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Epos
L'épopée échappe à toutes les classifications.Le paradigme homérico-virgilien est actuellement ébranlé par les récents apports des littératures africaines ou du sud-est asiatique. Bien loin de répondre par des traits distinctifs à ce qui pourrait définir le "genre épique", nous devons nous demander quel est le dynamisme qui transforme une histoire en un récit épique, comment ce dynamisme se corrompt à proximité d'autres dynamismes, et comment ré-interpréter les nombreuses tentatives d'écriture épique, en particulier celle des "épopées savantes" dont le nombre est élevé. L'erreur manifeste est d'effacer ces cas d'écriture en raison de quelques échecs célèbres. Il y eut des épopées sur Ch. Colomb, sur Napoléon, sur l'invention du téléscope, etc. La difficulté est donc de trouver l'articulation entre des récits épiques profondément populaires et des oeuvres écrites savantes. Mais le débat n'est plus à situer dans les milieux où naissent les épopées ; il ne se situe pas non plus dans l'emploi de techniques narratives identiques qui transcendent les milieux. Le conteur de pure oralité comme le lettré de pure littérature ne sont que les deux aspects spécifiés d'une même fonctionnalité dynamique. Le débat à ouvrir est celui de la nature de ce dynamisme : il faut en mener l'analyse, reconnaître ses zones stables, métastables et instables.
C'est pourquoi ces pages maintiennent un principe commun de comparaison entre des textes sans commune origine, non pour gommer d'évidentes différences, mais pour se concentrer sur le dynamisme épique. Le mieux était donc de proposer ce pari à un esprit conciliant : la rédaction d'une épopée.Peut-on écrire une épopée de nos jours ? N'est-il pas connu que le français n'a pas la tête épique? Or c'est toujours sur des décombres d'un monde disparu que l'épopée surgit et rien n'est plus caractéristique de notre époque que cet état de ruines, non pas seulement matérielles (quoique la planète soit bien malmenée), mais ruines psychiques, mentales, débris d'idéologies et de religions, morceaux de croyances et d'imaginaires, écroulements des au-delà et montée des barbaries et des fanatismes (d'autant plus forts que l'homme est devenu unidimensionnel). Ce qui gène nos contemporains, c'est moins qu'il n'y ait pas de Dieu (les crise morales des gens du début du siècle ayant perdu la foi font sourire) que le fait qu'il y en ait un (son existence est ressentie comme une privation de liberté). Sur de telles ruines, puisque l'épopée est un dynamisme simulant cette désagrégation pour le transcender, Les Récits d'Hispe la Grande ou Encycliades de N. Trévync sont l'exposé de nos désarrois et décompositions. La demande formulée était de noter, si possible, comment les éléments du récit se mettent en place, comment ils surgissent à l'esprit, et d'étudier les contraintes qui s'avèrent utiles et obligatoires. On lira avec attention les annexes qui sont parfois comme les ébauches et renseignent sur le point de départ, on lira aussi le préambule qui permet à Trévync de répondre à certaines de nos interrogations, souvent de façon métaphorique. Que son auteur nous excuse de ne pas en dire plus sur la qualité de ses vers, la beauté de ses images et sur le sens général mais cela excède les termes de l'expérience et revient à des lecteurs étrangers à notre dispositif.
De même, amené à nous pencher sur une des épopées les plus vieilles et les plus longues, à savoir le Mahâbhârata, nous élaborons un "contre-modèle" au modèle homérico-virgilien telle qu'il s'est figé par les siècles. Quelles règles gouvernent une épopée comme le Mahâbhârata? Elles font du texte un "transfini". Cette Etude sur le Mahâbhârata peut s'avérer utile à son tour pour reprendre les études épiques, relire Homère ou Virgile, du moins nous l'espérons. Consulter à ce sujet la Conférence ARI (Association de Recherche sur l'Inde) où l'auteur redéfinit l'épopée grâce au poème indien, rappelle certaines correspondances avec l'Enéide, relit l'Odyssée et les "retours" des héros grecs en fonction de la fin des héros du Mahâbhârata (le cap Malée devient le Mont Méru). Le comparatisme héritier de la méthode dumézilienne donne encore d'étonnants résultats : dans le cadre d'une comparaison entre Arjuna (héros du Mahâbhârata) et Ulysse, N.J. Allen, Maître de Condérence à l'Université d'Oxford, relève d'étranges analogies dans les épisodes des errances d'Ulysse et un pèlerinage effectué par Arjuna comme il explique une curieuse tradition des scholiastes voulant qu'Ulysse se fût transformé en cheval par le biais du sacrifice du cheval (ashvamedha) qui est une tradition indienne: Les Cinq relations ; Pourquoi Ulysse est-il devenu un cheval ?
Mais il y a d'autres aspects à regrouper pour reformuler les questions épiques. D'autres documents comme Le Roman en vers de Saint Cyprien écrit par l'impératrice Eudocie Athénaïs qui vécut de 394 à 461 ap. J- C. Le Livre I est ici traduit et présenté (le II en cours).
Il faudrait partir de cette hypothèse : imaginons que les grandes épopées (Iliade, Odyssée, Enéide, Mahâbhârata, etc.) aient disparu ; à partir d'oeuvres épiques sans renommée mais les imitant, pourrait-on retrouver les traits distinctifs que les lecteurs leur ont reconnus (cela afin de suivre les possibilités de l'épique) ? Peut-on distinguer ce qui rend vraiment épiques des passages de ces oeuvres imitatrices, comme si cela se produisait à leur dépens, malgré les représentations faites ou en vertu d'un instinct sûr de leur auteur (indifférent aux consignes d'un modèle)? Le but n'est pas d'exclure de l'épopée des ouvrages ne répondant pas à des critères préalables mais de concevoir tout ce que l'épopée permet comme usages, indépendamment de modèles étroits et datés. Ainsi aura-t-on idée de ce qu'est son dynamisme, du système qu'il fonde.
D'autres épopées comme celle d'Alaric ou la Rome vaincue de Georges de Scudéry, écrivain de l'âge de la Préciosité (XVIIème siècle), sont à consulter pour augmenter notre perception du fait épique. Nous conseillons Napoléon en Egypte (1828) de deux poètes de la Restauration, Auguste Barthélémy et Joseph Méry, à l'origine de la légende napoléonienne. Mais aussi, l'instrument de travail que représente le résumé exhaustif (250 pages pdf)de la plus grande épopée sanscrite, à savoir le Mahâbhârata ne peut qu'intéresser et amener à repenser les cadres conceptuels de l'épique.
Prenons une problématique ainsi fondée : l'explication et le terme de "mirage" date du XVIIIème s. mais rien n'interdit de penser que des hommes ont vu des mirages et en ont rendu compte. La conférence "Le mirage, un non-dit de la Littérature et de l'Inde? " ne manquera pas de surprendre par les réponses apportées.
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