Banc titre

Voix du commentaire :

1887 : le salon refuse encore l'envoi de Cézanne
L'on voit grandir le succès de Renoir, de Monet , des amis impressionnistes
Cézanne reste invendable

 

 

Séquence 4 BIBÉMUS et CHTEAU NOIR

 

 

Images

L'entrée de la Cathédrale les portes les sculptures
travelling à l'intérieur comme si Cézanne venait
s'asseoir sous le triptyque de N Froment

détails du tableau et gros plan sur Moïse

Banc titre

Portrait de l'artiste au béret

Voix Cézanne

Je travaille opiniâtrement, j'entrevois la Terre Promise. Serai-je comme le grand chef des Hébreux ou bien pourrai-je y pénétrer ? L'Art est en effet, un sacerdoce, qui demande des purs qui lui appartiennent tout entiers. "

 

Images

Vue du cabanon Cézanne à Bibémus
Visite des carrières

Banc titre

photo de Cézanne
L'homme marchant dans les carrières

Voix Cézanne

Hier, j'ai reçu à "Bibémus" Numa Coste et Emperaire. Je voulais leur montrer ce lieu magique. Ces vieilles carrières de pierres , cet amoncellement de roches frappe ma sensibilité. On se trouve en face d'un paysage inoubliable avec la Sainte-Victoire comme fond. C'est vaste et intime à la fois.

Images

Vue du Château du Tholonet et du restaurant Bernes
vue des carrières et de la sculpture de Solari toujours aux carrières

Banc titre

 

Voix de Cézanne

Philippe Solari travaille la pierre à mes côtés nous déjeunons au Tholonet d'un canard aux olives.

 

Images

Vue de la St Victoire des carrières

Banc titre

La St Victoire vue des carrières Baltimore
puis La carrière de Bibémus Essen
détails

 

Voix de Cézanne

La SV semble toute proche

Voix de Cézanne

" Le principal dans un tableau, est de trouver la juste distance. Or, la nature, pour nous hommes, est plus en profondeur qu'en surface, d'où la nécessité d'introduire dans nos vibrations de lumière, représentées par les rouges et les jaunes, une somme suffisante de bleutés pour faire sentir l'air.

C'est là qu'on reconnaît le talent d'un peintre. "

 

Images

Banc titre

Le rocher rouge Orangerie*

 

Voix de Cézanne

Ce paysage n'est pas tourmenté,
la falaise tombe du ciel mais elle naît de la végétation scintillante

 

Images

vues des carrières

Banc titre

Rochers et branches à Bibémus Petit Palais*
Rochers près des grottes au-dessus de Château Noir Orsay

Voix de Cézanne

Rochers et branches se nourrissent
les uns des autres Ne le voyez-vous pas ?

Images

un chemin et château Noir la Sainte Victoire

Banc titre

Le Château-Noir et La Montagne Sainte-Victoire Tokyo*

Voix de Cézanne

Le Jas de Bouffan ne m'appartient plus
Nous avons mis en vente notre maison
Il me faudrait habiter au Château Noir, aux pieds de la Sainte-Victoire.
Le propriétaire ne me loue qu'une petite pièce.

Images

Banc titre

La Citerne Princeton
La Meule Philadelphie

détails

Rien ici ne s'est accompli, la bâtisse est inachevée
les blocs s'amassent, la broussaille envahit
et cache la mort, ces citernes, ces meules;
tout sombre et s'écroule.

 

Images

Banc titre

Bouquet de Pivoines dans un pot vert Coll. Part

 

O mère, tu m'as quitté l'automne dernier
ou l'an d'avant, je ne sais plus, le Jas est vendu
je peins par petites touches, du blanc reste
sur ma toile.

 

Séquence 5 L'atelier des Lauves

Images

Vue d'Aix de l'atelier la tour de la cathédrale, la chaîne de l'Étoile
visite de l'atelier

Banc titre

aquarelle sur la cathédrale Alex family New York*
photo Cézanne devant les grandes baigneuses

Voix commentaire 2

En 1902, Paul Cézanne installe son atelier
sur les hauteurs d'Aix. De là, il domine
la tour de la cathédrale Saint-Sauveur,
et dans le lointain voit la chaîne de l'Étoile.

Images

vues de la Sainte Victoire des Lauves

Banc titre

En montant un peu, à l'est, il est face
à sa montagne
Quelques compositions de ces oeuvres provoquent l'admiration de jeunes artistes.

 

Images

Banc titre

Les grandes baigneuses peinture Philadelphie*
Le Jardinier Vallier coll. part Suisse
ou Portrait de paysan coll. Thyssen
Les Joueurs de cartes Orsay*

 

Voix commentaire 1

Les critiques restent très violentes
Sa peinture est lourde, laborieuse, laide
écrit-on, elle est massive, inélégante
"L'esprit souffle où il veut, il n'a jamais soufflé chez Cézanne"
Il peint beaucoup, sans cesse
natures mortes, portraits, aquarelles,
compositions très structurées

Images

La Montagne Sainte-Victoire vue des Lauves Bâle Galerie Beyeler*

La Montagne Sainte-Victoire vue des Lauves Bâle Musée

Banc titre

Photo Cézanne sur le motif des Lauves

Voix de Cézanne

" Arriverai-je au but tant cherché, et si longtemps poursuivi. - Je le souhaite, mais tant qu'il n'est pas atteint, un vague état de malaise subsiste, qui ne pourra disparaître qu'après que j'aurai atteint le port "

Images

le ciel et des nuages

Banc titre

Voix commentaire 1

Ses nombreux visiteurs l'interrogent
il tente de s'expliquer
il écarte ses mains
rapproche lentement ses doigts
les joint, les serre en les crispant

 

Images

une même vue de la Montagne vue des Lauves
Alternance réel/peinture

Banc titre

La Montagne Sainte-Victoire vue des Lauves Zurich
La Montagne Sainte-Victoire vue des Lauves Moscou*
La Montagne Sainte-Victoire vue des Lauves Philadelphie*
détails-gros plans

 

Voix de Cézanne

Voilà ce qu'il faut atteindre
il ne faut pas qu'il y ait une seule maille trop lâche, un trou par où l'émotion, la lumière, la vérité s'échappent

Je rapproche dans le même élan,
la même foi tout ce qui s'éparpille
Tout, comprenez-vous ?
la nature vue, la nature sentie, toutes deux doivent s'amalgamer pour vivre d'une vie moitié humaine moitié divine
La vie de l'art, écoutez un peu, la vie de Dieu.

Images

Sainte Victoire vue des Lauves

Banc titre

archive un homme sur une charrette sur le cours Mirabeau

Voix du commentaire 2

Sans cesse, il va au motif,
il bat la campagne, ou se retire dans son atelier.

 

Images

Banc titre

Le Cabanon de Jourdan Rome
Crâne sur une draperie coll. Part
Autoportrait coll. part

 

Voix du commentaire 2

Le 15 octobre, il est surpris par un orage
il est transporté inanimé
Le lendemain il repart sur un motif.

Mais le 23 octobre il meurt, âgé de 67 ans.
Il aimait ces vers du poète Alfred de Vigny

" Seigneur vous m'aviez fait puissant et solitaire
Laissez moi m'endormir du sommeil de la terre. "

 

Images

Banc titre

Mardi Gras Moscou

Voix du commentaire 1

Les jeunes artistes le reconnaissent comme leur maître
Picasso s'écrie :

" Cézanne, il est comme notre père à nous tous. "

Images

Banc titre

Fond blanc et on écrit la phrase

 

Je vous dois la vérité en peinture

signature de Cézanne.

 


Van Gogh

VINCENT VAN GOGH EN PROVENCE

 

 

SEQUENCE I SANS TITRE

IMAGES

Seq : 1 Ext Jour : Le soleil, le sable, la mer
Seq : 2 Ext Jour : des vergers en fleurs
Seq : 3 Ext Jour : les Alpilles
Seq : 4 Ext Jour : le Rhône
Seq : 5 Ext Jour : vues d'Arles
Seq : 6 Ext Jour : de femmes, de fleurs

BANC TITRE

BT 1 verger en fleurs
BT 2 Arles sous la neige
BT 3 le semeur
BT 4 les chaussures

Commentaire (homme)

Que savoir du Japon qui valle un verger en fleurs,
un semeur perdu dans les tourbillons célestes
une gerbe de blé, le vent tordant les arbres et ployant les branches ?
Aucun traité aucun relevé pesant par sa métrique ne diront autant qu'une toile de van Gogh sur le pouvoir incessant du monde à se créer
sur l'infini qui réside même dans le lobe d'une oreille.

Nul savant ne dira l'intuition souveraine de ces estampes que van Gogh collectionne mystiquement, là où l'action s'exempte du sujet, à l'instar du précepte taoïste " laissons nous à la nature ne faisons rien".

Et van Gogh d'écrire " on ne saurait étudier l'art japonais sans devenir beaucoup plus gai et plus heureux". Ne faisons rien d'autre préférons accéder à un devenir plutôt qu'à un avenir et constituer une oeuvre comme la nature sait le faire.

Ici, je suis au Japon, Arles ou l'île du soleil levant !
On y construira l'atelier des artiste nouveaux un asile chaleureux
sans d'autre folie que l'art

les femmes y sont belles .
Ce qui est l'équivalent du Japon c'est le Midi " l'avenir de l'art nouveau est dans le Midi " L'insistance est grande !
Tous ces paysages sont incessants comme les sautes sonores du Mistral et les crues du Rhône comme les Alpilles violettes "L'Art japonais cela ne finit pas"
L'ascèse le travail sont nécessaires le peintre devient moine soldat d'un absolu multiple.

Et parfois tout sombre et s'hallucine en des nuits extatiques

 

SEQUENCE II AU JAPON

 

IMAGES

Seq : 1 Ext Jour : paysages de la Crau,
Seq : 2 Ext Jour : des vignes
Seq : 3 Ext Jour : paysages de Montmajour

BANC TITRE

BT 1
BT 2 Arles sous la neige
BT 3

VAN GOGH

Mon cher Théo,

Maintenant je te dirai que pour commencer il y a partout au moins 60 cm de neige de tombé et il en tombe de partout.
Ici à Arles le pays paraît plat. J'ai aperçu de magnifiques terrains rouges plantées de vignes avec des fonds de montagnes du plus fin lilas

Le ciel est d'un bleu pur avec un grand soleil brillant, le vent est froid et sec
J'ai vu de bien belles choses, une ruine d'abbaye sur une colline plantée de houx, de pins, d'oliviers gris

Nous attaquerons cela sous peu

IMAGES

Seq : Ext Jour : un chemin bordé d'arbres

BANC TITRE

BT 1
BT 2 Autoportrait

Commentaire (homme)

Fin février 1888, VG a découvert Arles. C'est le fils d'un pasteur hollandais aux cheveux rouge. Il a 35 ans, il sait maintenant qu'il est peintre, malgré ses gaucheries et un apprentissage irrégulier. Il sait aussi qu'il doit faire ici son oeuvre ou bien tout serait vain.

IMAGES

Seq : Ext Jour :

BANC TITRE
BT 1
BT 2

Théo :

Il fait froid. Il est seul. Une modeste pension lui sert de toit.
Sa vie à Paris, auprès de moi son frère Théo, l'a laissé épuisé sans force pour peindre Trop de travail déjà pour trop peu de nourriture terrestre
Mais tant d'amis peintres Gaugin Toulouse-Lautrec, Signac, E Bernard et moi Théo son dévoué!

IMAGES

Seq : Ext Jour :

BANC TITRE

BT 1 des arbres en fleurs
BT 2 la place avec Ste Trophime travelling et gros plan
BT 3 les arènes un taureau détail

 

VAN GOGH

Ici, je vois du neuf, j'apprends, mon corps ne me refuse pas ses services.
J'ai deux études d'une branche d'amandier déjà en fleur.
Quand est ce que l'on verra une génération d'artistes qui aient des corps sains ?
Je suis dans une rage de travail puisque les arbres sont en fleurs. L'air d'ici me fait décidément du bien. J'use énormément de toiles et de couleurs.
Il y a ici un portique gothique que je commence à trouver admirable, le portique de Ste Trophime
Hier j'ai encore vu un combat de taureaux les arènes sont belles lorsqu'il y a soleil et foule

J'ai une fièvre de travail continuelle

IMAGES

BANC TITRE

BT 1 verger
BT 2 verger
BT 3 détails

Commentaire (homme)

La première série qu'il effectue est composée de vergers en fleurs Il supprime les ombres qui renvoient à une source de lumière extérieure. Chaque objet brille en quelque sorte par lui-même

Ses couleurs sont vives en comparaisons de celles des impressionnistes.

IMAGES

Seq : Ext Jour : La sainte Victoire vues d'Aix
Seq : Ext Jour : les Saintes Maries, la mer
Seq : Ext Jour : La Camargue
Seq : Ext Jour : les oiseaux les taureaux les chevaux la canisse roseau

 

BANC TITRE

BT 1 les roulottes
BT 2 vues des Saintes
BT 3 les barques

Théo

Il m'écrit presque tous les jours.
Il songe à Cézanne le peintre d'Aix. Il se dit "Tiens je suis arrivé juste à des tons au père Cézanne"
Il lit Zola, Daudet, Maupassant, Loti.
Il est allé aux Saintes Maries de la Mer, célèbre par son pèlerinage Gitans. Il y découvre la Méditerranée bordée d'une plage d'un ton violacé et roux pâle et de buissons bleus de Prusse.

Il s'écrie "sentir qu'il faut encore outrer la couleur davantage".

IMAGES

Seq : Ext Jour : La Camargue
Seq : Ext Jour : les oiseaux les taureaux les chevaux les roseaux
Seq : Ext Jour : Paysages de la Crau
Seq : Ext Jour : Montmajour

BANC TITRE

BT 1 dessin de paysage au roseau
BT 2 Montmajour
BT 3 paysage de la Crau vue de Montmajour

Théo :

Soudain les paysages de la Camargue lui évoquent la Hollande, voilà une autre série qui pourrait plaire à des marchands de tableaux de notre pays natal.
Il peint à l'encre avec des roseaux taillés pour économiser les couleurs, réduire ses dépenses. L'argent que je lui envoie jamais il ne le dilapide. Il n'a que faire de se nourrir de se loger.
Il ne me ruine pas, il se ruine.
Il aime la Crau, un pays plat, âpre. Il va à Montmajour une abbaye en ruine adossée aux rochers d'où la vue s'étend au loin si loin.

IMAGES

Seq : Ext Jour : Le pont Langlois
Seq : Ext Jour : vues d'Arles
Seq : Ext Jour : Paysages de la Crau
Seq : Ext Jour : Montmajour

 

BANC TITRE

BT 1 Le pont Langlois
BT 2 détails de tableaux précédents

Théo :

Il est au pont Langlois qui enjambe un canal allant à la mer.
Il se souvient des vieux peintres hollandais et des estampes lumineuses
Ce pont réunit ce qu'il aime sa Hollande natale et le lointain Japon.
Car il n'habite pas Arles, ni le Midi, il est au Japon.
Il se donne à la simplicité des lignes et à l'éclat de la couleur, enfin muni d'un geste rapide, et si sa palette intensifie les couleurs c'est afin de parvenir de nouveau au calme et à l'harmonie de la vie puissante qui pousse sans cesse en avant

Il m'a dit "L'art japonais cela ne finit pas". Son art commence achevant les débuts!

 

SEQUENCE III MILLE URGENCES

 

 

IMAGES

Seq : 1 Ext Jour : Champs de blé
Seq : 1 Ext Jour : une route

BANC TITRE

BT 1 séries de tableaux
BT 2
BT 3

Commentaire (homme)

Au début du mois de juin après un printemps glacé par le vent du nord la chaleur s'abat d'un seul coup.
C'est en allant aux Ste Maries que Vincent découvre les champs jaunes prêts à la moisson
L'urgence surgit il faut agrandir les toiles dresser un catalogue de ces nouveaux motifs brûlants que la nature lui livre partout, très vite, à l'infini
Quelle est cette collection que van Gogh prépare ? En est-il une plus dissemblable ?

Et cette hâte affolante ?

 

IMAGES

Seq : 1 Ext Jour : Le soleil, les champs paysages de Crau
Seq : 2 Ext Jour : vues du Rhône
Seq : Ext Jour : les oliviers avec vue sur l'aqueduc romain (Fontvieille)

 

BANC TITRE

BT 1 portrait de Patience
BT 2 Oliviers
BT 3

VAN GOGH

Je travaille dans les blés en plein soleil sur un champs labouré un grand champs de mottes de terre violettes montant vers l'horizon un semeur en bleu et blanc
Sur tout cela un ciel jaune avec un soleil jaune
J'espère bientôt t'envoyer une vue du Rhône où le ciel et le fleuve sont couleur d'absinthe les quais d'un tons lilas avec dans le fond bleu une note orangée vive et une note verte Véronèse intense
J'ai commencé par un portrait et recommencerai par un autre
J'ai gratté une grande étude peinte un jardin des oliviers oliviers au troncs violets et carminés ciel citron

IMAGES

Seq : 1 Ext Jour : Montmajour
Seq : 2 Ext Jour : vues du Rhône, des péniches
Seq : Ext Jour : les oliviers avec vue sur l'aqueduc romain (Fontvielle)

 

BANC TITRE

BT 1 dessin de Montmajour
BT 2
BT 3

Je rentre d'une journée à Montmajour cela me fait 3 dessins lorsque j'en aurai 12 je te les enverrai
Hier j'étais au soleil couchant dans le fond une ruine sur la colline et dans le vallon du blé
J'ai vu un très grand bateau chargé de charbon sur le Rhône Il est tout luisant d'une averse l'eau était d'un blanc jaune et gris perle trouble le ciel là bas et la ville violette

 

IMAGES

Seq : 1 Ext Nuit : vues du café VG
Seq : 2 Ext Nuit : vues des rues
Seq : Ext Jour : les oliviers avec vue sur l'aqueduc romain (Fontvielle)

 

BANC TITRE

BT 1 Le café la nuit
BT 2 détails
BT 3 Patience
BT 3 les tournesols

J'ai commencé l'intérieur du café où je loge
C'est un café de nuit ouvert toute la nuit des rôdeurs de nuit y trouve asile lorsqu'il n'ont pas de quoi se payer un logement Un cabaret assommoir !
J'ai voulu peindre un vieux paysan qui avait énormément de ressemblance avec notre père dans les traits
Ah ! ces jardins de ferme avec les belles roses de Provence rouges les vignes les figuiers
J'ai deux études de chardons dans un terrain vague et une petite étude de forains

IMAGES

Seq : Ext Jour : des champs de tounesols et de lavandes
Seq : Ext Jour : le jardin Arles

BANC TITRE

BT 1 Portrait d'Eugène Boch
BT 2 détails
BT 3 les tournesols
BT 3 jardin d'été

J'ai trois toiles en train les tournesols rien que de grands tournesols le tout sera une symphonie en bleu et en jaune J'y travaille tous les matins car les fleurs se fanent vite
J'ai passé la journée avec ce belge Boch dont la sur et peintre
Sa tête fine au regard vert se détache sur un ciel étoilé je rêve de ce tableau il y a très longtemps

Je voudrai dire quelque chose de constant comme la musique quelque chose de plus grand que moi je ne sais quoi d'éternel

Exprimer l'espérance par quelques étoiles l'ardeur d'un être par un rayonnement de soleil couchant

Je suis allé continuer un tableau de jardin ensoleillé" Ici la nature est extraordinairement belle Cela me fait trois tableaux de jardin.

 

IMAGES

Seq : 1 Ext Nuit : vues du café VG
Seq : 1 Ext Nuit : vues du billard

BANC TITRE

BT 1 Le café la nuit
BT 2 détails

Souvent il me semble que la nuit est plus vivante et plus richement coloré que le jour le café de nuit la salle est rouge et jaune sourd un billard vert au milieu C'est partout un combat des verts et des rouges dans la salle vide et triste du violet et du bleu, J'ai cherché à exprimer les terribles passions des hommes

Et puis il y aura...

IMAGES

Seq : 1 Ext Jour : paysage dans le vent

BANC TITRE

BT 1 Photos de Gaugin
BT 2

Théo

O Vincent repose toi, laisse toi à la nature , ne te soucie du prix des couleurs. Bientôt Gaugin viendra te rejoindre. J'ai épuré ses dettes, j'ai payé son voyage. Il accepte de venir en Arles

Ce diable de Mistral m'inquiète pour tes nerfs, et ces biscuits que tu trempes dans le lait qui font ton menu journalier

Pourquoi m'écrire "le désir d'arriver est cassé, je travaille par nécessité pour ne pas tant souffrir moralement

Ton atelier va bientôt ouvrir !

 

SEQUENCE IV LE MOINE ASCETE

 

IMAGES

Seq : 1 Ext Jour : La place Voltaire

BANC TITRE

BT 1 La chambre de VG
BT 2
BT 3

Commentaire (homme)

Le projet de van Gogh est simple S'il s'installe dans la Maison Jaune aujourd'hui disparu c'est pour créer un phalanstère d'artistes
Le jaune s'est la couleur de l'accueil, de l'entraide. La chambre sera salle d'exposition.

Gaugin est le premier élu qui partagera cette vie ascétique, vouer à l'art.
Les ventes de tableaux seront partagées entre les membres
Van Gogh déclare qu'il faut soutenir le siège de l'insuccès qui durera toute notre existence

Les marins, a dit Gaugin chantent quant il faut déplacer un lourd fardeau les artistes ont à faire de même

IMAGES

Seq : 1 Ext Jour : Le soleil, le sable, la mer

 

BANC TITRE

BT 1 Photos du peintre
BT 2 Autoportrait à la Palette (M.P.)
BT 3 extrait du film de Clouzot

 

VAN GOGH

Mon cher Théo,

Ce n'était des tableaux plein de peinture Les idées pour le travail me viennent en abondance

Je marche comme une locomotive à peindre
J'ai lu il y a quelques temps un article sur Dante, Prétrarque Giotto.

Prétrarque était ici tout près et je vois les mêmes cyprès et lauriers roses Giotto est extraordinaire d'ailleurs. Je viens de peindre mon portrait

J'ai arrangé dans l'atelier toutes les japonaiseries les Daumier les Delacroix et les Géricault.
Mon grand chagrin est que tu ne puisses pas voir ce que je vois ici

A partir de 7 heures du matin, j'étais assis devant un buisson de cyprès en boule sur un parterre fleuri .

Il me reste en poche 5 francs. Il y aura, pour loger quelqu'un, la plus jolie pièce d'en haut.

Tu auras ici ta maison de campagne
Ma chambre sera excessivement simple: le lit, les chaises, la table.

 

IMAGES

Seq : 1 Ext Jour : Le soleil, le sable, la mer

 

BANC TITRE

BT 1 Photos du peintre
BT 2 Autoportrait à la Palette (M.P.)
BT 3 extrait du film de Clouzot

VAN GOGH

J'ai quand même ?

Ces 4 jours, j'ai principalement vécu de 23 cafés avec du pain et que je dois encore payer Je peux réduire mes dépenses

Gaugin est arrivé et bientôt E Bernard et d'autres peintres

 

IMAGES

Seq : 1 Ext Jour : les rues d'Arles

 

BANC TITRE

BT 1 les Alyscamps
BT 2 tournesols
BT 3 autoportrait au bandeau

Commentaire (homme)

Gaugin restera 3 mois en Arles jusqu'à l'accident du 23 décembre.
Van Gogh lui a montré les Alyscamps, cette allée bordée de tombeaux chrétiens à l'époque romaine, et les couleurs de van Gogh ont pris les teintes des tapisseries de Gaugin.
Il lui a montré ses chers tournesols et Gaugin s'est inspiré de son café de nuit
Ils ont parcouru les rues étroites d'Arles donnant aux bordels
Ils se sont découragés, fâchés. "Tue-le! ces mots ont résonné en van Gogh
Il les a entendus il les a entendus et a retourné son rasoir sur son oreille hallucinée

IMAGES

Seq : 1 Ext Jour : L'espace VG ancien Hôpital

 

BANC TITRE

BT 1 portrait de rey
BT 2 la cour de l'hôpital
BT 3 les folies d'Arles

VAN GOGH

Mon cher ami Gaugin,

je profite de ma première sortie de l'hôpital pour vous écrire deux mots d'amitié bien sincère et profonde.
J'ai beaucoup pensé à vous
Rassurez mon frère dites lui que la blessure se ferme bien
le plus redoutable serait l'insomnie

J'ai néanmoins repris le travail, un portrait de M. Rey qui me soigne
Hier j'ai été aux folies arlésiennes à une pastorale

Le travail me distrait il me faut des distractions.

IMAGES

Seq : 1 Ext Jour : St Rémy

BANC TITRE

BT 1

Théo

Mon frère est à nouveau hospitalisé. Il ne peut travailler Il pense à tous ceux qu'il connaît tout le long du jour et de la nuit il s'imagine qu'on veut l'empoisonner.

les signes de surexcitation demeurent.

Signac son ami peintre est venu le voir pour le réinstaller dans son atelier.
Il m'écrit :" Tu vois dans le Midi je n'ai pas plus de chance que dans le nord, c'est partout le même échec"

Signac l'invite à Cassis il préfère, sur mes conseils, l'hospice de St Rémy

Ma peine pour lui est immense.

 

SEQUENCE IV SAINT REMY, SAINT PAUL DE MAUSOLE

 

IMAGES

Seq : 1 Ext Jour : l'asile ST Paul de Mausole
Seq : 1 Ext Jour : l'obélisque d'Arles
Seq : 1 Ext Jour : des cyprès , les oliviers

 

 

BANC TITRE

BT 1
BT 2
BT 3

Commentaire (homme)

L'année que passe VG à St Rémy de Provence est marquée certes par 4 crises nerveuses qui le terrasse mais par la plus vibrante explosion créatrice.
A l'asile ST Paul de Mausole cet homme foudroyé sur le chemin de la peinture voit le tourment et l'angoisse de l'univers agité de mouvement incessant comme un rire panique ou un sourire céleste bienveillant
A côté du Mausolée il édifie une uvre illuminée.
Ces cyprès qui se dressent et lui rappellent des obélisque égyptiens nouveaux épées lancées vers le ciel
car les moissons sans ivraie sont maintenant mures aucun faucheur n'en viendra à bout
et sans les oliviers sacrés aux feuillages en flammèches, l'herbe et la terre se révoltent et célèbrent la vie victorieuse.

Jamais peintre ne fut plus un voyant.

IMAGES

Seq : 1 Ext Jour :

BANC TITRE

BT 1
BT 2
BT 3

VAN GOGH

Mon cher Théo,

Devant la nature c'est le sentiment du travail qui me tient

Je voulais te dire que je crois avoir bien fait d'aller ici je considère la folie comme une maladie.
En voyant la vie dans cette ménagerie je perds la peur de la chose.
Quoiqu'il y en ait qui hurlent ils ont des raisonnement fort justes; il faut souffrir les autres pour qu'ils nous souffrent

Le matin j'ai vu la campagne de ma fenêtre avec rien que l'étoile du matin laquelle paraissait très grande
Ce sera une nouvelle étude de ciel étoilé
Tu vois je recommence à travailler un peu.

Je laboure comme un vrai possédé.
J'ai une forme sourde de travail plus que jamais
Voici la liste des couleurs qu'il me faudrait blanc de zinc, cobalt, vert Véronèse, orange

IMAGES

Seq : 1 Ext Jour :

 

BANC TITRE

BT 1
BT 2
BT 3

Théo

J'ai sous les yeux le portrait que mon frère a fait de lui même, comme son visage est grave !

Autrefois il disait " Je voudrais faire des portraits qui un siècle plus tard aux gens d'alors apparaissent comme des apparitions! des apparitions !

Mon fils va naître ! je l'appellerai Vincent.

Il n'a jamais eu de famille à lui, il est mon enfant aussi

Et ses branches d'amandier qu'il m'offre pour célébrer cette naissance je vois bien qu'il les a achevées une fois la floraison passée.

 

 

SEQUENCE V L'HOMME A LA CERVELLE D'OR

 

IMAGES

Seq : 1 Ext Jour :

BANC TITRE

BT 1
BT 2
BT 3

Commentaire (homme)

Van Gogh aimait beaucoup A. Daudet cet écrivain provençal ami de Zola, autre écrivain de la région.
Il a dit de Gaugin qu'il avait le tempérament de Tartarin, mais a-t-il lu cette nouvelle racontant comment un jeune homme dans sa folle générosité donne à chacun l'or de sa cervelle jusqu'à en mourir
VG a rejoint Paris le docteur Gachet l'a accueilli à Auvers il est heureux il a vendu un tableau à la sur du poète peint autrefois en Arles des souvenirs de Provence flottent encore dans ses études des vibrations surtout.

Les crises reviennent.
À l'annonce de l'une d'elles, il pense l'arrêter par un coup de feu.
Théo ne peut survivre à cette séparation

sa raison bascule il meurt avec lui quelques mois après.

Mais ni les blés ni les tournesols ni les ciels étoilés ni les semeurs ni les arbres dans le vent n'ont cessé depuis, de se soulever, de se mesurer à l'ardeur de cet homme humble, maladroit, si prompt à aimer

 

Je sais bien que ces toiles sont de vente difficile mais plus tard on verra qu'il y a du plein air et de la bonne humeur. VG


Matisse

HENRI MATISSE EN PROVENCE

 

SEQUENCE I INTRODUCTION

 

IMAGES

homme assis de dos

BANC TITRE

Autoportrait (298R) Cateau-cambrésis

Le Rêve (375R)Pompidou

Matisse

A quel horizon de notre âme parlerons nous aujourd'hui ?

Je n'ai jamais voulu d'une vie pleine comme d'un bilan et si mon âge s'y prête, si je dois avouer que le travail fut chez moi incessant, que le succès a comblé mon attente, ce n'est pas à la plénitude que je songe, à des entassements soigneux ou à des présences compactes, c'est à des éclosions, à des courbes s'échappant d'un centre, à ces instants où j'ai vécu la rêverie même.

IMAGES

l'homme précédemment assis se lève et ouvre une fenêtre

un rideau qui se déploie

un matin plein soleil

BANC TITRE

Porte fenêtre à Collioure (254R)pompidou

Paysage vu d'une fenêtre (229R)Moscou

La mort elle aussi aura soin de ne pas être une étreinte. Concevoir le monde comme une coque, étrange idée tant son être est épanouissement . La couleur c'est un éveil de l'espace. Le peintre la débusque sous sa couche de lumière et les choses et les êtres s'avancent alors.

IMAGES

des persiennes, ombre et lumière

lumière sur des objets

BANC TITRE

Des persiennes changent en brises la lumière.

Ses tissus et ses draperies sont l'étoffe de sa vérité, parfois même le corps l'oblige à être arabesques pour mieux montrer qu'elle vérifie et rassemble.

 

IMAGES

Musique stridente exprimant le désordre cosmique

BANC TITRE

Figure décorative sur fond ornemental (342R) Pompidou

Photo de Matisse peignant (414R)

La fenêtre bleue (243R) MOMA

Madame Landsberg (249R)Philadelphie

Femme devant son aquarium (R) Chicago

Maintenant vieil homme devenu, j'adhère à tous les équilibres que j'ai entrevus, toile après toile, pour certifier de leur existence. Tout est là de l'Orient à l'Occident.

Cet espace en train de franchir ses propres limites sans renoncer à être. Je peux croire à ce que j'ai entrevu. Ma vie a pu nourrir cet effort, l'équilibre n'est pas donné, ni inventé, j'ai suscité son appel, sa venue quand notre siècle l'invitait à se retirer des hommes.

Nous parlerons ainsi mon âme

 

SEQUENCE II

1863 1909

IMAGES

Les carrières d'ocre de Roussillon

BANC TITRE

Commentaire

L'oeuvre de Matisse présente de grande continuité. La première dont il faut parler c'est une volonté architecturale : construire une anatomie, des volumes, des emboîtements

 

IMAGES

BANC TITRE

La femme au chapeau (146R) San Francisco

Autoportrait (163R) Copenhague

L'atelier sous les toits (115R) Cambridge

Luxe, calme et volupté (131R) Orsay

L'Architecte

"Construire par la couleur" est votre maître-mot. En 1905, vous êtes l'objet d'un scandale, on vous traite de "fauve", vos couleurs rugissent, sont agressives, vulgaires, brutales.

Un barbare est né, un destructeur.

Vous avez 35 ans, vous avez recopié les maîtres du Louvre, soigneusement, reçu les leçons des Impressionnistes et les avez appliquées vos tableaux alors décomposent la lumière, en petits points, une féerie colorée hante vos paysages , quel bonheur !

 

BANC TITRE

Photo de Cézanne

L'homme nu (109R)MOMA

ou Modèle dansant (111R)TATE

Vous avez en ces temps de misère vendu la bague de votre femme pour acheter un Cézanne.

BANC TITRE

Nature morte au tapis rouge (161R) Grenoble

Nu noir et or (189R) St Petersbourg

Vous écrivez :

"Si Cézanne a raison, j'ai raison ! "

Je sais que tout en vous est architecture. Vos aplats sont comme des parements, des reliefs.

Vous regarder le monde à travers des fenêtres orientales.

Le tracé ferme de vos nus, de vos portraits les lignes appuyées de vos natures mortes, c'est la matière se réalisant dans la pureté d'une forme

 

IMAGES

Un toit de tuile

le monument Sec

BANC TITRE

L'atelier rouge (2198R) MOMA

Seul un architecte peut dire comme vous :

"Je vais faire de la peinture avec des briques, je ne sais pourquoi cette expression s'est présentée."

Vos confrères sont des architectes, peintre Matisse.

Êtres et choses se dressent, s'élèvent, surgissent ou se dégagent de toute gangue informe. Vous bâtissez par la couleur !

IMAGES

BANC TITRE

Photo de Matisse à la Serpentine ( 178R)

Le luxe I (176R) Pompidou

Matisse

Éviter le manque d'unité.

Montrer que les jambes peuvent supporter le corps. La verticale de l'une va rencontrer l'épaule et l'autre décrit une courbe qui s'enfle et décroît, comme l'arc boutant d'une cathédrale.

 

IMAGES

BANC TITRE

Femmes à la rivière (267R)Chicago

Ce mollet doit ressembler à un beau vase.

Une forme physique est indéterminée.

Exagérez conformément au caractère défini par exemple un carré, un rectangle, tout devient plus grand.

IMAGES

Un danseur

BANC TITRE

Donnez aux éléments l'arrondi de leur forme, cherchez-en le volume et la plénitude.

En parlant d'un melon on se sent des deux mains pour l'exprimer d'un geste, dessiner les deux lignes ensemble aucune ne peut être lâchée en liberté toutes doivent se refermer sur une autre.

 

IMAGES

BANC TITRE

Coin d'atelier (224R) Moscou

En matière de couleur, de l'ordre avant tout

L'harmonie, c'est exprimer une vision de la couleur. Dans la nature morte, copier les objets n'est rien il faut rendre la corrélation des objets, son caractère modifié par sa relation avec les autres.

Mettez du bleu pour faire du jaune.

IMAGES

St-Tropez

BANC TITRE

Photos d'époque

Baigneuses à la tortue (190R)St Louis

Petit bol Linotype

 

L'Architecte

J'ai pensé à vos voyages en Bretagne puis en corse votre séjour à Saint-Tropez, avant l'Algérie, le Maroc et l'Italie.

J'ai su que vous avez découvert l'art nègre. Ce sont les années où l'art moderne s'invente : 1906 1909

Picasso rivalise avec vous. Il sait vos immenses audaces.

vous " réunissez le passé avec l'avenir de la tradition" Vous allez simplifier la peinture" disait votre maître Gustave Moreau.

C'est la pureté retrouvée des assises du monde.

Vous dites un luxe et un calme possible.

Construire c'est croire que douceur et force sont compagnes

 

SEQUENCE III

1909 -1916

IMAGES

le danseur

Commentaire

Mais Matisse c'est aussi la danse. c'est un thème omniprésent. Le danseur donne une forme à l'espace , le dilate à sa mesure.

IMAGES

le danseur

Bassin avec poissons rouges

BANC TITRE

Les poissons rouges (227R) Moscou

Le danseur

Ne croyez pas que la danse soit un art de dominer l'humanité, de s'en extraire et de l'alléger.

Vous, Matisse, n'avez pas de mépris.

Et ce n'est pas non plus un corps soumis au vertige ou à la paresse, non ! Vous avez vu qu'un poisson dans un bocal danse parce qu'il ignore le verre qui le retient et même l'eau qu'il traverse.

 

IMAGES

vues sur Nice d'une fenêtre

BANC TITRE

Sylphide (202E) Privé

La Sieste (167E) Pompidou

La Famille du peintre (213R) St Petersbourg

La déserte(187)St Petersbourg

Vous avez vu que par l'embrasure d'une fenêtre, un paysage tend à rentrer sur la pointe de ses couleurs comme une ballerine fardée et le mol alanguissement de vos corps donne à l'espace le soin de vibrer.

Le premier plan s'éloigne et l'arrière plan s'avance, pas de danse, s'il en est.

Et vos corps comme paralysés, immobilisés dans l'attente éternelle s'enfuient en de longues arabesques, poursuivent un décor où ils s'infinisent et se meuvent.

Comme ce mouvement de bras et de tête déploie la grâce d'une bayadères.

 

BANC TITRE

Le petit déjeuner (322R) Philadelphie

Et parfois alors le repos est donné à vos portraits songeant, en des rêves lointains, faisant échapper le mouvement hors de toute matérialité visible.

IMAGES

BANC TITRE

images du film Matisse de François Campaux, Pompidou

La Danse Paris ou MOMA

Matisse

La danse ne se voit pas toujours, elle est antérieure à la forme. Quand je peins, mon pinceau hésite, multiplie dans l'espace ces possibles pointe d'attaque, évite et feint puis s'applique.

La danse a eu lieu, la couleur avive une ligne, tel est son pouvoir. Il faut courtiser la couleur, l'amadouer et l'enserrer. Mes personnages, s'ils sont statiques, portent en eux, invisible, le pouvoir de cette danse créatrice, et s'ils sont mobiles, c'est pour te prendre par la main et continuer leur ronde au delà.

IMAGES

église russe de Nice. Icônes

BANC TITRE

La danse St Petersbourg

 

J'ai beaucoup aimé l'art oriental.

Il ne décrit pas la réalité, ne se ferme pas à ces évidences, il n'affiche pas d'émotions, il ne raconte pas.

On le croit, comme la danse, une décoration parfois superflue.

Quand on m'a commandé la Danse en 1908, j'ai étiré les bras et les corps pour qu'ils ne disent pas "je danse" mais qu'ils le signifient.

Car l'art oriental ne parle pas mais compose avec l'univers, se fond avec ses lignes et ses déformations continues.

 

IMAGES

Le danseur à terre

BANC TITRE

Le nu bleu, Biskra (167 R) Baltimore

Et j'ai dilaté l'espace il fallait que mes natures mortes, mes portraits et mes nus aussi succombent à cette ouverture, à une telle flottaison, que leur nature parfois cubiste à cette époque rappelle qu'une disposition, un vide ou une disproportion sont des signes d'émotion, d'une vie intérieure qui s'expose comme le fait ton pauvre corps de danseur.

IMAGES

le danseur

BANC TITRE

Le danseur

Et la guerre est venue ses tranchées et ses morts, mais vous n'avez cessé de rappeler l'intégrité souveraine des êtres vous n'avez cessé de vous étonner des visages humains, de l'immensité que leur corps à leur insu dégage.

 

IMAGES

la mer bleu et le danseur en fondu

BANC TITRE

Matisse

J'étudie beaucoup mon sujet, je le rends comme en chantant. L'espace a l'étendue de mon imagination.

 

SEQUENCE IV

1916 -1940

 

Commentaire

Il se dégage des tableaux de Matisse, une musique intérieure délicate, une musique de chambre pour des confidences.

 

IMAGES

un violoniste

une rue travelling arrêt musique qui sort d'une fenêtre

BANC TITRE

La leçon de piano (263R) MOMA

La musicienne

Un chevalet vaut pour le peintre comme pour le violoniste.

Si la musique ne se représente pas, entre les persiennes des demeures niçoises, voici qu'un piano répond au bruit des palmes, si vous vous installez à Nice, c'est que Nice est un décor d'opéra, ses vieux hôtels ont de jolis plafonds à l'italienne et de vieux salons rococos.

 

IMAGES

Vues de Nice, de fenêtre, la lumière

La lumière qui filtre des volets vient dans dessous comme d'une rampe de théâtre, vous aimez le bruit de la mer montant jusqu'aux balcons, le grand froissement de la lumière à travers les gazes et les rideaux, le silence des après-midi est comme un soupir dans l'air bruissant ou l'agitation des promenades et des rues.

BANC TITRE

Intérieur au violon ( R) Copenhague

Jeune femme à la fenêtre (170E)Baltimore

Parfois une conversation délicate rompt l'ébauche d'un rêve devant un miroir où Orphée chante sa peine muette.

 

BANC TITRE

femme assise avec un livre (146E)Philadelphie

Et ces odalisques aux membres voluptueux sont des Eurydices que seule sa voix réveillerait.

 

BANC TITRE

Odalisque à la culotte rouge, Pompidou

Ce sont des reines orientales écoutant le cliquetis d'une fontaine, la vapeur brûlante soulever le couvercle d'une théière pour un thé à la menthe.

 

BANC TITRE

Nature morte (179E) Philadelphie

Ce sont des lectrices recueillis que le crissement des pages tournées signale encore et j'ai même surpris sur les guéridons d'un couloir les fruits d'une corbeille s'ouvrir d'un trop plein de soleil et de tendresse.

 

IMAGES

Les couleurs pures

BANC TITRE

Autoportrait (298R)

Le rideau jaune (258R)coll. S Han

Maintenant votre pinceau sur la toile sèche est la baguette magique d'un chef d'orchestre admiré de ses surs les couleurs. C'est un univers musical que vous peignez sans aucun doute.

IMAGES

vues sous marine

BANC TITRE

Femme à la fontaine 286R) Privé

les Plumes blanches (313R) Minneapolis

Photos Matisse Barnes

La danse Paris

Matisse

Depuis 1921, je vis moitié à Paris moitié à Nice.

Mes modèles Laurette, Antoinette, Henriette sont mon théâtre, elles voient bien que chaque toile est un combat pour l'harmonie, en 1930 je suis allé à New York, j'irai même jusqu'à Tahiti.

Est-ce normal qu'un homme à la soixantaine songe à peindre une fresque pour un riche américain, le Dr Barnes.

J'ai 52 m2 devant moi, je me suis dépêché au travail poussé par je ne sais quoi, ce sera La Danse. Il faut que l'on ne sente pas plus les murs que les poissons la mer

 

IMAGES

BANC TITRE

La Danse Paris

Musique (205R) St Petersbourg

Le Luth (409R) Privé

La musicienne

Là-haut, sous les arceaux, votre fresque reprend le thème du Bonheur de vivre de 1906 et de la Musique de 1910.

Ce sont des loges pour chanter dont le choeur célèbre la musique des sphères, l'allégresse cosmique.

Reprendre un thème est un leitmotiv. Matisse vous repoussez les murs, votre ronde emporte notre cur.

Bientôt le vôtre battra pour Lydia, un flot de lyrisme vous envahira à nouveau. Vous reprendrez plusieurs fois le même tableau comme autant d'interprétations d'une uvre, de votre amour pour la beauté.

Et un luth entre vos mains épanouit autant de fleurs qu'un lourd bouquet de senteurs dans le soir

 

IMAGES

Ballade dans un jardin fleuri

BANC TITRE

O femmes de combien de correspondances êtes-vous la clef ?

"Comme de long échos qui de loin se confondent

les parfums, les couleurs et les sons se répondent"

Baudelaire ne dit-il pas aussi :

"Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige,

un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir ! "

fondu au noir

 

En 1940, le néant vaste et noir de la maladie et de la guerre est près de vous, O maître.

 

SEQUENCE V

1940 1954

 

IMAGES

le danseur

BANC TITRE

Intérieur au rideau égyptien (443R) Philips W.DC

Commentaire

Un peintre ne devrait avoir rien à dire, sa peinture parle pour lui. Matisse n'a jamais aimé les peintres bavards, mais sa parole peinte devient chez lui de plus en plus un verbe

 

IMAGES

BANC TITRE

Photo Matisse dans son fauteuil roulant (412R)

Photo Matisse alité

Le pas du patineur "le lancé"

Le poète

Il vous semble être dans une seconde vie après une opération où vous avez risqué de mourir.

Être poète c'est apprendre à ne plus mourir à ne plus laisser la mort agir, même en ces temps d'occupation et d'arrestation. Voici votre résistance, lorsque votre femme et votre fille sont arrêtées, vous lisez les Amours de Ronsard les sylphides et les danaïdes hantent votre imagination. Autour de votre lit, voici "le troupeau nymphal des gentilles Naïades"

IMAGES

BANC TITRE

Dessin d'Aragon

Vous recevez Aragon, savez-vous ces vers de contrebande qu'il polit alors :

"Le malheur m'a pris à la Flandre

et m'étreint jusqu'au Roussillon"

Vous aimez son visage, le pincement de ses lèvres, il y voit celui de sa mère, celui de la France malheureuse.

 

IMAGES

feuilleter des livres illustrés par Matisse

BANC TITRE

Jazz

Vous êtes alité et vous commencez à illustrer Charles d'Orléans, le poète prisonnier que la vie ne peut désespérer, vous aimez Parsiphaé de Montherland, son érotisme, les poèmes de René Char, le poète de l'être, et la musique du jazz dont l'allure vous invite à dessiner avec des ciseaux, coupant et associant, tirant le bonheur d'une bonne journée de travail de l'éclaircie qu'elle a pu apporter et y vous vous écriez " heureux ceux qui chantent de tout leur coeur!

 

IMAGES

Villa le Rêve à Vence

Les rues de Vence

BANC TITRE

L'Asie (433R)coll. Mollie Parnis Livingstone

Matisse

C'est à Vence dans ma villa "le Rêve" que j'ai vécu ces années sans rédition, habité par un puissant sentiment d'humilité et d'amour.

Il ya des fleurs partout pour qui veut bien les voir.

Je me suis souvenu de l'Océanie, de ses lagons comme une des sept merveilles du Paradis des peintres.

IMAGES

vues de la Côte d'Azur

BANC TITRE

Nu aux oranges (455R) Pompidou

Ce vers de Baudelaire me revient :

"J'ai habité sous de vastes portiques", ils sont devenus ces intérieurs où des êtres de grâce contemplent les hautes frondaisons fleuries comme un hommage à leur pureté où la lumière ne sent pas d'obstacle à son amour mais ouvre pour la paix des formes et les initie à la splendeur.

 

IMAGES

La chapelle de Vence détails

BANC TITRE

Oui, la chapelle de Vence est l'aboutissement d'une vie, j'y ai composé les vitraux, la décoration murale, l'autel et les habits sacerdotaux, j'ai voulu associer sérénité, drame et élévation.

Je me souviens que me trouvant une fois dans la chapelle j'ai perçu sur le sol un rouge d'une telle matérialitéCela faisait l'effet d'une poudre d'un rouge magnifique, comme je n'en avais rencontré de toute ma vie. Je me penchais, je mis ma main dans le sable, le fis couler entre mes doigts. O Dieu, je voudrais parvenir à le porter sur la toile ! "

Sur Jacques-Marie, mon infirmière inspirée, nous avons des routes qui se côtoient dans la même région spirituelle.

 

IMAGES

L'Hôtel Régina vues sur Nice

La mer fondu avec un vitrail

BANC TITRE

La Piscine (462R) MOMA

Nu Bleu Musée Matisse Nice

Le poète

C'est à l'hôtel Regina de Nice que vos nus bleus, vos nageurs et vos acrobates forment mieux que des fresques, les ultimes idéogrammes de votre message.

Vous avez 80 ans et la fraîcheur fait signe à la joie, vous avez peuplé les murs de votre appartement de votre regard neuf d'enfant et quand il vous fallait des taches noires pour évoquer le miroitement du soleil sur la mer, cette transposition était nécessaire, vous cherchiez l'équivalence et la sublimation. Aussi nous chercherons à transposer votre disparition le 3 novembre 1954 en quelque vitrail inondé de couleurs.

 

Écrit sur un fond de toile blanche

"Avez vous vu les acanthes, sur le talus, qui borde la route ? " Henri Matisse

Fin.

 

 


Picasso

Synopsis

La Provence de Picasso

 

L'idée n'est pas de suivre pas à pas , Picasso, dans ses multiples séjours en Provence et sur la Côte d'Azur, vu qu'ils se déroulent de 1912 à 1973, mais de les agréger autour d'un vortex picassien, à savoir un moment de sa création.

7 séquences
Séquence 1 : INTRODUCTION - ARLEQUIN ET COLOMBINE
annonce des thèmes suivants

Séquence 2 : MACHINES À VOIR Avignon 1914, St Raphaël 1919, Juan les Pins 1924-1930
Séquence 3 : TAUROMACHIE ET MINOTAUROMACHIE - L'ARÈNE Arles 1935-1957
Séquence 4 : ESSENCES MÉDITERRANÉENNES - LA MER - LA FEMME FLEUR Antibes, Golfe Juan 1945-1950
Séquence 5 : LA CÉRAMIQUE - L'ENFANCE Vallauris 1950-1955
Séquence 6 : FACE AU TEMPS - L'AZUR Cannes et Vauvenargues 1955-1960
Séquence 7 : L'IMPOSSIBLE Mougins 1961 1973


SEQUENCE I SANS TITRE

IMAGES

Le soleil, le sable, la mer

BANC TITRE

Photos du peintre

Autoportrait à la Palette (M.P.)

extrait du film de Clouzot

commentaire (homme)

Pablo Picasso est un peintre dont l'oeuvre a bénéficié de tout le succès qu'il pouvait espérer en son temps.

 

IMAGES

BANC TITRE

L'Acrobate bleu 1929(M.P.)

 

Arlequin

Le succès est le fil d'une épée, mais sur tous les fils on peut danser.

 

IMAGES

BANC TITRE

La suppliante (M.P.)

La femme qui pleure (M.P.)

 

commentaire

Le peintre est né au XIXe S et le XXe n'est qu'un siècle de brutalités sanglantes. Ces toiles où les formes sont torturées, ces corps désarticulés, ces visages défaits, voilà l'image de cette époque.

 

IMAGES

BANC TITRE

Portrait de jeune fille 1914 (G.P.)*

Olga dans un fauteuil 1917 (M.P.)

Le rêve 1932 coll. Privée

Jeune fille devant un miroir 1932 MOMA*

Marie Thérèse (MP 137)

 

 

Colombine

De profil ou de face, la femme se souvient et voit aujourd'hui et demain. Le monde passe par elle, elle en articule les rêves, elle permet l'échange.

 

IMAGES

vues de la ville provençale

Cannes Mougins

places cafés un quai des gens

BANC TITRE

Guitare MP

commentaire

Malaga en Espagne, est sa ville natale. Il n'y retourne pas, même après avoir mondialement réussi. Il habite en Provence, une région propice pour adoucir son exil et le griser de rencontres.

 

IMAGES

vues réelles la mer l'horizon

BANC TITRE

L'Acrobate bleu en fondu 6 à 8"

Arlequin

La mer dessine une mince frange entre ciel et côte, son trait bleu. A quoi bon plus d'espace ? S'y tenir suffit.

 

IMAGES

vues de Cannes, Arles, Aix, Antibes

la campagne une rue une place

une cours intérieure

BANC TITRE

 

commentaire

La Provence lui offre ses plus beaux sites, ses places secrètes.

IMAGES

La Californie, le Château de Vauvenargues

des rues ombragées, vue de l'extérieur par une fenêtre

BANC TITRE

L'atelier de Cannes(M.P.)

 

 

Colombine

La vie se loge dans les maisons, dans l'ombre des ateliers. Dehors, le bruissement des formes radieuses.Arlequin ! A l'impossible nous sommes tenus, sur les bords de la Méditerranée.

 

IMAGES

La mer, du sable en suspension

BANC TITRE

La joie de vivre (Antibes)

Céramiques au taureau (Antibes)

Composition au gant (MP 264)

 

Arlequin

(images réelles + joie de vivre : cheveux)

C'est une vieille mer

mais le sang y est un souffle

la poussière une chevelure.

(composition au gant, céramique visages ; taureau)

L'argile des corps s'y façonne.

L'arène y est le tour rougi du potier.

Le souffle du taureau en remue le sable et son urine brûle les murs encore chauds des fresques en éclats.

(La joie de vivre )

Cet élan crée seul l'équilibre.

 

SEQUENCE II

TITRE : MACHINES A VOIR

 

Juan les Pins 1920 1930

 

IMAGES

Juan + allée de palmiers

une entrée d'hôtel de luxe

BANC TITRE

La Course (M.P.)

portrait d'Olga pensive(M.P.)

Arlequin

Ma Jolie,

Ton Arlequin t'écrit de Juan les Pins. La Côte d'Azur est éblouissante. Les femmes y sont ravissantes. Picasso et Olga se baignent. Ses toiles sont intenses aux formes gigantesques. Olga est belle et pensive

BANC TITRE

La Famille au bord de la mer (M.P.75)

Le Baptème (M.P.51)

C'en est fini de la guerre, des éclatements et des membres brisés.

l'oeuvre se reconstruit, tout comme l'espace et les plans; chaque élément enfin trouve sa place. Réorganisons le réel !

BANC TITRE

Musiciens aux masques Philadelphie

 

Ce que je ne voyais pas, est là, à part, en éclat au loin ou des deux côtés. C'est un violon, une partition, un archet. Ses tableaux restent des machines à voir.

 

IMAGES

La St Victoire

BANC TITRE

Flûte de Pan M.P.76

Mais Picasso m'a dit : "Je m'intéresse beaucoup à Cézanne Le peintre d'une montagne à Aix."

Il y a du classicisme dans l'air : équilibre, plénitude, volume. J'aime bien cela. N'oublie pas, Colombine, je suis de l'antique berceau de la civilisation !

 

 

BANC TITRE

Paul en Arlequin M.P.79 ou

Paul dessinant M.P.ou

Paul en Pierrot M.P.80

Au fait sais-tu qu'Olga est enceinte ?

D'un garçon, Picasso a prévu de l'appeler Paul et de le peindre comme moi.

 

Ton Arlequin.

 

SEQUENCE III

TITRE : LA MINOTAUROMACHIE

 

Arles 1927 1945

IMAGES

vues d'Arles (terrasse du nv Musée des Antiques),

de taureaux, de chevaux en liberté (Camargue)

BANC TITRE

commentaire

1925 Picasso a 44 ans le Surréalisme s'impose à Paris, célébrant les forces de l'inconscient et de l'imagination. Avec Olga la mésentente règne la rupture aura lieu en 1933.

IMAGES

une corrida

BANC TITRE

la Crucifixion MP 108

Comment retrouver l'ardeur, la puissance d'aimer, la force virile, où puiser de quoi devenir , quand à nouveau la guerre secoue l'Espagne et mine l'Europe.

Picasso est hanté par l'image du taureau.

IMAGES

BANC TITRE

La Lecture M.P.

La Mort du Torero M.P. 123

Colombine

Arlequin m'a quitté. Il en aime une autre. Elle doit être jeune et douce comme

Marie-Thérèse de Picasso.

Elle lit, elle rêve, elle l'attend.

Demain son amant l'enlèvera, puissant déraisonnable passionné. Rien ne lui fera peur ni la mort ni nos pleurs.

IMAGES

BANC TITRE

La Minotauromachie M.P.

Dans les arènes une fillette le guide Il paraît cruel, sa proie est pantelante.

IMAGES

la mise à mort du taureau

gros plan sur le taureau

sable et sang, drapeau de la Provence jaune et rouge

BANC TITRE

La suppliante M.P.

Colombine

les cris retentissent, l'Espagne et sa guerre est si proche: faut-il encore des victimes ?

Il se dresse pour retenir et pour garder avant que le monde ne sombre. Lui, le taureau, c'est la vie face à la mort.

 

IMAGES

vues du soleil de la mer du ciel

du sable du sang

BANC TITRE

détails

Colombine

Son ami, le poète surréaliste, Eluard lui a dédié ces vers :

"Jouons au soleil à la pluie à la mer

A n'avoir qu'un regard qu'un ciel qu'une mer

les nôtres."

IMAGES

BANC TITRE

le Rêve Coll. Part. ou Marie Thérèse MP

Femme assise dans un fauteuil rouge MP 117

femme assise MOMA

Jeune fille au miroir MOMA

Colombine

Marie Thérèse vient d'avoir une fille Maïa, j'aimerais dire comme elle

Je me vois assise devant un miroir. Le monde s'enrichit de mon double. Je suis de profil, je suis de face, de dos et de face. Le monde passe par moi.

L'intime noue amitié avec le dehors.

Je suis le signe qui rapproche les symboles et les choses, la droite et la courbe oublieuse du point, la densité du blanc et la couleur multiple. Je ne suis plus, je ne symbolise rien, je note des transferts infinis.

IMAGES

BANC TITRE

La pèche de nuit à Antibes MOMA

Chat saisissant un oiseau M.P.

Colombine

Que serons nous demain maintenant que Picasso a perdu sa mère

que la guerre recommence ?

O Arlequin qui dansera comme toi ?

 

SEQUENCE IV

ESSENCES MEDITERRANEENNES

 

Antibes Avignon Golfe Juan 1940 1948

 

IMAGES

Vues d'Antibes d'Avignon

BANC TITRE

photos archives du PC

Picasso et Eluard à une manifestation

Commentaire

A la Libération Picasso reprend le chemin du midi séjourne à Antibes retourne à Avignon et à Golfe Juan. Il prend part à la vie politique de son temps. Il a un vif besoin d'universalité.

 

IMAGES

BANC TITRE

Nature morte au crâne M.P.

détails

L'Enfant aux colombes MP 166

Arlequin

( la voix dure langue de bois discours officiel)

Colombine ne me dérange pas ! La peinture n'est pas un art de distraction. Elle n'est pas faite pour décorer les appartements

Par le dessin et la couleur on pénètre la connaissance du monde qui nous libère.

En tant que secrétaire je dirai son adhésion aux forces du progrès de la paix de la liberté.

 

IMAGES

BANC TITRE

La femme fleur

photo de R Capa

Colombine

Depuis quand connaît-il Françoise Gilot ?

Un tableau ne vit que par celui qui le regarde. Une bien jolie phrase.

Suis je un tableau ?

femme fleur, un devenir de fleur, cela doit être, s'épanouir et être aimé du soleil.

 

IMAGES

BANC TITRE

Guernica Barcelone

Eluard et Picasso à la Libération

 

Arlequin

Donc défendre la paix rejoindre les travailleurs et dénoncer l'oppression. Il a été de la résistance

A l'officier allemand devant la reproduction de Guernica lui disant "c'est vous qui avait fait ça ? Sais tu ce qu'il a répondu ?

 

IMAGES

vues d'Antibes du château

BANC TITRE

les Clefs d'Antibes

+ tableaux du Musée

Colombine

"Non c'est vous !"

La plage d'Antibes, son château, cette femme si jeune le rendent heureux.

Le conservateur m'a dit qu'il mettait à sa disposition les salles du château

Je suis sûre qu'il peindra poulpes seiches poissons comme s'il entendait des airs de flûtes

 

BANC TITRE

Ulysse et les sirènes Antibes

 

Colombine

C'est un Ulysse de retour sur sa terre les sirènes devraient se méfier, les faux semblants n'ont plus de pouvoir.

Moi je préférerais que tu chantes et tu danses comme autrefois.

BANC TITRE

La joie de vivre Antibes

 

Colombine

La terre et la mer ici invitent à la joie de vivre sur la pointe d'un orteil sur le bord d'un rocher toujours dans un équilibre le plus subtil.

 

IMAGES

BANC TITRE

L'homme au mouton Antibes

Photos de Picasso

Arlequin

L'art abstrait serait un art coupé du réel

L'homme bien visible exprime le combat réaliste de l'art

Cet homme de 60 ans nous donne une leçon révolutionnaire.

IMAGES

BANC TITRE

photo de Picasso avec masque de chouette

la chèvre sculpture Antibes

La Joie de Vivre (détails)

Colombine

Les hiboux n'ont d'yeux que pour le mystère et les chèvres sur les pentes de s collines vont où elles veulent

l'homme a un devenir de centaure à libérer

Il sera sage éternel puissant amoureux

Cette jeune femme a su le lui révéler.

Le temps a perdu son pouvoir de faire vieillir.

 

SEQUENCE V

TITRE : ENFANCE

 

Vallauris 1948 1955

 

IMAGES

Vallauris, la mer

l'atelier Madoura,

BANC TITRE

L'atelier Photos

Fumée à Vallauris M.P.

commentaire

1948 Picasso s'installe à Vallauris avec les 2 enfants qu'il a eus de Françoise Gilot, Claude et Paloma, la mer n'est pas loin

dans l'ombre de sa maison et de son atelier de céramique c'est l'argile le bronze le plâtre le lino qui sont sommés de lui répondre.

 

IMAGES

potiers à Vallauris, le travail du lino les outils

BANC TITRE

Picasso en marin

Colombine

Quand j'étais enfant, Arlequin, j'aimais pétrir la glaise, le lino.

Tu serais mon pécheur et nous mangerions des poissons

IMAGES

Vues de bateaux

BANC TITRE

céramiques de figures de têtes

de pot genre proue

Colombine

Moi je serais une princesse venue de loin sur la proue de ton bateau au clair de lune.

les objets ont des allures humaines et leurs paupières sont lourdes de songes.

 

IMAGES

BANC TITRE

Fillette à la corde M.P.336

la femme à la pousette M.P.337

 

 

Colombine

Je sauterais à la corde pendant que Maman conduirait bébé pour l'endormir.

 

IMAGES

photo de Picasso et ses enfants

pergola avec fleurs

BANC TITRE

Claude et Paloma dessinant M.P.183

 

Arlequin

Moi je serais peintre comme papa

Avec douceur Maman se penche sur ma soeur et moi

à l'abri de la chaleur nous dessinons, les heures passent.

 

IMAGES

La guerre et la Paix Vallauris

BANC TITRE

commentaire

A Vallauris, Picasso tient le journal intime d'une vie quotidienne sous le sceau de l'enchantement de l'enfance

Il peint en 1952 la voûte d'une chapelle

La guerre est à gauche c'est un monde qui est achevé à droite

la paix celle des gestes simples et féconds c'est le lieu de l'avenir

Il a 70 ans pour cette fresque de 150 m2.

 

Françoise le quitte et les enfants.

 

SEQUENCE VI

FACE AU TEMPS

Cannes et Vauvenargues 1955 1960

IMAGES

Cannes la côte vide

la Californie

BANC TITRE

détails de peinture de Picasso

de Matisse

l'atelier de la Californie M.P.

Arlequin

Cannes cela fait rêver

mais ma Colombine , Matisse et Eluard sont morts, Leiris et Olga aussi

Vieillir c'est vouloir encore et ne plus pouvoir déjà comment ajouter retrancher déplacer ?

Matisse, lui, laissait le trait venir seul à lui.

IMAGES

BANC TITRE

Sylvette photos

la baie de Cannes M.P.

Arlequin

Colombine fais moi plaisir peigne tes cheveux en queue de cheval; Picasso en a lancé la mode.

Nous aménageons à La Californie,

nous tournons un film avec le cinéaste Clouzot

Picasso inépuisable s'est lancé dans une fresque pour l'Unesco.

IMAGES

BANC TITRE

portraits de Jacqueline :

femme nue au bonnet turc GP

mains croisées 1990-26 MP

 

Arlequin

Jacqueline est si belle.

Ce profil pur et tant d'azur contenu dans un corps, Bysance et Alexandrie,

Cordoue et Ravenne ont laissé leurs fastes en elle.

 

IMAGES

Les immeubles de Cannes

Le château de Vauvenargues vue d'hélicoptère

la montagne Ste Victoire

BANC TITRE

Colombine

Nous déménageons demain Arlequin, le Maître n'a plus son calme.

Nous irons au pays de Cézanne au pied de la St Victoire à Vauvenargues.

Les murs du château protègent des reliques de Saints ! Et tout autour les pentes boisées d'une montagne sacrée.

IMAGES

Le château

BANC TITRE

le déjeuner sur l'herbe

d'après Manet

commentaire

Là le peintre vivra avec son modèle au sein même de la peinture et de son histoire. Manet est invité à un déjeuner sur l'herbe où Picasso sera aussi

L'art signifie plus que le réel lui même

Cézanne est là aussi comme un ange tutélaire; Vauvenargues a la sobriété tragique de l'Espagne

 

 

 

SEQUENCE VII

 

TITRE : L'IMPOSSIBLE

 

Mougins Notre Dame de Vie 1961 1973

 

 

 

IMAGES

vues de Mougins, de ND de Vie

un cadran solaire un clocher

BANC TITRE

commentaire

De retour à Mougins Picasso et Jacqueline s'installe à Notre Dame de Vie.

Le peintre a 80 ans et n'a pas tout dit il trouve le temps petit

chaque jour il se consacre à son travail, terrifié de n'avoir rien fait

Une heure sans travail c'est donné une prise au néant C'est trop lui accorder.

 

 

IMAGES

BANC TITRE

le baiser MP 194

le matador MP 197

H omme jouant de la guitare Nu couché MP 224

 

commentaire

Arlequin fume la pipe c'est un mousquetaire

Arlequin aime et embrasse de ses baisers fougueux

Arlequin joue de la guitare pour des femmes fières de leur nudité

 

IMAGES

une sculpture nègre

BANC TITRE

autoportrait Fuji Tokyo

les Ménines

commentaire

Comme pour l'art nègre dont les fétiches étaient aux yeux de Picasso des armes contre les esprits malfaisants

la mort est à conjurer

(Le peintre a pris pour confident Velasquez modulant la place de l'artiste au sein de la réalité)

 

 

commentaire

de son dernier portrait peu de temps avant sa mort, il ose timidement dire

"Là je crois que j'ai touché quelque chose."

 

 

IMAGES

une jetée avec lignes de fuite

BANC TITRE

détails peintures

commentaire

La perspective de la Renaissance avait fait naître un intense dialogue oblique de la verticale et de l'horizontale avait donné à l'horizon le devoir ni de borner ni de barrer mais d'offrir asile aux regards distribués dans ses plis

IMAGES

BANC TITRE

détails de peintures de Picasso

L'Acrobate

commentaire

Avec Picasso l'espace est devenu un faisceau de tensions en équilibre

des terres inconnues s'ouvrent encore à nous.

 

"Tout est normalement coïncidence

l'étrange étant le naturel"

Pablo Picasso

 

Fin

 

 

 


Renoir

 

Pierre-Auguste RENOIR

 

Séquence I (Introduction)

Autrefois, la terre paraissait un disque aux yeux des hommes.

Et cela suffisait pour qu'un peu de stabilité et d'immortalité traverse leurs existences.

Cette image du monde se répandait partout et les accompagnait.

- Auguste Renoir, fils d'artisan et peintre de son état, né en 1841, a côtoyé les industries naissantes, et connu des modes de vie très simples qu'il a vus disparaître, c'était un monde de candeur à ses yeux, de vitalité naturelle et forte,

fait pour l'usage des hommes, pour leurs travaux et leurs plaisirs, pareil à la bouche d'un enfant,

à une trouée dans le feuillage,

à la margelle d'un puits,

au bras dénudé d'une baigneuse.

Il était né dans un milieu simple, sa jeunesse se déroula dans les rues de Paris, et quittant les ateliers de peintureil est alléaller au motif,

Ce sont trois déesses qu'il rencontra, trois états du monde

la majesté des lointains qui se courbent et des couleurs qui conviées ploient d'affection

la clarté spirituelle d'un galet posé dans une eau limpide ou d'un bouquet entre des mains juvéniles

la suavité d'un sein auspicieux, dans la lumière chaude ou la profusion des fruits dorés et des fleurs toujours écloses

ces trois déesses bien connues du berger Pâris

 

La peinture européenne se résume peut-être au choix qu'il eut à faire entre elles, l'une majestueuse, l'autre intelligente et la dernière suave. La richesse de l'uvre de Renoir est dans ce triple aspect. Accompagnons-le.

Il est vrai que nous n'avançons jamais sans le berger Pâris, il dut, le malheureux, préférer. Quand cesserons-nous de juger ? Trois déesses le prirent à partie : de nous trois, laquelle est la plus belle ? Réponds, berger, en donnant à l'élue, cette pomme.

Pierre-Auguste Renoir savait répondre et disait : "La terre n'est pas ronde. Une orange n'est pas ronde. Un seul mot : Irrégularité. Dieu, le roi des artistes, était un maladroit."

 

Pâris offrit sa pomme à la plus irrégulière. Voyons cela!

 

Séquence II (Héra)

(1880-1887)

Récitant :

Arrivé à la quarantaine, Pierre-Auguste Renoir, peu à peu, se détourne de l'impressionisme. Il en a exploré bien des voies. C'est aussi l'impasse. Gagner le Sud, affronter les cieux méditerranéens et rejoindre ainsi Delacroix, Ingres, Raphaël constitueraient l'issue. En 1880, il lui faut partir.

Ce fils d'artisan, cet artisan décorateur d'assiettes en porcelaine, pourrait se satisfaire d'une gloire naissante. Portraits mondains et scènes de la vie parisienne, luxe des loges d'opéra, bals populaires, canotiers, autant de motifs maîtrisés et appréciés du public

L'âpreté des sols arides couverts de garrigue, les formes creusées et torsadées des oliviers, la rudesse des teintes, la brutalité du soleil ou du vent ont raison de son âme devenue incertaine mais restée courageuse. Peindre, ce n'est pas colorier le monde, ce n'est pas jouer des jeux de la lumière, c'est autre chose, sans doute.

Surgit alors pour lui la première déesse, la majestueuse Héra.

 

Héra :

Alors je fus la première qu'il rencontra. Moi Héra, épouse du dieu de l'Olympe, je fus son hégérie.

Mon port de tête est orgueilleux, la noblesse de mes traits est sans égale, je porte à gouverner pour un règne juste et ferme, pour l'équilibre et la grandeur. Je vaincs le contingent, je construis l'éternel.

Renoir fut mon prétendant. N'a-t-il pas convoqué ma puissance précise en ces temps de recherche où son trait renoue avec le majestueux classicisme ?

 

Récitant :

Il marche dans les rues poudreuses de Pompéi, et les rues de Naples sont autant de fresques A quoi bon peindre? Tout est si beau et déjà là. O Raphaël, que ses couleurs pâlissent comme les tiennes et s'éclairent !

Je le vois de retour de Naples, s'arrêter, à l'Estaque, près de Marseille, chez son ami Cézanne. Il est temps de construire les formes et d'obéir à leur architecture secrète.

Il s'aveugle des maisons blanches de l'Algérie, il est dans les ravins épineux sentant le lentisque et le thym. Delacroix y a vu l'antiquité, la pureté conservée des temps anciens.

Héra, déesse souveraine, quels royaumes lui as-tu promis? Il connaît maintenant les sentiers arides et les pentes broussailleuses, les rivages désolés, la solitude de toute recherche.

 

Héra :

Tout est avec moi maintien retrouvé des corps. Une baigneuse rose et rousse ne règne pas sur le cur et l'esprit des hommes, elle est reine, à tout jamais, de son être, sa beauté est lumière, présence totale. Je suis, dit-elle.

Assise, elle n'attend que son vouloir, la tendresse est son royaume. Gouverner réclame cette limpide tranquilité.

 

Et ses portraits sont campés et regardent droit. Pâris, j'ai présidé à ses créations, à sa vie. Je vais célébrer ses noces avec Aline Charigot. Quelle bonne épouse elle sera ! Sa famille s'agrandit déjà d'un fils ! Des foyers nouveaux établissent sa force créatrice.

Je mérite la pomme.

 

Pâris:

Le soleil embrasse de ses rayons la figure de la terre.

 

Séquence III (Athéna)

(1888-1898)

Récitant:

Dans les dix dernières annés du XIXème s., les hommes assistent à l'entrée en fanfare du progrès au sein de leur vie quotidienne.

A-t-on idée de ce que furent téléphone, voiture, électricité, photographie, pour toute l'ancienne génération?

Renoir n'est pas à l'aise dans ce bouleversement qui fera disparaître les lavandières, les artisans-compagnons, les amateurs éclairés, la campagne îl faudra encore partir là où le monde demeure ce qu'il était, ce qu'il fut des siècles durant. Il faut aussi comprendre le flux nouveau qui propulse la modernité. Les amis ont vieilli mais le monde appelle, il s'habille de neuf et Renoir tient à le saisir.

Vient alors à sa rencontre la jeune et vive déesse des combats, la pensive Athéna:

 

Athéna:

Pâris, jeune berger, te souviens-tu des théories de "la Nouvelle Athènes" que Renoir avec ses amis soutenait ?

Je suis Athéna, la divine inspiratrice des arts et des sciences.

J'apporte clarté et goût du combat, les ingénieurs et les savants m'adorent, et les artistes aiment la lumière que je répands.

Renoir sait que le geste de la lavandière sur le bord de l'eau vive transmet force et clarté, le monde naît de ces bains lumineux et purs.

Il aime l'innocence de ces jeunes filles qu'un bouquet de fleurs blanches préoccupe, il connaît les corps doux et blancs, leur chasteté naïve, leur élan de pureté.

Il saisit l'émoi rouge de leurs joues, l'application de leurs esprits quand leurs mains sur le piano tentent d'égrener un air limpide.

Il n'use pas des êtres et des choses, il n'entire ni profit ni désir, il veut les prendre et les comprendre.

Pâris, choisis moi, je lui suis si fidèle et si pure.

 

Pâris:

Apprends, déesse, l'histoire de ce peintre qui voyagea pour son art,

qui revint à Aix en 1888 auprès de Cézanne, et peignit avec lui au pied de la Sainte Victoire,

qui longea les côtes du Midi, visita Nice, Menton, Martigues et fut aussi en Espagne, en Bourgogne, en Bretagne pour peindre,

dont le corps s'engourdit de douleurs rhumatismales,

qui aima les jardins.

La Renommée le visita comme un peu de soleil lui revenant de droit après l'avoir tant dispensé sur ses toiles, comme un peu de chaleur pour les articulations vieillies de ses doigts si fins et si sensibles.

Apprends, déesse, ses grands voyages et son désir de rentrer chez lui, auprès des siens

 

Athéna:

C'est un atelier dont il a besoin. N'est-il pas industrieux, n'est-il pas mien ? Qui se souciera de l'artisan- modèle, de ses mains jamais lasses ?

Offre moi la pomme.

Pâris :

Là où le monde arde, voici les grains rouges de la grenade.

 

Séquence IV (Pâris)

(1899-1909)

Récitant:

Passer d'un siècle à l'autre, enjamber la Belle Epoque, ne pas regarder la jeunesse perdue et accéder à l'inaltérable, pour cela point de programme ni de théorie, mais se déplacer là où le soleil est rond, éclatant, et tournoie entre les pins.

C'est au bord de la Méditerranée que Renoir s'installe peu à peu. D'abord à Cannes, puis à Cagnes sur mer en 1904. En 1907, il y achète une maison.

Cagnes est une petite ville haut perchée aux murs jaunes et chauds, aux ruelles pleines de fleurs et d'encorbellements, on y domine les terres de son château aux fresques baroques, un arbre fait tournoyer les galeries d'un escalier, dehors les tuiles romanes imitent l'ondulation de la mer au loin si bleue, les arbres à la moindre brise agitent des fleurs, et l'herbe jaune se mêle aux yukas et à des féeries grimpantes, les oliviers retournent leurs feuilles et virent au vif-argent, la nuit n'existe pas.

Là, Renoir est un nouveau berger, l'antique Pâris, un pâtre de la lumière.

Pâris:

Les déesses se sont lassées, elles dorment comme des odalisques sur des lits d'étoffe fraîche,

elles soulèvent leurs cheveux, essuient leurs pieds humides du bain, leurs membres sont lourds, alanguis, leurs yeux mi-clos et leurs lèvres rouges,

elles habitent les longues heures délicieuses des après-midi moelleuses,

un enfant aux cheveux longs se tient dans leurs bienheureuse présence, il convoite des fraises écarlates dont le compotier regorge.

Renoir esquisse mille et un motifs de repos, de vie arrêtée par la splendeur de l'été, de recueillement heureux dans l'écume des rayons,

il peint sans contrainte, sans dimensions obligées, sans devoir finir ni n'avoir rien à prouver.

Les moissons sont faites, les greniers combles, il fait bon et c'est tout.

Et cette pomme à vous offrir, qu'en ferai-je ? Votre compagne se tait. Irai-je la réveiller ? De son bain, elle s'est retirée et sous de grands arbres, au milieu des vignes, elle lit. L'univers est plein, son sein palpite de joies épanouies et de voluptés non charnelles.

 

Récitant :

C'est aux Colettes, une grande propriété faisant face à la mer, que Mme Renoir fait construire une maison. Un jardin, une verrière, des pièces nombreuses pour les invités de son époux, pour les enfants et les modèles, sont le cadre protecteur où Renoir, les mains déformés, peut mener jusqu'au bout son uvre peint.

La vie qui s'y déroule est chargée de bonheur.

Le maître y entend les rires joyeux, sa vieillesse y est allégée, les couleurs les plus riches effleurent toujours ses toiles.

 

Pâris:

Aux rayons déclinants du couchant, les ombres dessinent des berceaux radieux.

 

Séquence V (Aphrodite)

(1910-1919)

Récitant:

A côté de la maison nouvellement construite, Renoir a conservé la vieille ferme dont la façade perçue au travers d'une frondaison, l'enchante, on dirait l'ovale d'un beau visage bronzé, ou un fruit doré perdu dans les branches.

Tout en bas, la rivière coule et les femmes se sont réunies sur ses rives. Elles battent le linge dans des harmonies du soir luxuriantes Ce monde va disparaître, déjà il les absorde en son sein généreux comme pour garder un peu de leur simplicité chaleureuse.

Rouge et or, vert et bleu sont des écoulements qui plient les silhouettes à leurs effusions aimantes.

Renoir peint de plus en plus difficilement, le pinceau callé entre ses doigts déformés, on le transporte, il souffre de tous ses gestes.

 

Pâris:

Jamais une plainte au bout de ses pinceaux,

jamais la mort angoissante ne pointe,

il célèbre encore la Création, son Divin Artisan, le corps féminin, Sa plus extraordinaire création.

 

Quelle est cette jeune femme aux yeux de braise que des roses rouges ornent, à la poitrine si gonflée ?

Quelle est cette autre baigneuse au ventre si ample, aux cuisses si lourdes, aux bras si doux ?

Quelles promesses de fécondité portez-vous ?

Pourquoi n'avancez-vous pas vers nous ? Pourquoi le silence de vos lèvres pulpeuses ?

Des parfums doux, voluptueux, maternels nous envahissent.

Voici que vous vous dressez dans le jardin, ô Vénus victrix !

Renoir a voulu vous rendre hommage, aidé et soutenu par le sculpteur Guino. Vous êtes la Femme !

Renoir a songé à son épouse, du temps où elle alaitait ses fils. Aline est morte.

1918 - l'armistice vient d'être signé, il lui reste une année à vivre mais il sait qu'il y a toujours une déesse à aimer, celle de l'amour même, la féconde et douce Vénus.

 

Aussi, toi, Vénus née de la mer écumière, déesse nourricière, vierge du mal de mort, femme-fleur, enfance du monde et du bonheur, source des certitudes simples et grâcieuses, daigne accepter mon offrande.

C'est à vous, déesse, que ma pomme va de droit.

C'est vous que je choisis.

Et tout en fermant les yeux, sous mes paupières, des roses écarlates éclosent en tresses azurées.

 

Renoir

" La vie est un état, non pas une entreprise."

 

"Oui, la terre était le paradis des dieux. Voilà ce que je veux peindre."

 


Signac

(Le scénario est ici présenté sans le montage)

INTRODUCTION

 

Une note, un point de couleur.

Il faudra commencer par faire vos gammes, tous les jours, régulièrement.

Vous irez dans le bleu comme on part du grave pour atteindre le rouge qui est aigu.

Plus tard, vous plaquerez des accords sans nuance, tout à la sensation de faire sonner les rouges et les verts dans leur extrême pureté.

Vous les verrez flamboyer encore plus.

Bientôt la mélodie habite le bout de vos doigts dessinant l'arabesque des formes émues de lumière, émues aussi de vos clartés. Ce sont les lignes du monde, ses verticales essentielles, le glissement des obliques, et les bras bien clos des cercles.

Nous les laisserons à leur loyale intégrité, sans les tordre ni les accoupler.

Maintenant débute l'étude appliquée des harmoniques, le grand uvre des compositions simultanées, des notes posées l'une au-dessus de l'autre pour trois instruments, c'est-à-dire les trois couleurs primaires, chacune querellant l'autre, chacune aimant la complémentaire.

 

1 De loin, l'air vibre, les éclats brillants s'assemblent, c'est le regard de la lumière elle-même descendue de l'Absolu à travers les milieux infinis et les gaz incandescents, nous devenons son regard spectral frappant les objets, nous avons le secret de sa vue, notre palette scientifique est un nouvel anneau de Gygès.

 

2 J'ai son secret, la clef de ses harmoniques, j'ouvre les serrures de l'éternité, je déploie les cartes nouvelles de pays en paix, l'équilibre est dans l'alliance, l'arc en ciel lie le ciel et la terre comme une synthèse future pour nos expériences humaines et créatrices.

 

3 Nous voyons d'avant le Visible, d'avant l'étalement des couleurs, d'avant la formation des surfaces intraversables et teintées, nous sommes le toucher de la lumière, ces gouttelettes légères, sa pluie ondoyante quand elle aborde, quand elle entre au port du monde, quand elle froisse les voiles des bateaux, ou indiscrète, soulève la frondaison des pins,

 

4 et quand elle se tient à l'orée des chemins parce que le temps s'est immobilisé au coucher du soleil, nous n'épuisons pas sa féerie mais en avons fait notre sur aimée et trés sage.

 

 

Séquence I (1884-1892)

L'homme de science et de progrès.

 

Récitant :

En décembre de l'année 1884, sur les Champs Elysées, la ville de Paris concède à des artistes-peintres le droit d'exposer leurs uvres. Souvent refusés, exclus des toute reconnaissance, ils sont quatre cent deux à participer à ce premier Salon des Indépendants.

Peindre en plein air, capter les jeux de la lumière, voilà le credo de cette jeunesse sortie des ateliers, éprise de voyages, et de couleurs.

Telle est la mode de ces années, tel est leur mode d'être.

Paul Signac est l'un de ces leunes gens. Il a vingt et un ans.

Il y rencontre Georges Seurat, de leur amitié surgit le néo-impressionnisme.

 

L'Homme de science et de progrès :

Jeune homme, mon fils, vous m'avouez votre désir d'être peintre. Je suis un homme d'observation. Je plains ces jeunes artistes enfermés dans leur malédiction séculaire.

Nous, hommes de science, voyons bien la force de nos découvertes.

Ils fuient leurs ateliers, nous nous enfonçons dans nos laboratoires.

La société les bannit, nous la faisons progresser.

Prenons ainsi l'Optique. Ses lois sont découvertes. Cette lumière blanche décomposée par un prisme donne l'origine des couleurs, un spectre lumineux.

En se mêlant, les rayons augmentent la clarté. Il n'en est pas de même avec les couleurs ou pigments d'une palette : leur mélange éteint la luminosité.

Nous savons aussi que l'il perçoit par des contrastes mais qu'il ajoute ou complète : un vert n'est-il pas plus vert à côté d'un rouge ?

La lumière traverse différents milieux et se réfracte. Nous la captons, nous la reproduisons.

Que de bienfaits pour les hommes ! Qu'en est-il d'un coup de pinceau ?

 

Récitant :

Or Seurat a initié Signac aux travaux des savants Rood, Chevreul et Charles Henry. Tous deux ont compris l'impact de ces découvertes sur leur métier. Face aux aînés impressionnistes, face aux peintres académiques, la rigueur scientifique établit des règles dont l'application crée une vérité intrinsèque, et de là, l'exacte appréciation de la beauté.

 

Le jeune homme:

Père, Signac sera mon maître. Il connaît les théories de l'optique et s'enthousiasme, il veut convaincre, regrouper les talents.

Le pointillisme est l'école de demain. La toile se couvre de milliers de points de couleurs pures, juxtaposées, contrastées, et l'il par le jeu des complémentaires suscitées agit comme la lumière : il unifie et teinte des plans d'eau et de sable, il construit une synthèse.

Le tableau illustre l'uvre de la Nature.

 

Récitant :

Alors Signac cherche le lieu parfait de cette réalisation. Dans le Midi de la France, là où la lumière ne se voile d'aucune brume, là où elle se manifeste dans toute sa simplicité spontanée, il va à Cassis, découvre le balnc aveuglant du calcaire des calanques, il peint les pins rougis de chaleur, et le bleu de l'azur immobile.

Il visite à Arles le peintre et ami Van Gogh, interné, désespéré, aux toiles emplies de vertige, il n'a pas le cur d'y peindre. Il est à nouveau à Paris, se bat pour que les néo-impressionnistes puisent exposer. Puis, Seurat, l'ami discret, l'initiateur, meurt soudain. Signac, le rival chaleureux, le lutteur bouleversé, est dépossédé de ses raisons de peindre.

Pourtant il croit au succès de leurs découvertes.

 

Le Jeune homme :

Père, à 28 ans, Signac est le chef d'une école. Il ouvre de nouvelles voies sans se lasser. C'est un théoricien, un moderne!

Sur les bords de la méditerranée, à Saint-Tropez, il s'est installé. J'irai là-bas. Tout, chez lui, est méthode, nombre d'or, dépouillement géométrique. Ce peintre est de votre lignage, père.

 

Séquence II - ( 1892-1895)

 

Anarchiste à St Tropez.

Récitant :

Au début du mois de mai 1892, Signac, à bord de son bateau nommé "Olympia", entre dans le port de St Tropez. La date exacte de son arrivée est perdue. Est-il arrivé le matin, ou le soir ? Son ami, le peintre Henri-Edmond Cross l'a persuadé. Il faut de la couleur pour les divisionnistes de la lumière qu'ils sont, il faut le printemps pour leurs thèmes japonisants. La chaleur est nécessaire pour dégager les arêtes et le décor du monde.

St Tropez est aussi un choix de marin : il faut un bon fond pour ancrer L'Olympia.

St Tropez est alors une petite ville d'extrême province peuplée de marins-pêcheurs et d'officiers de marine à la retraite, placée à l'entrée d'un golfe, entourée de petites plages bordées de pins et de chênes-liège, surmontée de collines s'arrêtant parfois à pic sur l'eau bleu de la Méditerranée

Signac y voit un éden. Il sait qu'il doit y demeurer.

"J'ai de quoi travailler pendant toute mon existence. C'est le bonheur que je viens de découvrir", écrit-il à sa mère.

 

Le Jeune H :

L'endroit est reculé. J'ai peur de m'ennuyer. Je regrette l'agitation désordonnée et intellectuelle de Paris.

Signac me surprend. Que veut-il faire ici? Il aime le progrès et ses ouvrages, la société et ses foules, c'est un analyste lucide qui se défend de la griserie des lieux enchanteurs.

 

L'ami anarchiste :

Promenons-nous dans St Tropez sans donner d'autre impression que celle de notre tourisme.

Ici, c'est le marché aux poissons et sa mosaïque. Vois ! Le peuple la comprend. la peinture sera décorative.

Viens sous les platanes de la place aux lices. Des femmes y emplissent leurs cruches, des enfants jouent et l'on pointe et l'on tire Savent-ils qu'ils sont menacés ? Que le profit et l'intérêt les feront disparaître ?

Mon ami, là-bas, l'ancienne prison et ici, les lavoirs communaux : le linge est lavé en collectivité, dans la joie. Patience ! L'on vous enfermera seul dans une cellule. Mais le peintre a quitté son atelier, il nettoie ses pinceaux dans l'eau commune.

Ami, ces bateaux font voile vers la liberté, ils sont pavoisés, ils attendent des hommes libres pour partir. D'autres ont déjà, quitté le port et longent des côtes ensoleillées et douces

Ce n'est pas un rêve, c'est un droit, le progrès convoque les hommes à leur bonheur, sans chaine ni entrave

Ces deux cyprés que le vent légèrement courbe, sur ce chemin de campagne, sont la femme et l'homme de demain : ils dominent un nouveau jardin, dont la porte est ouverte.

 

Récitant :

Des attentats ont eu lieu à Paris. Des emprisonnements aussi. En 1894, Signac, connu pour ses sympathies anarchistes, se réfugie à St Tropez. Il peint cet idéal d'un monde meilleur, il faut l'expliquer aux yeux de tous, par une grande toile.

Pour ne pas effaroucher, il ne l'intitulera plus "Au temps d'Anarchie" maus "Au temps d'Harmonie". C'est un travail de trois ans, sans lâcher prise, et bien des études préparatoires.

L'utopie est à portée de main, il faut la vouloir.

Tout y est simple et recomposition du paradis.

On y lit et on y peint, on y joue et on y danse.

Nu-pied, nu-tête, chacun y fait ce qu'il aime.

Ce sont de farandoles sous l'arbre de vie

et dans les champs l'on cueille et l'on sème de quoi vivre toujours.

Là-bas, les vaisseaux chargés de rêves font route vers le port qu'un phare signale de sa blanche silhouette.

Les orages existent encore, faits de peur et d'angoisse fabriquées par ce monde encore présent

mais les façades éclairées forment une rangée impénétrable de combattants décidés. Elles protègent l'espoir et cette voile vaut pour un combat, comme Signac à sa toile.

 

Le Jeune H.:

Oui, l'orage va passer, et sa peinture gagner et ses théories vaincre.

St Tropez abrite le cadre de la vie future,

des communautés vont naître et vivre ainsi dans la splendeur et l'éblouissement des soirs apaisés, l'histoire s'achève dans l'embrasement d'un couchant sans violence,

la lumière a cousu les fractures de la réalité, il fait libre ici.

Et mes yeux se dessillent.

 

 

Séquence III (1896-1904)

 

L'Installation du marin.

Récitant :

St Tropez séduit de plus en plus le maître. Agé de 33 ans, organisateur remarquable à Paris du salon annuel des indépendants où il défend tout nouveau peintre contestataire, il trouve à St Tropez autre chose : le temps de l'intimité, les visites de ses amis-peintres, les joies nautiques où il excelle.

N'a-t-il pas fondé le Club Nautique de St Tropez?

Il aime la mer, les régates, les sorties voiles au vent, il aime ses bateaux dont il manuvra les trentes gouvernails

Là-haut, sur la colline, il achète en 1897 La Hune, une belle villa aux formes harmonieuses dotée d'un grand jardin secret,

son atelier domine le bleu de la mer et le vert des feuillages.

 

Le Jeune H :

J'aimerais partir très loin, aussi loin que les nuages violacés par le couchant

qui durera tant que nous n'aurons pas abordé, entre les piles des cordages et les tonneaux sur le quai, à des rivages de sable rouge,

qui attendra autant qu'il le faudra que nous soyons sous des pins grandioses, là-bas, à l'Orient Extrême, sur les îles du Levant, au Japon, au moins.

 

Le Marin :

Ecoute, mon garçon. J'ai été marin, et Signac lui aussi rêve comme un vrai marin,

d'un port bien abrité où les navires sont bien,

de la vue d'un phare, de la vue d'une côte qui suffisent à éblouir notre cur.

En quittant le mouillage, ces vaisseaux emportent un peu d'éternité, leurs mâts se dressent pour un "au-revoir", leurs voiles ploient de la lumière dorée du soir, quand tout s'apaise et s'équilibre.

Nos regards sont tournés vers les toits de tuile rouge de nos maisons ou vers le clocher tutélaire.

Crois moi, mon garçon, Signac a saisi ce qui nous tient à cur.

 

Le Jeune H. :

En ce moment, il écrit un grand traité pour rester fidèle à sa jeunesse, à Seurat l'ami d'antan, à leurs découvertes. Il l'intitule "D'Eugène Delacroix au néo-impressionnisme". Une dernière fois convaincre, faire comprendre : le pointillisme est né de cette double contrainte. Cohérence lumineuse.

Mais les points se font plus larges, les touches moins systématiques. St Tropez, son site ouvert sur l'infini, agissent sur lui et il me semble vouloir saisir l'instant, ce point du temps, grâce à l'aquarelle si rapide.

Point du temps contre point de l'espace. La lutte recommence.

 

Le marin :

L'eau douce de l'aquarelle ruisselle sur le papier,

un fusain l'arrête, un peu d'encre de Chine la retient.

Mon garçon, voici la leçon d'un navigateur de haute mer,

la vague vous accompagne, mieux vaut la suivre et s'appuyer sur elle que la briser et l'éclater,

ce sillage de noire carène c'est le trait de crayon ou de plume d'un bon capitaine.

 

Récitant:

A Paris, Signac prend fait et cause pour "l'Art Nouveau" dont les courbes des stations de métro sont un exemple d'art pour tous.

Il admire les lignes du Castel Béranger, hôtel particulier de son ami l'architecte Henri Guimard. La Maison du Bonheur se prépare.

On dirait en voyant ces fers forgés, de fragiles rouleaux de vagues venant au cur des villes tentaculaires, si grises et industrielles.

"Il faut créer des teintes" déclare-t-il à Londres devant les toiles de Turner, le temps est venu de grands aplats incandescents, les années 1900 réclament une vie nouvelle, l'avant-garde picturale fait de Signac l'initiateur des tendances à venir.

 

 

Séquence IV (1904-1914 et fin: 1935)

Sagesse orientale.

 

Le Jeune H.:

Pour nous, jeunes peintres, la méthode divisionniste de Seurat et de Signac nous a permis d'exprimer nos rêves de couleurs.

En ces années qui précèdent 1914, quand s'instaurent à leurs débuts fauves, futuristes, expressionnistes, cubistes, et tenants de l'art abstrait, il faut dire l'importance de Signac pour expliquer un tel declenchement de formes artistiques.

Comme Bonnard, comme Matisse, je l'accompagne sur la plage

et je songe au luxe, au calme et à la volupté.

 

Le Sage :

St Tropez n'existe plus dans mes yeux,

ce n'est qu'un reflet des villes de l'Orient et du Sud méditerranéens,

sa mer étale est la lagune de MIssolonghi,

ses murs polychromes sont des palais vénitiens,

ses toits et ses clochers s'arrondissent dans le soir comme les bulbes précieux de Constantinople, la ville aux trois noms,

sa chapelle Ste Anne où je grimpe parfois parmi les vignes et les chênes-liège, s'efface dans les jaunes recueillis de quelque mausolée ou caravansérail posé au bord d'une route poudreuse,

son golfe est ample comme l'arc de la baie de Naples

et ses rochers blancs s'étagent semblables aux maisons des îles grecques.

Surface nacrée du monde, mes pinceaux appuient ta féeris,

là où la lumière se pose, ils font de même,

mon savoir s'est mu en sagesse.

 

Récitant :

Signac est de plus en plus attiré par l'aquarelle dont l'exécution vive le libère des longues heures passées autrefois à poser des milliers de points sur la toile.

Il est souvent à Paris pour organiser le salon des Indépendants,

il voyage et découvre bien avant nos contemporains l'extrême beauté des bords de mer, de toutes les mers,

car les ports le fascinent et l'enchantent : Marseille et ses barques multicolores et ses îles jetées là devant l'entrée, Gènes et Rotterdam, et les ports brumeux de la mer du Nord ou de la Bretagne.

Après guerre, il ne se rend plus qu'épisodiquement à St Tropez,

et quand il se bat encore, c'est pour de jeunes peintres décriés, méconnus, pour que chacun puisse s'exprimer.

 

Le Sage :

Mais sur un sentier de douanier, moins pour interdire et surveiller l'arrivage de mets et de saveurs inouïs

que pour être le premier à les recevoir et les répandre,

j'irai toujours, construisant le temps d'Harmonie,

au milieu d'autant de jeunes peintres talentueux

qu'il y a de points lumineux sur mes toiles.

Et la pluralité contrastée ne m'inquiétera nullement.

 

 

"Le voisinage de la mer détruit la petitesse".

"Comme c'est restreint ce que l'on pourrait copier, comme c'est illimité ce que l'on peut créer."

 


de Staël

(le film n'a pu encore être tourné, faute de financement; le scénario est donc qu'une indication première)

 

INTRODUCTION

 

Façades, fronts de mer, parois célestes, fortifications ou frontons, c'est contre vous que barques amarrées, routes désertes et bocaux de couleurs s'arrêtent immobilisés, saisis,

Un trait brutal vous a placés dans une découpe aux bords instables dont vous êtes l'horizon bloqué ou la tenture égale.

Ciel et mer ne s'enfuient plus, l'atelier est un mur sans ouverture.

Qui vous force et vous convie à tout amener devant, à vous dresser en paravents, à fermer les infinis que vous contenez et à les hausser, à les pousser en hauteur?

Faire venir, ne plus rien laisser échapper, quand le monde se prête usuellement à l'évasion et à l'omission

 

(période I) car le peintre ne cherche plus à s'avancer, il se tient là dans un "au-devant" déjà ébloui, sous l'orage noir,

l'on marche vers lui, vers nous, l'on occupe la place, sa place, l'on plante des drapeaux allongés, victorieux sur le cadastre de ses attentes et de nos désastres,

rien d'humain encore, rien que des pans et amas coordonnés et de sombres arborescences et de délicats empilements,

II est des choses compactes dont l'épaisseur s'effleure.

 

(période II) ou bien trop d'êtres et de choses se précipitent pour apparaître, ce sont des heurts et des chocs, des soulèvements jusqu'aux faites, et des éclats multiples,

le peintre est un rétiaire, les mailles cassantes de son filet enchassent des vitraux, des pavés l'alourdissent, des mosaïques le comblent,

rien n'est plus dense, plus nombreux,

Il est des faits qui s'apprivoisent ainsi,

 

(période III) mais encore le peintre a convoqué les avant-contours du monde, une armature qui se constitue,

les objets participent à des Aires éternelles,

sans elles, notre aveuglement et l'oubli du réel se faisant visible,

le peintre a invoqué cette prise de forme et son évanescence,

essentielle géométrie vers l'entrelac des apparences, espaces encore sacrés submergeant la ligne pure et pauvre des temples à naître,

les objets sont dans des bandelettes ou des langes, momies ou nourrissons, fresques amorcées des murs ensevelis

rien n'a davantage d'existence, plus de raison d'être,

Il est des événements d'une contingence sans faille

 

(période IV) et cependant, au regard de ces aplats et de l'étalement des couleurs, au vu de ces extensions,

y-a-t-il un ordre tenace qui soutienne et tende la toile du monde? Y-a-t-il une retenue possible? Qui conjure la dispersion et le vide?

Le peintre a dilué les volumes,

des marres de sang et des liserés cotoneux, des vapeurs grises et des échelles bleutées ont résisté un temps à l'effondrement et à l'évasion des êtres et des choses,

il n'y a rien de ce qui vient qui ne nous entraîne, rien de ce qui crée la vie qui ne nous traverse, c'était trop grand,

Il est des embrassements dont seul Orphée connaît le vertige.

 

 

Séquence I

 

Avec les bottes de sept lieues

(1940-1949)

 

L'Hyperboréen:

Nicolas de Staël est né sur les bords d'une mer grise et sombre,

on y voit le soleil, en été, sur les bulbes d'or et d'argent d'une ville princière, féériquement songer et se poser,

parfois les nuages y sont si profonds, si investis d'eux-mêmes que cette solitude vous étreint et vous confond

et l'on envie les colonnes des oies cendrées qui ont, un instant, strié le ciel pour s'en aller,

nos officiantes, des jeunes filles aux yeux verts, sont revenues d'avoir porté notre offrande au dieu de la lumière qui habite une île ronde de la mer intérieure et chaude,

elles disent que là-bas ciel et mer sont si purs que le monde peine à se détacher de leur innocence

et le fait avec des démesures de couleurs,

Nicolas a ouvert les yeux à ce moment.

 

Récitant:

C'est à St Petersbourg, à la veille de la première guerre mondiale que le peintre a vu le jour,

son père est général,

la Révolution d'Octobre contraint la famille à s'exiler en Pologne,

ses parents meurent, il a sept ans,

avec ses deux soeurs, le voici à Bruxelles chez un couple qui les élève, on s'emploie à son éducation : auteurs classiques et les Beaux Arts,

cette préparation l'initie déjà à la Méditerranée,

sa vie jusqu'à son installation dans le midi de la France trace ce premier sillage : aller là où l'incendie des couleurs est réel,

des années de ses vingt ans, il faut rappeler son immédiate ferveur pour la lumière brûlante du Sud,

il voyage en Espagne, au Maroc, en Italie et dans les musées reconnaît des maîtres, il veut apprendre d'eux, simplement, en toute admiration, il sait ce qu'ils peuvent lui donner.

 

L'Hyperboréen:

Notre enfant parcourt le monde à grandes enjambées,

de ses bottes, il court l'Europe,

comme ses ancêtres, c'est un guerrier, il a franchi la mer, abordé des pays de dunes et des déserts, il est pauvre et vit de peu,

il peint ce qui reste quand on n'a rien, des lignes et la liberté des formes quand les objets n'ont pas d'usage ni de prix,

il peint au couteau pour imposer sa marque à la matière,

ce conquérant a ses blasons doux et puissants.

 

Récitant:

 

Pendant la seconde guerre mondiale, Nicolas s'est engagé à la Légion Etrangère, il se retrouve en Tunisie, puis à Nice,

de nombreux artistes d'avant-garde, cubistes, surréalistes s'y sont réfugiés

auprès d'eux, il découvre avec Jeannine, sa femme, l'audace de l'art abstrait,

il accroche ses premières uvres à Paris, c'est la Libération, Jeannine meurt, il a trente ans et malgré la misère propre aux jeunes artistes, ne songe qu'à peindre, il se remarie en 1946 avec Françoise, peintre aussi comme lui,

l'après-guerre reconstruit,

malgré tout, il en a l'ardeur et la force.

 

L'Hyperboréen:

On se demande parfois si le pélerin ne préfère pas son bâton qui l'emmène et l'emmène, à l'arrivée espérée et retardée. Nicolas mesure ainsi sa route, des bâtonnets la reproduisent, des vitraux la composent, et des gris la rendent infinie.

Je vois qu'il m'échappe pour d'autres ententes,

Que le monde lui soit transparent !

 

 

Séquence II

 

Dans l'arène

(1949-1951)

 

L'impératrice:

Sur les murs de Ravennes, j'ai fait mettre la gloire de l'Empire d'Orient, ses bleus et ses ors, la splendeur de ses possessions,

j'aimerais qu'entre les colonnes, l'air conserve les longs chants orthodoxes,

un peintre saura associer ces airs et ces éclats lumineux,

la mosaïque rend le monde poreux à leur désir de présence commune,

nos yeux en deviennent immenses

 

Récitant:

Nicolas n'est pas encore allé à Ravennes qu'il verra sous la neige, il précède ce qu'il découvrira réellement deux ans plus tard et la neige tombée couvrira les révélations d'une période,

en 1950, ses tableaux sont des pavements de mosaïque,

les silhouettes élancées d'un orchestre,

l'irruption de grandes colonnes dans l'infini de la nuit d'un parc, d'un atelier,

l'apesanteur des choses qu'une intensité soulève,

il reste à Paris le plus souvent, il saisit les tons vaporeux de l'Europe du Nord, les brumes anglaises, voyage à Amsterdam, Copenhague

 

L'impératrice:

J'ai aimé les notes écartelées qu'un instrument de musique découpe dans l'air,

les difficultés à jouer le son suivant m'émeuvent,

ce peintre aura mon oreille, il sera sensible aux gouffres qui séparent une note d'une autre, un ton d'un autre,

ô ces couleurs posées éparses, c'est notre tendresse qui les assemble et leur conjoint de s'unir,

de combien de conjonctions sommes-nous les auteurs?

 

Récitant:

Nicolas de Staël se passionne pour la musique dodécaphonique, il assiste aux concerts de Pierre Boulez,

l'orchestre a les mêmes vertus qu'une toile, il faut y laisser jouer les couleurs et laisser à l'esprit de quoi les unir,

son atelier expérimente l'analogie, il s'éloigne de l'art abstrait qui l'aurait sclérosé, il étire les formes, illumine la matière colorée comme un instrumentiste épuiserait les accents sonores d'une corde, pour piéger des consistances subites,

mais là où il l'emporte, c'est dans son art à conduire les formes à une coexistence dynamique.

Assembler ce qui se propulse en avant!

 

 

L'impératrice:

Dans les arènes des faubourgs de ma capitale, j'ai vu les derniers gladiateurs, les grands filets des rétiaires : avec, ils saisissaient les crinières des lions, leurs crocs blancs, leurs prunelles fauves,

leurs mailles noires capturaient des forces vives, des soubresauts,

c'étaient de beaux spectacles,

dans les cirques, les jeux sont brefs et les mouvements éphémères,

cet artiste qui me vient aura l'il à ces gestes instantanés.

 

Récitant:

Certes, les jeux des hommes changent. Nicolas de Staël réalise vingt-quatre tableaux à la suite d'un match France-Suède auquel il assista au parc des Princes le 26 mars 1952.

"Quelle joie!", écrit-il à son ami le poète R. Char.

Les couleurs s'intensifient d'elles-mêmes sous les éclairages artificiels, les chocs nerveux sont saisis comme des instants merveilleux d'allégresse.

Où retrouver une pareille lumière? Nicolas a déjà visité Carry le Rouet, un petit port prés de Marseille, Aix-en-Provence et ses terres ocres au pied de la Sainte Victoire, Avignon et les façades aveugles du Palais des papes Le Sud est là, l'Italie et Ravennes enfin!

 

L'impératrice:

Sous les coupoles de mon palais, j'enfermerai les mélées et les rixes de la lumière,

ce qui sera peint, ce n'est pas la prise du filet mais comment l'on jeta loin et haut le filet de nos sens, dans l'air échauffé

tout dira cet état de suspens, d'attente et d'élévation.

 

 

Séquence III

 

Proxima templa

(1952-1954)

 

 

L'augure:

Vous n'entrerez pas dans nos temples, c'est d'abord sur la route qui y mène que vous rencontrerez l'éblouissement: des déserts inclinés, des horizons vides, d'affreuses solitudes envahissantes,

la chaleur et une énorme lumière auront tout dévoré et la sueur sur vos yeux fera trembler de fugitives visions,

des êtres lointains viendront à votre rencontre : des femmes prises dans leur chevelure, surprises dans l'auréole de leurs songes, issues de fluides essences pour des mondes sans horizon,

elles ne se tournent pas vers vous, vous devez les suivre là où le fond les appelle,

Qu'attendez-vous, nouvel Orphée, pour enchanter ces fresques et faire revivre leurs motifs silencieusement élégants?

 

Récitant:

La lumière du Sud pour son intensité prometteuse fascine de plus en plus Nicolas de Staël : en Provence, il connaît le poète R. Char installé à l'Isle sur Sorgue et illustre un recueil de ses poèmes,

les vers y sont des aphorismes, c'est-à-dire des fulgurances de sens, ce qu'il cherche aussi en peinture.

Il y a les plages du Lavandou et le Vaucluse, la mer, nappe brillante, et les rochers blancs,

et menant aux Cévennes, la route d'Uzès.

Que d'espaces semblent proposés!

En 1953, à la fin de l'année, il achète une maison à Ménerbes,

le village est ancien, porte le souvenir des hérésies d'antan, autrefois terre de la papauté et de la Renaissance, sa maison se détache dans l'océan des couchants comme la proue d'un navire disloqué,

il revient de Sicile : Agrigente et Syracuse en août ont été ses ports et ses appontements

car les terrasses de Ménerbes, ses hautes tours, ses halls secrets, et ses vues sur la plaine sont à peine suffisamment immenses pour parler de ce qu'il a vu en Sicile sur la route qui menait aux temples,

sur le retour, des cyprés complotent impénétrables, il est des Mystères inviolables, tels des archipels au milieu de mers incandescentes et des écoulements de lave,

pour continuer à dire l'expérience sicilienne, il faudra ajouter à Ménerbes les Martigues, ville construite sur trois îlots où ciel et terre flamboient dans le port, où les barques et les maisons trouent l'obscurité de la mer,

il faudra revoir à Aix-en-Provence la Sainte Victoire, la montagne sacrée de l'art moderne, et après Cézanne la révéler à nouveau comme après une voyance,

sa peinture est ce rivage d'où partir, et vers où venir mourir, partir vers un réel grandiose, et le voir s'échouer comme la vague meurt trop chargée d'émotions lointaines,

la Provence répond à ses demandes médiumniques.

 

L'augure:

Vous avez fait l'expérience de l'éclat, de l'aveuglement devant la mer, devant le ciel, à midi, dans la canicule des mois les plus ardents,

mais vous avez vu se dresser des formes du réceptacle où elles sont ensemble, gonflées de matière, lourdes de couleurs, épaises de mouvements diffus,

c'est le moment où elles viennent à nous, lumineuses encore, à peine séparées,

et aussi c'est l'instant où elles se tournent vers leur vraie patrie, et déjà fusionnent et s'en vont,

c'est le temps où leur double visage effrayant et beau se montre, le seuil d'une impossible contemplation, le seuil d'une fulgurance,

vous hésitez et vous affirmez, elles fuient et s'éternisent.

 

Récitant:

L'année 1954 est un point culminant dans la carrière du peintre. Ses couleurs sont extrêmes, fauves, et l'on croirait à quelque virulence s'il n'y avait cet art d'envelopper les objets

d'un peu de gris, d'une nacre, d'une aura perlée,

ils sont devenus des événements dont le peintre nous rend témoins stupéfaits et amants démesurés.

 

Séquence IV

 

Naufragé du ciel

(1955)

 

Le Matelot:

Nos pieds sont nus sur les pierres de la citadelle,

c'est une étrange sensation : nous les posions sur le pont du navire, il y a peu.

Les mouettes sont encore au-dessus de nous, délicates sur l'échelle du ciel,

elles disparaissent parfois dans le gris du ciel où nous marchons dans nos songes, sans que la bruine légère touche notre peau

et c'est grand dommage de sensation

elles s'en sont allées.

 

Récitant:

Nicolas de Staël ne doit plus longtemps vivre, il reste deux mois et seize jours, l'année 1955 s'achève là, au mois de mars, à Antibes, entre mer et forteresse, entre bateaux de guerre et barques silencieuses, entre atelier et le sol d'une rue où il s'effondre du haut de son balcon.

Le Matelot:

Les mouettes ont disparu, nos navires sont à quai, immobilisés sur des flots qui ne les portent plus,

toute substance semble perdue,

là-bas appelle toute chose, ici en soutient la beauté, nous nous tenons parmi cette double immensité

ô ciel, les toits et les nuages pavoisent, les couleurs du monde montent à l'assaut et la féerie laiteuse de l'éther les enveloppe d'une grâce légère,

convenez qu'un naufrage a eu lieu précédant toute tempête, sur un méridien entrouvert.

 

Récitant:

Antibes ! une ville fortifiée, des ruelles bordées de fleurs, un fort au loin, Nicolas y est heureux, épuisé,

de St Péterbourg et des souvenirs évanescents de son enfance, Antibes peut paraître un écho déformé, mais juste,

des colons l'ont fondé, son nom signifie la "ville-d'en-face",

Orphée aimait un visage qui avait vu la porosité du monde,

aucun tableau, aucune image ne méritent de faire écran,

Antibes a plus de portes que de murs et de remparts, une fresque sur un mur ne s'accole pas, c'est la nature ouverte du support que la fresque révèle,

sur cette pierre, disent les Ecritures, j'édifierai une église:

une ville comme St Petersbourg,

une uvre immatérielle comme l'art de Nicolas,

de toutes façons, des élévations grises que l'aube blanchit et colore après des nuits d'attente et d'espoir.

 

Le Matelot:

La proue du navire compose avec l'écume de la mer

et les embruns du ciel et l'ombre de la voile avant

et le bois imbibé de sel de la carène.

Si tu descends à Antibes, m'a-t-on dit dans ce port de l'autre hémisphère, va voir l'atelier du peintre Nicolas de Staël,

un jour tu peindras un ex-voto pour tes misères et tes maux,

à combien de naufrages a-t-il donc échappé,

je vois des constructions verticales de mâts que rien ne doit engloutir,

des fûts et des cylindres comme cargaisons précieuses, des bouteilles à la mer et des livres de bord où une main soigneuse a écrit "je t'aime, belle Eurydice, destin de l'art",

et des échelles colorées pour l'aller chercher

là où les puits profonds deviennent des anneaux lumineux d'étreintes passionnées.


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